Comprendre les risques sanitaires

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Aide à l'anticipation face à l'incertitude des risques sanitaires avec Risque Sanitaire France


Comprendre les risques sanitaires liés à l’air intérieur des habitats

Publié par Michael NGUYEN HUU sur 5 Avril 2016, 10:32am

Catégories : #risques sanitaires

Photo d'un acarien (source: futura-sciences)

Photo d'un acarien (source: futura-sciences)

Source : extraits du livre « qualité d’air intérieur, qualité de vie, 10 ans de recherche pour mieux respirer », de l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI)

 

Nous vivons principalement dans des espaces clos, qu’il s’agisse de lieux accueillant du public (transports, administrations, écoles, hôpitaux, salle de sport et de cinéma, etc.), de bâtiment professionnels (bureaux et commerces) ou d’espaces privés (logements individuels ou collectifs).

Nous sommes tous exposés aux polluants présents dans l’atmosphère des environnements clos. Les problèmes de santé dus à cette pollution sont multiples avec des manifestations cliniques très diverses, qui, pour la plupart, ne sont pas spécifiques des polluants détectés.

De façon générale, on distingue les effets liés à des courtes expositions à des concentrations élevées de polluants, de ceux consécutifs d’expositions de longue durée à de faibles doses. Les premiers rassemblent notamment des symptômes d’irritations de la peau, des muqueuses ou du tractus respiratoire, des nausées ou des céphalées, pouvant même aller jusqu’à la mort dans certains cas d’intoxication au monoxyde de carbone (CO). Les seconds regroupent des pathologies respiratoires, neurologiques ou cardiovasculaires par exemple, et peuvent aller jusqu’au développement de certains cancers. Certaines associations entre les expositions à des substances présentes dans l’air intérieur et des effets sur la santé sont désormais bien établies : la fumée de tabac environnemental »e, l’amiante, le radon, le benzène peuvent provoquer l’apparition de certains cancers ; le monoxyde de carbone émis par des appareils à combustion défectueux (cuisson, chauffage, production d’eau chaude sanitaire, etc.) est la cause d’intoxications oxycarbonées. D’autres polluants émis par ces types d’appareils (particules et oxydes d’azote) génèrent des troubles respiratoires (sifflement, diminution de la capacité respiratoire, hypersensibilité bronchique, etc.) mis en évidence à l’occasion des rares études épidémiologiques s’étant intéressées à la qualité de l’air intérieur.

Les composés organiques volatils (COV) et les aldéhydes sont, le plus souvent, à l’origine d’irritations des yeux et des voies respiratoires. Certains d’entre eux, comme le benzène et le formaldéhyde, sont en outre classés « cancérogènes certains » chez l’homme par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). D’autres effets, neurotoxiques ou visant la fonction de reproduction, sont également possibles, associés à des substances retrouvées pour partie dans les environnements clos comme les pesticides, phtalates, polybromodiphényléthers, polychlorobiphényles, etc. Dans le champ de la pollution biologique, les allergènes domestiques (d’acariens, de chat, de chien, etc.) sont susceptibles d’entraîner des réactions allergiques chez les personnes prédisposées. De même, les moisissures, ainsi que les composés qu’elles libèrent (mycotoxines, composés organiques volatils), sont également reconnus comme pouvant être à l’origine de pathologies allergiques. Des études épidémiologiques montrent une association entre l’augmentation de la prévalence de l’asthme ou de symptômes respiratoires et la présence de moisissures (ou d’une humidité excessive) dans les espaces intérieurs. Les moisissures peuvent également causer des toxi-infections et des irritations respiratoires. Enfin, le syndrome des bâtiments malsains se définit comme un excès de plaintes et de symptômes non spécifiques (céphalée, trouble de la concentration, asthénie, irritation cutanée, oculaire et nasales et des voies aériennes supérieures) survenant chez des occupants de bâtiments non industriels. Il présente des origines multifactorielles mettant en jeu des nuisances environnementales (présence de COV et de biocontaminants, bruit, luminosité insuffisante, ventilation défectueuse) auxquelles s’ajoutent des facteurs socioprofessionnels et psychologiques, comme les conditions et l’organisation du travail.

