Comprendre les risques sanitaires

Comprendre les risques sanitaires

Aide à l'anticipation face à l'incertitude des risques sanitaires avec Risque Sanitaire France


Comprendre les mécanismes sanitaires des moisissures sur la santé humaine

Publié par Michael NGUYEN HUU sur 14 Avril 2016, 10:50am

Catégories : #risques sanitaires

Photo de moisissures sur un mur (source: blogspot)

Photo de moisissures sur un mur (source: blogspot)

Source : extraits du livre « l’air et la santé », de Denis Charpin

 

Mécanisme allergique

Les relations entre humidité, sensibilisation aux allergènes acariens et maladies allergiques respiratoires sont classiques mais controversées. Dans certaines régions du monde (Arizona et désert australien par exemple), les spores de moisissures sont considérées comme l’allergène principal (avant les acariens). La sensibilisation à la moisissure Alternaria est classiquement considérée comme un indicateur de gravité de l’asthme. Cette notion vient récemment d’être confirmée dans l’étude épidémiologique ERCHS (European Community Respiratory Health Survey) à partir d’un échantillon de 1 132 asthmatiques âgés de 20 à 40 ans. Toutefois, cela n’explique pas tout. Plusieurs études ne retrouvent pas d’association entre humidité du logement et d’une part la teneur du matelas en allergènes acariens, et d’autre part la prévalence de la sensibilisation aux allergènes acariens. Par ailleurs, l’association entre habitat humide et symptômes se retrouve dans des régions comme la Scandinavie où l’allergie aux acariens est rare. L’humidité peut aussi intervenir par l’intermédiaire d’une allergie aux moisissures. Bien que le diagnostic de cette dernière ne soit pas facile, en raison d’une part de la nécessité de recourir à l’examen mycologique, d’autre part de l’absence d’extraits standardisés pour la plupart des moisissures de l’habitat, on pu mettre en évidence une relation entre l’humidité du logement et la sensibilisation vis-à-vis des moisissures Cladosporium et Alternaria, et entre l’exposition à la moisissure Penicillium et le risque d’asthme ou encore l’exposition au cladosporium et le risque d’atopie.

 

Mécanisme non allergique

Très peu de données sont disponibles dans ce domaine. Certaines moisissures sécrètent des mycotoxines qui pourraient rendre compte des signes généraux observés chez les habitants de logements insalubres. Le séjour dans un local fortement contaminé par Stachybotrys chartarum, dont on connait le caractère fortement hydrophile, peut induire, en plus de ces signes généraux, des symptômes bronchiques, dermatologiques et une baisse de lymphocytes CD3 matures. Par ailleurs, suite à la survenue de décès par hémorragie alvéolaire chez des nourrissons habitant des logements contaminés par cette moisissure, sa responsabilité dans ces syndromes hémorragiques a été soulevée. D’autres moisissures, telle Serpula lacrymans appelée communément mérule, sécrètent des composés organiques volatils à l’origine de l’odeur moisie et aussi d’effets irritatifs respiratoires.

 

Mécanisme infectieux

Il peut être en cause chez le sujet immunodéprimé du fait de la maladie (SIDA par exemple) ou d’une thérapeutique immunosuppressive (corticoïdes par voie générale par exemple). Ainsi les plantes vertes, du fait de leur contamination régulière par les moisissures, doivent être retirées des services hospitaliers fréquentés par des patients immunodéprimés.

En l’absence d’immunodépression, on peut retrouver une association entre la présence de moisissures au domicile et le risque de rhumes et de bronchites à répétition, mais ces études ne comportent pas de documentation microbiologique établissant le caractère à proprement parler infectieux de ces épisodes.

 

Les études analysées portant sur plus de 100 000 personnes montrent globalement une association entre humidité du logement et symptômes respiratoires, toux et sifflements avant tout, asthme à un moindre degré. Les risques relatifs sont similaires chez l’enfant et l’adulte, quelle que soit la localisation de la moisissure (logement, école, crèche). On commence à peine à soupçonner que certaines moisissures impliquent un risque particulier pour la santé. Il serait donc utile, dans une visite de salubrité, de pas s’arrêter à la constatation de la présence de moisissures dans le logement, mais de les identifier. Cette démarche impliquerait des moyens logistiques et financiers considérables et devrait, pour être totalement satisfaisante, aboutir dans des délais raisonnables à la réalisation de travaux correctifs dans le logement, voire à un relogement.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents