Comprendre les risques sanitaires

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Aide à l'anticipation face à l'incertitude des risques sanitaires avec Risque Sanitaire France


Comprendre les risques sanitaires liés à l’exposition aux pesticides

Publié par Michael NGUYEN HUU sur 2 Mai 2016, 16:03pm

Catégories : #risques sanitaires

Photo d'épandage de pesticide (source: organic-center)

Photo d'épandage de pesticide (source: organic-center)

Source : extraits du texte «Exposition aux pesticides, quels sont les risques pour la santé ? », de Isabelle Baldi, issu du livre « Le praticien et l’environnement »,  un ouvrage collectif sous la direction de William DAB

 

L’utilisation des pesticides, qu’elle soit professionnelle ou domestique, est en constante progression depuis les années 1950. La France se situe aujourd’hui au 4e rang mondial et au premier européen des pays consommateurs, avec une utilisation agricole d’environ 75 000 tonnes par an. En réalité, les pesticides recouvrent un ensemble de molécules très diverses (environ 900 matières actives différentes et 9 000 produits commercialisés) principalement regroupées en fongicides (près de 50% du tonnage), herbicides (30%) et insecticides (moins de 5%). L’exposition professionnelle aux pesticides concerne dans notre pays une population très nombreuse, de l’ordre de 700 000 chefs d’exploitation (au recensement agricole de 2000), auxquels s’ajoutent 160 000 salariés permanents et 400 000 personnes ayant une activité sur l’exploitation. Et l’on peut considérer que la totalité de la population est potentiellement concernée (résidus présents dans l’alimentation, dans l’eau ou dans l’air, usage vétérinaire et médical, utilisation domestique et pour le jardinage…).

Les effets des pesticides sur la santé humaine sont bien connus dans le cadre d’intoxications aiguës, qu’elles soient suicidaires ou accidentelles, ainsi qu’au travers des études conduites chez l’animal lors de la demande d’homologation des produits. Dans ces contextes, les effets des molécules ont pu être décrits d’un point de vue clinique et toxicologique.

En revanche, les effets sur la santé d’expositions modérées, mais prolongées, telles qu’elles se présentent dans le cadre de la profession ou de l’utilisation domestique sont moins bien connus. Un certain nombre d’études épidémiologiques ont cherché à relier ce type d’expositions à des effets sur la santé humaine, essentiellement en Amérique du Nord, mais aussi dans les pays scandinaves et en Italie. Principalement trois catégories d’effets ont été ainsi suspectées : des troubles neurologiques chroniques (maladies neurodégénératives telles que la maladie de Parkinson, troubles neurocomportementaux ou psychiatriques…), des troubles de la reproduction (infertilité, malformations congénitales…) et la survenue de cancers (hématologiques, prostatiques, gastriques, cutanés, cérébraux…). Ces études ont porté en priorité sur les agriculteurs, groupe professionnel présentant les expositions les plus importantes. Même si certains travaux concluent à l’existence de liens, tous les résultats ne sont pas concordants.

Les difficultés à conclure s’expliquent en particulier par la complexité à caractériser les expositions passées chez les sujets étudiés, tant en termes de niveau d’exposition que de types de pesticides. Aussi est-il particulièrement difficile d’attribuer à une molécule donnée une pathologie survenant après plusieurs décennies.

Dans le cas des expositions environnementales, principalement représentées par la contamination de l’eau de boisson, des aliments ou de l’environnement domestique, les niveaux d’exposition sont beaucoup plus faibles, la hiérarchie des différentes sources n’est pas clairement établie et la réalité d’un lien encore plus difficile à objectiver.

Les lacunes dans les connaissances actuelles ne doivent pas être interprétées comme une absence de risque, mais au contraire encourager des progrès méthodologiques permettant d’explorer plus avant les pistes existantes. De plus, il est nécessaire de mieux comprendre qui est exposé, à quel produit et à quel niveau, de manière à agir en amont sur les expositions. En effet, même si les risques sont faibles, le nombre de personnes exposées est très important et justifie une prise de conscience du corps médical, des préventeurs, et des acteurs de santé publique.

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