 

La pollution intérieure s’inscrit dans un périmètre limité, à savoir un espace entouré d’une enveloppe qui le sépare de l’environnement extérieur. Les situations de pollution de l’air intérieur et les impacts sanitaires associés n’en sont pas moins complexes en comparaison avec l’air extérieur, tant les sources d’émission sont multiples, les polluants variés, la variabilité spatiotemporelle des niveaux de concentration importante et les populations exposées hétérogènes. De plus, les conditions hygrothermiques au sein des bâtiments sont variables d’une pièce à l’autre et peuvent sensiblement affecter les taux d’émission et le transport des polluants. Les substances polluantes sont souvent plus concentrées à l’intérieur qu’à l’extérieur.

A l’intérieur, les sources qui contribuent à la pollution de l’air correspondent, soit à des émissions continues, soit à des émissions intermittentes. Elles sont pour la plupart dépendantes des conditions hygrothermiques des locaux et peuvent présenter des variations saisonnières.

Les différents environnements fréquentés au long d’une journée constituent un continuum au regard de l’air qu’on y respire. Les bâtiments sont ainsi également soumis à l’air disponible dans leur environnement de proximité, espace urbain ou rural, dont la qualité, directement liée à la présence de sources d’émission proches ou lointaines, est primordiale. Après une nette amélioration liée notamment à l’application de plusieurs directives européennes comme celles de l’industrie et les transports (limitation des rejets atmosphériques des installations industrielles, interdiction du plomb dans les carburants), la pollution de l’air extérieur reste très préoccupante, notamment en raison de la présence de particules fines dont les taux dépassent les recommandations de l’OMS dans une bonne partie de l’Europe.

 

L’impact sanitaire et économique de l’air intérieur

L’ensemble des maladies allergiques (asthme, rhinite, conjonctivite, allergie alimentaire, etc.) concerne 25 à 30% de la population dans les pays industrialisés. Leur prévalence a considérablement augmenté au cours des 20-30 dernières années. En France, 13% des enfants de 11 à 14 ans ont déjà eu de l’asthme dans leur vie. Le coût du traitement  de l’asthme pour l’Assurance maladie est estimé entre 200 et 800 millions d’euros par an. Le tabagisme passif augmente le risque de cancer du poumon des non-fumeurs de 20 à 30%. Le monoxyde de carbone est responsable annuellement d’une centaine de décès et d’environ 1300 épisodes d’intoxication, impliquant environ 4 000 personnes exposées. Le nombre annuel de décès par cancer du poumon qui serait attribuable à l’exposition domestique au radon en France métropolitaine varie de 1 200 à 2 900. Cette exposition au radon est en Europe la deuxième cause de mortalité par cancer du poumon. EN ce qui concerne la légionellose, depuis 2005, une diminution régulière du taux d’incidence s’était amorcée en France. EN 2010, avec 1 540 cas, on assiste à une augmentation de 28% du nombre de cas par rapport à 2009, soit un taux d’incidence en France métropolitaine de 2,4 pour 100 000 habitants. Le coût des effets d’une mauvaise qualité de l’air intérieur en France, calculé selon les indicateurs globaux de détriment sanitaire utilisés par l’OMS, est estimé entre 12,8 et 38,4 milliards d’euros par an. Ces impacts se combinent à ceux mis en évidence pour la pollution de l’air extérieur. Selon l’étude européenne Aphekom (2008-2011), cette pollution a, en effet, un très fort impact sanitaire, en particulier pour les enfants. D’après la même étude, elle est responsable chaque année de plusieurs milliers de morts prématurées en France, la proximité des grands axes de circulation étant un phénomène aggravant. Outre l’aspect sanitaire, cette pollution a un coût considérable pour la société, estimé à plus de 30 milliards d’euros pour l’ensemble de l’Union européenne.

