Comprendre les risques sanitaires

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Aide à l'anticipation face à l'incertitude des risques sanitaires avec Risque Sanitaire France


Comprendre le risque sanitaire lié aux résidus de médicaments dans l’eau

Publié par Michael NGUYEN HUU sur 4 Mai 2016, 10:12am

Catégories : #risques sanitaires

Photo d'une évacuation d'égout dans un lac (source: radio-canada)

Photo d'une évacuation d'égout dans un lac (source: radio-canada)

Source : extraits du texte «Résidus des médicaments dans l’eau, y-a-t-il un risque sanitaire? », de Philippe Hartmann, issu du livre « Le praticien et l’environnement »,  un ouvrage collectif sous la direction de William DAB

 

La présence de résidus de médicaments dans les eaux est bien démontrée. Elle touche les rivières et les nappes souterraines, à des niveaux faibles (10ng/L), fort éloignés des doses thérapeutiques.

Les sources de médicaments humains (effluents des hôpitaux et des réseaux d’eaux usées contaminées par les excréments des patients de médecine de ville) ou vétérinaires (anti-infectieux administrés aux animaux d’élevage, médicaments destinés à l’aquaculture) sont concentrées ou diffuses. Pour les animaux de compagnie, les traitements sont administrés de façon individuelle, alors que les animaux de rente (deux tiers des médicaments), on utilise des traitements de masse qui peuvent contaminer une mare ou une petite rivière.

Les médicaments ne sont pas toujours complètement métabolisés : la carbamazépine (antidépresseur) est éliminée essentiellement par voie urinaire presque exclusivement sous forme métabolisée ; jusqu’à 8% d’ibuprofène sont éliminés sous forme non métabolisée et les produits de contraste iodés sont éliminés sans métabolisation. On retrouve dans les eaux des antibiotiques, des hypolipidémiants, des anti-inflammatoires non stéroïdiens, des anticonvulsivants, des agents de contraste iodés, des bêtabloquants et des stéroïdes. Dans l’environnement, les molécules éliminées sous forme glucurono-conjuguée peuvent être déconjuguées : d’autres peuvent être transformées (par exemple, 17 bêtaestradiol converti en estrone) ; d’autres vont être biodégradées (ibuprofène), d’autres encore peu biodégradables (carbamazépine) traversent les stations d’épuration.

L’absorption sur les boues touche des molécules peu hydrophiles (fluoroquinolones), tandis que les molécules hydrophiles (carbamazépine) traversent les stations d’épuration.

L’absorption sur les boues touche des molécules peu hydrophiles (fluoroquinolones), tandis que les molécules hydrophiles (carbamazépine) se retrouvent préférentiellement dans les eaux. Les boues de station d’épuration étant souvent valorisées au plan agricole, il peut y avoir relargage dans les sols, où les résidus d’antibiotiques peuvent exercer une pression de sélection de bactéries antibiorésistantes et qui servent alors de réservoir. Aussi inquiétante est la présence de médicaments anticancéreux dans les effluents hospitaliers (jusqu’à 3 000 ng/L de cyclophosphamide) et dans les effluents de station d’épuration ou de méthotrexate et de bléomycine dans des eaux de rivière et des eaux potables.

Les effets sur la faune aquatique sont bien mis en évidence avec identification de cibles moléculaires. Chez les mammifères et chez l’homme, il n’y aucune preuve d’effet direct  ou indirect lié à la contamination de l’environnement. L’eau est une source contributive minime (même en cas de forte contamination) en comparaison des apports alimentaires et surtout thérapeutiques. Les traitements modernes dans les stations (ozonation, charbon activé) sont efficaces pour éliminer ces molécules. Cependant, cette contamination doit être considérée avec sérieux et des études sont encore nécessaires.

Il n’est plus acceptable de déverser ces molécules dans le milieu. Il convient de mettre en œuvre une séparation des urines (de 80 à 90% des résidus de molécules hydrophiles) qu’il faut traiter spécifiquement ; cela plutôt que de traiter de 300 à 500 litres d’eaux usées faiblement contaminées par malade et par jour.

Enfin, une classification environnementale des médicaments est nécessaire comme en suède, permettant aux médecins de retenir les traitements avec le plus faible impact sur l’environnement.

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