 

Les sources potentielles de contamination et les polluants associés

  • Présence humaine et d’animaux : bio-effluents (sont dioxyde de carbone, éthanol, acétone, isoprène), virus, bactéries, moisissures, allergènes, biocides.
  • Activités quotidiennes (cuisine, hygiène) et comportements ponctuels (tabagisme, utilisation de bougies, d’encens, etc.) : polluants de la fumée de tabac (particules, benzène, monoxyde de carbone, acroléine, etc.), composés organiques volatils (COV), composés organiques semi-volatils (hydrocarbures aromatiques polycycliques), dioxyde d’azote, monoxyde de carbone, particules remises en suspension.
  • Produits de construction, de décoration, d’entretien et de bricolage (revêtements de sol et de mur, matériaux d’isolation, peinture, vernis, colles, joints, nettoyants, bois agglomérés, moquette, tissus neufs, etc.) : COV (aldéhydes, alcanes, alcools, cétones, paraffines, oléfines, hydrocarbures aromatiques monocycliques), composés organiques semi-volatils (polychlorobiphényles, retardateurs de flamme bromés, phtalates, biocides, etc.), fibres.
  • Pathologies du bâtiment liées à la présence de ponts thermiques, dégâts des eaux : moisissures, acariens
  • Systèmes et équipements en lien avec des défauts de conception, de mise en œuvre, de maintenance ou d’usage (appareils de chauffage, de production d’eau chaude, systèmes de ventilation ou d’air conditionné, épurateurs d’air, etc.) : CO, NO2, COV, particules, ozone, biocontaminants (moisissures, bactéries, etc.)
  • Ameublements (bois agglomérés, mousses et tissus d’ameublement), équipements bureautiques (matériels informatiques, photocopieurs, etc.) : COV (aldéhydes, alcanes, alcools, cétones, paraffines, oléfines, hydrocarbures aromatiques monocycliques), retardateurs de flamme, particules ultrafines, ozone.
  • Environnement du bâtiment, en particulier le sol et l’air extérieur : radon, polluants issus des sols contaminés, NO2, ozone, CO, COV, dioxyde de souffre (SO2), moisissures, particules, métaux.
  • Pollution secondaire (issue par exemple de l’interaction entre l’ozone et des composés comme le terpène émis par des sources intérieures de pollution telles que les produits de construction et de décoration, d’ameublement, les textiles, les désodorisants, les produits d’entretien, etc.) : COV (formaldéhyde, hexaldéhyde, benzaldéhyde), particules ultrafines, radicaux libres.

 

Le rôle majeur de l’aération

L’aération des bâtiments doit satisfaire à de multiples exigences, de confort acoustique, de sécurité, d’économie d’énergie et de respect de l’environnement. Les conditions d’aération à l’intérieur d’un espace clos sont parmi les principaux facteurs déterminants de l’hygiène de l’être humain, de son confort et de son bien-être. Elles ont un effet direct sur l’individu par la qualité de l’air respiré et un effet indirect par leur influence sur la température de l’air intérieur et des parois, ainsi que sur le taux d’humidité de l’air intérieur.

L’aération est au service de trois fonctions :

  • Le maintien de la qualité de l’air grâce au remplacement de l’air vicié du fait de l’occupation et de la présence de sources endogènes liées au bâtiment et aux équipements, par de l’air extérieur dit « neuf », supposé exempt de polluants. On parle ici d’aération d’hygiène. Sa fonction est également de fournir l’air comburant nécessaire au fonctionnement des appareils à combustion ;
  • Le maintien d’un confort thermique d’été en favorisant les échanges thermiques convectifs et évaporatifs. On parle ici d’aération de confort. L’augmentation du renouvellement d’air accroît les échanges avec l’extérieur et donc refroidit le bâtiment dès que l’air extérieur est à une température inférieure à celle de l’air intérieur. En revanche, on a intérêt à éviter d’aérer trop largement lorsque l’air extérieur est plus chaud que l’air intérieur ;
  • La préservation du bâti et des revêtements intérieurs en évitant la détérioration due à la condensation de la vapeur d’eau et le développement des moisissures. On parle ici d’aération de préservation du bâti.

L’aération des bâtiments est assurée par différents moyens, de l’ouverture des fenêtres jusqu’aux systèmes de ventilation contrôlés à la demande. Ces derniers ont évolué au fil du temps pour prendre en compte, dès les années 70, les contraintes d’économie d’énergie. Le renouvellement de l’air est la résultante de plusieurs composantes : les défauts d’étanchéité à l’air de l’enveloppe du bâtiment (perméabilité) sous l’effet du vent et du tirage thermique, l’ouverture des fenêtres et des portes et des systèmes de ventilation lorsqu’ils sont présents. La ventilation a des contraintes. Les systèmes de ventilation peuvent, s’ils ne sont pas correctement conçus, dimensionnés, mis en œuvre ou entretenus, générer courants d’air, bruit, pollution et être sources de déperditions énergétiques excessives.

 

La nature des polluants

Différents types d’agents polluants peuvent être rencontrés comme les gaz (inorganiques et organiques), les particules, les agents biologiques (virus, bactéries, moisissures) et les rayonnements (radon et ses produits de filiation). Leur concentration dépend des taux d’émission des sources, de l’espace dans lesquels ils sont émis, du renouvellement de l’air de la pièce, de la capacité absorbante des matériaux en place et de la présence d’appareils de filtration.

 

1/ les polluants chimiques : CO, COV, aldéhydes, COSV, etc.

De très nombreux polluants chimiques sont présents dans les environnements intérieurs provenant de sources aussi variées que la présence humaine, les produits de construction et de décoration, les produits de bricolage, d’entretien, les phénomènes de combustion, l’air extérieur ou même la réactivité chimique entre les composés. On citera pour exemple le monoxyde de carbone, les composés organiques volatils ou semi-volatils, le dioxyde d’azote et les métaux.

  • Le monoxyde de carbone, gaz très toxique, mortel, incolore, inodore qui se forme lors de la combustion incomplète de matières carbonées : charbon, pétrole, essence, fioul, gaz, bois ou éthanol. Il s’agit de la première cause de mortalité accidentelle par émanations toxiques en France. Les personnes exposées peuvent aussi développer des problèmes cardiovasculaires ou pulmonaires. Les jeunes enfants et les femmes enceintes sont des populations particulièrement vulnérables. Sont en cause, le plus souvent, l’utilisation de systèmes de chauffage non ou mal raccordés à un conduit d’évacuation ou fonctionnant dans de mauvaises conditions d’aération et/ou mal entretenus (42% des cas d’intoxication), ainsi que l’utilisation inadaptée de groupes électrogènes lors d’évènements climatiques majeurs entraînant une coupure prolongée en alimentation électrique.
  • Les composés organiques volatils (COV) et très volatils (COTV) recouvrent une grande variété de substance chimiques ayant pour point commun d’être composés de l’élément carbone et d’autres éléments tels que l’hydrogène, les halogènes, l’oxygène, etc. Classés au sein de grandes familles définies en fonction de leur formule chimique, ils sont utilisés dans la fabrication de nombreux produits et matériaux (ameublement, peintures, vernis, colles, moquettes, nettoyants, tissus neufs, etc.). Les COV présentent, selon les substances et les niveaux d’exposition, des effets divers sur la santé à court terme (irritations de la peau et des muqueuses, troubles respiratoires, nausées, maux de tête et vomissements), ainsi qu’à long terme (risque accru de développer des maladies graves comme des cancers par exemple). Quelques exemples de COV :
    • Le benzène provenant de sources intérieures (processus de combustion tels que le tabagisme et le chauffage d’appoint), mais également d’apports d’air extérieur en lien avec le trafic automobile, le chauffage urbain, la proximité de stations service, d’industries, etc. Il est classé cancérogène certain (groupe 1) par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). L’Union européenne l’a également classé comme cancérogène avéré pour l’homme (catégorie 1).
    • Le formaldéhyde, émis par de très nombreux produits de construction et de consommation d’usage courant (meubles, produits d’entretien et de bricolage, cosmétiques, etc.) et également issu de la combustion (fumée de tabac, bougie, encens, feu de cheminée, chauffage d’appoint, trafic automobile, etc.) ainsi que des réactions entre d’autres polluants (ozone et composés organiques insaturés). C’est un irritant des yeux, du nez et de la gorge. Classé cancérogène certain chez l’homme par le CIRC depuis juin 2004 pour le cancer du nasopharynx, il reste classé cancérogène de catégorie 3 dans la réglementation européenne.
  • Les composés organiques semi-volatils (COSV), plus lourds que les COV, sont non seulement présents dans l’air (en phase gazeuse et sous forme condensée dans les particules en suspension), mais également dans les poussières déposées sur les surfaces (sol, immobilier). Ce sont, par exemple, les phtalates, les pesticides, les retardateurs de flamme bromés et phosphorés, les alkylphénols, les polychlorobiphényles (PCB) ou les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP). Depuis quelques années, ces composés font l’objet de préoccupation croissante compte tenu des expositions ubiquitaires de la population, de l’imprégnation des matrices humaines (urine, sang, etc.) et des effets suspectés sur la santé (cancérogénicité, reprotoxicité, perturbation endocrinienne, etc.). Certains phtalates sont classés par l’Agence européenne des substances chimiques (ECHA), substances extrêmement préoccupantes de fait de leurs effets reprotoxiques et de leur persistance dans l’environnement. Aux Etats-Unis, l’US-EPA (Agence de protection de l’environnement) a classé certains de ces COSV parmi les substances prioritaires pour lesquelles des plans de gestion des risques sanitaires ont été proposés en décembre 2009.
  • Le plomb et ses dérivés (sels de plomb, céruse, etc.) ont été largement utilisés dans le monde depuis des siècles dans les canalisations pour l’adduction d’eau, dans les cosmétiques ou remèdes, en tant que pigments dans certaines peintures, ou comme additifs dans les carburants. Les concentrations atmosphériques en plomb sont généralement très basses depuis l’interdiction de l’essence plombée le 1er janvier 2000 et l’air ne constitue pas la voie principale de contamination. Le plomb absorbé via l’alimentation constitue la part principale des apports. Les branchements aux réseaux publics, presque tous remplacés de nos jours, et les canalisations en plomb des réseaux intérieurs de distribution d’eau peuvent constituer une source de contamination surtout en présence d’eaux agressives. Les poussières et les sols extérieurs peuvent encore contenir des concentrations importantes en plomb, en particulier près d’anciens sites industriels manufacturiers. Les bâtiments construits avant 1915 peuvent présenter des peintures au plomb. La présence de telles peintures diminue dans les logements plus récents pour devenir quasi-nulle dans la seconde moitié du XXe siècle, suite aux différentes réglementations pour les professionnels en 1915, de 1926 et 1948. Dans ces habitats, les peintures dégradées peuvent conduire à des intoxications graves parfois chroniques notamment chez les enfants s’ils ingèrent des écailles de peinture ou de la poussière contaminée. Aucune étude n’a montrée l’existence d’un seuil en deçà duquel il n’y a aucun effet sanitaire du plomb chez l’homme. On parle de saturnisme lorsque la concentration en plomb dans le sang est supérieure ou égale à 100 µg/L. Les effets biologiques peuvent être réversibles (anémie, colique du plomb) ou irréversibles (atteinte du système nerveux central et périphérique, décès). Outre l’intoxication chronique chez l’enfant, le plomb est peut être responsable d’intoxication accidentelle de travailleurs, de bricoleurs ou d’habitants (chantiers de réhabilitation de logements anciens) par ingestion massive de poussière de plomb, lors de travaux sur les peintures au plomb, d’où la nécessité de la mise en œuvre de diagnostics techniques préventifs et de précautions d’hygiène à prendre pour les travailleurs en cas de présence de plomb.
  • La fumée de tabac environnementale (FTE) est celle qui provient des cigarettes, pipes ou cigares qui se consument ainsi que celle qui est exhalée par le fumeur, exposant les occupants de manière involontaire et passive. Cette fumée contient plus de 3 000 substances dangereuses (benzène, nickel, HAP, formaldéhyde, CO, cyanure d’hydrogène, oxyde d’azote, etc.) présentes sous la forme de gaz ou de particules. L’exposition des non-fumeurs à la FTE est appelée tabagisme passif. La fumée de tabac environnementale a été classée cancérogène certain chez l’homme (groupe 1) par le CIRC en juin 2002. Elle irrite les yeux, le nez, la gorge des personnes exposées. Les nourrissons et les enfants exposés au tabagisme passif sont plus fréquemment sujets aux infections des bronches, du nez, de la gorge et des oreilles. Ils ont plus de risques de développer des problèmes respiratoires en grandissant. Les femmes exposées pendant leur grossesse ont tendance à avoir des bébés de poids plus faible à la naissance. L’exposition à la fumée de tabac environnementale est également nocive pour les personnes ayant des problèmes respiratoires et provoque, chez les asthmatiques, une augmentation de la fréquence et de la gravité des crises.

 

2/ les polluants physiques : particules, radon…

Les pollutions physiques, comme les particules fines et ultrafines ou encore le radon, peuvent aussi avoir des conséquences sanitaires importantes.

  • Le radon est un gaz radioactif naturel, inodore, incolore, issu de la désintégration de l’uranium et du radium présents dans la croûte terrestre, en particulier dans les roches granitiques et volcaniques. Il pénètre dans les bâtiments par les défauts d’étanchéité (fissures de la surface de contact avec le sol adjacent, sols en terre battue, matériaux poreux, etc.). Les sous-sols et les rez-de-chaussée sont les plus affectées tandis que les concentrations diminuent rapidement avec les étages. Dans une moindre mesure, le radon peut provenir de l’air extérieur, de matériaux de construction très spécifiques et de l’eau à usage domestique (dégazage de l’eau provenant de nappes souterraines en terrain granitique). Les régions de France les plus concernées par le risque lié au radon sont celles situées sur les massifs anciens : le centre de la France, la Bretagne, les Vosges, les Alpes et la Corse. Le radon d’origine naturelle est la deuxième cause d’irradiation après les expositions médicales. Il est reconnu par le CIRC comme cancérogène pulmonaire certain (groupe 1). L’effet d’une exposition simultanée au radon et à la fumée de cigarette est plus important que la somme des deux effets pris indépendamment.
  •  Les fibres minérales artificielles (FMA), utilisées notamment pour l’isolation thermique ou acoustique des bâtiments (laine de verre, laine de roche), peuvent être libérées dans l’air lors de manipulations liées à leur mise en place ou à leur enlèvement. Ces isolants peuvent se trouver dans les combles, les greniers, en toiture, dans les doubles cloisons murales, les faux-plafonds et parfois dans les gaines techniques qui relient les étages. Les fibres des laines sont des irritants pour la peau et les yeux. Depuis plusieurs années, les fibres utilisés dans les isolants incorporés de manière courante dans les constructions ont une persistance dans l’organisme suffisamment faible pour leur permettre de ne pas être classées en tant que cancérogène par la réglementation européenne.
  • L’amiante est un minéral d’origine naturelle se trouvant sous la forme de fibres extrêmement fines. Les fibres d’amiante offrent des propriétés de résistance thermique, mécanique et chimique exceptionnelles ayant favorisé leur utilisation pour une large variété de produits. Désormais interdite en France depuis 1997, l’amiante a cependant été mise en œuvre en quantité importante dans les bâtiments, principalement durant les décennies 60 et 70. Les flocages pour la protection contre l’incendie des structures, ainsi que les calorifugeages des conduites de chauffage, peuvent libérer spontanément des fibres dans l’air lorsqu’ils sont dégradés. Les matériaux contenant de l’amiante, utilisés pour la réalisation de certaines plaques de faux-plafonds et certains revêtements à base de plâtre projeté, peuvent également libérer des fibres lorsqu’ils sont manipulés ou font l’objet de chocs ou de vibrations. Des matériaux, comme l’amiante-ciment (plaque de bardage, de toiture, de canalisation) ou certains revêtements du sol peuvent libérer des fibres d’amiante lorsqu’ils sont soumis à une action mécanique directe (découpe, ponçage, perçage), cette libération de fibres pouvant être amplifiée en conséquence de leur vieillissement naturel. On peut également trouver des fibres d’amiante dans certains anciens produits d’usage domestique comme des gants de cuisine isolants, housses de table à repasser, grille pains poser sur la gazinière, radiateurs à accumulation, etc. Ces produits libèrent plus de fibres d’amiante lorsqu’ils sont usagés ou endommagés. Les fibres d’amiantes sont suffisamment fines pour pénétrer profondément dans l’appareil respiratoire par inhalation. Les risques sont proportionnels à la quantité de fibres inhalées. Classées agents cancérogènes certains chez l’homme (groupe 1) par le CIRC, les fibres d’amiante peuvent provoquer un mésothéliome (cancer de la plèvre) ou un cancer du poumon par inhalation de fibres. La présence de fibres courtes d’amiante dans l’atmosphère, en lien avec la dégradation des matériaux fait aujourd’hui l’objet d’une attention particulière.

 

3/ les polluants microbiologiques : moisissures, bactéries, virus…

Les polluants microbiologiques sont très nombreux : moisissures, bactéries, virus, allergènes d’acariens, pollens. Les réservoirs de cette contamination sont multiples dans les espaces clos : moquettes, revêtements muraux, matériaux d’isolation, installations sanitaires, circuits de distribution d’eau, systèmes de climatisation et de ventilation, etc. La chaleur, l’humidité en lien avec les dégâts des eaux, les remontées capillaires, les locaux mal entretenues, la mauvaise maintenance des installations d’eau chaude et de climatisation, de même que la présence d’un malade (à l’état grippal par exemple) favorisent la présence, voire la prolifération de nombreux agents microbiologiques, augmentant les risques de leur dissémination dans l’air intérieur et l’eau. La présence de cette contamination peut poser des problèmes de santé notamment pour les personnes fragiles, en particulier les enfants, les asthmatiques, les personnes âgées ou immunodéprimées. Elle peut provoquer des allergies et des infections respiratoires (rhinites par exemple) ou pulmonaire (asthme, légionellose).

  • Les moisissures sont des champignons microscopiques capables de coloniser des supports de nature variée (bois, papier, tissus, produits alimentaires, etc.) pour peu qu’elles y trouvent une humidité favorable et suffisamment d’éléments nutritifs. Elles peuvent libérer dans l’air des conidies en grande quantité et des substances odorantes (odeur de moisi), voire toxiques (mycotoxines, composés organiques volatils). Les moisissures sont introduites dans les locaux par les ouvertures des portes et fenêtres, les allées et venues des occupants, leurs vêtements et leurs chaussures, la poussière extérieure et des matériaux contaminés. L’humidité est nécessaire à la prolifération des moisissures. Les pièces humides (salle de bain notamment) mal ventilées, le bas des murs mal isolés ou avec des défauts d’étanchéité, sont ainsi des lieux propices au développement des moisissures. Leur croissance sur les supports contaminés se traduit par des taches de tailles et de couleurs variés (verte, grises, noires). Les moisissures peuvent provoquer des manifestations allergiques et des irritations des muqueuses. L’infection pulmonaire (aspergillose invasive) apparaît essentiellement chez les personnes aux défenses immunitaires diminuées. Dans le cadre d’activités professionnelles (agriculture, fromagerie), les moisissures peuvent provoquer des pneumopathies d’hypersensibilité lorsqu’une quantité massive de conidies est inhalée.
  • Les acariens sont des êtres vivants microscopiques, cousins de l’araignée, qui se développent dans la poussière de maison en se nourrissant des squames de peau humaine. Leur développement est optimal à une température comprise entre 15 et 25°C et une humidité relative entre 65 et 80%. Les substances allergiques se trouvent essentiellement dans les déjections des acariens et les débris de carapace, particules de 5 µm qui pénètrent en profondeur dans les poumons. Invisibles à l’œil nu (1/3 de mm), les acariens sont présents dans les lieux où ils trouvent à manger (dans la poussière) et où ils peuvent vivre et se reproduire : literie (matelas, sommiers tapissiers, couettes, oreillers), canapés et fauteuils en tissus, tissus d’ameublement, tapis et moquettes. Chez les patients allergiques aux acariens, les effets peuvent être multiples : asthme (gêne respiratoire, sifflement, toux), rhinite (écoulement nasal, éternuement), allergie oculaire, conjonctivite.
  • Les allergènes d’animaux domestiques (chat, chien, notamment) sont capables de déclencher une réaction allergique lorsqu’ils sont en contact avec notre système immunitaire. Les chats seraient responsables des deux tiers des allergies aux animaux. Certaines études tendraient à prouver que le chat mâle est plus allergisant que le chat femelle ou castré. Chez les patients allergiques au chat et ou au chien, les symptômes peuvent être : rhinite (nez qui coule, éternuement), conjonctivite (yeux rouges qui piquent), asthme (gêne respiratoire, sifflement, toux). Le risque d’allergie existe encore pendant plusieurs années même après le départ de l’animal car les particules allergisantes sont toujours présentes dans la moquette, sur les canapés, dans les rideaux.
  • Les légionelles sont des bactéries présentes dans l’environnement naturel (eau et sol). Dans les bâtiments ou les installations industrielles, elles peuvent également trouver des conditions favorables à leur prolifération. On les trouve fréquemment dans les réseaux d’eau chaude car elles préfèrent les températures entre 25 et 45°C. Elles séjournent également dans tous les milieux aquatiques naturels ou artificiels : réseaux d’eau froids, réservoirs des tours aéro-réfrigérantes, systèmes de climatisation, humidificateurs, bassins et fontaines, jacuzzi, brumisateurs, etc. La bactérie est libérée dans l’air par la production d’aérosols qui peuvent être respirés. La légionelle provoque deux types de maladies de l’appareil respiratoire : l’une bénigne, la fièvre de Pontiac (95% des cas ; l’infection se manifeste par un syndrome grippal avec fièvre, frissons, douleurs musculaires, maux de tête, vertiges et parfois diarrhée ; rarement diagnostiquée, cette forme guérit spontanément en deux à cinq jours),  et l’autre, grave, la légionellose (5% des cas). Cette dernière se traduit par une infection pulmonaire, souvent sévère, associée à des troubles digestifs et à une confusion mentale. Elle entraîne le décès dans 10 à 30 % des cas mais peut être guérie par la prise d’antibiotiques dès l’apparition des premiers symptômes. Cette maladie est soumise à déclaration obligatoire (1540 cas en France en 2010). Elle affecte plus les hommes que les femmes, les fumeurs, les personnes immunodéprimées ; le nombre de cas recensés augmente avec l’âge.
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