Comprendre les risques sanitaires

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Comprendre les risques sanitaires liés aux hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP)

Publié par Risque Sanitaire France sur 29 Juillet 2016, 15:34pm

Catégories : #risques sanitaires

Photo d'une cigarette (source: 20mn)

Photo d'une cigarette (source: 20mn)

Source : extraits du livre : « Quels risques pour notre santé ? », de Denis Zmirou

 

Les hydrocarbures aromatiques polycycliques ou HAP constituent une vaste famille de quelques centaines de composés de structure chimique commune. Le plus connu est le benzo(a)pyrène ou BaP. Tous les phénomènes de combustion sont à l’origine de leur formation (incinération, sidérurgie, moteurs automobiles, feux de cheminée, tabagisme, combustion du gaz…). Ils sont toujours émis sous forme de mélange, avec des proportions variables selon la source. Le chauffage résidentiel et les pots d’échappement des véhicules de type diesel constituent la principale source d’émission en dehors des activités industrielles. Dans une pièce où l’on fume, des teneurs de 22 ng/m3 sont communément mesurées.

Face à cette multitude de composés, les scientifiques se sont focalisés sur 16 HAP particuliers dont les effets nocifs sont mieux connus ou qui sont plus fréquents.

Les connaissances sur les niveaux de concentration des HAP sont très parcellaires et d’inégale qualité selon la source. Les quantités émises par les voitures et les cigarettes sont mieux connues que celles issues de l’incinération des déchets. La mesure des HAP dans ces effluents n’est pas actuellement une obligation réglementaire. Avec la sortie prochaine de normes de qualité de l’air pour certains HAP, il faut cependant s’attendre à voir apparaître dans les prochaines années des normes spécifiques par source d’émission.

Les HAP sont présents dans tous les milieux, que ce soit l’air, l’eau et les sols, ainsi que dans les aliments végétaux ou animaux usuellement consommés.

Dans l’air, ils se présentent soit sous forme gazeuse, pour certains HAP les plus légers, soit attachés à des particules qui restent en suspension. Les HAP sont suivis depuis de nombreuses années dans les atmosphères industrielles où une réglementation a été mise en place. Une valeur commune de 0,2 mg/m3 est en vigueur dans de très nombreux pays, dont la France. Les industries de l’hexagone sont de plus en plus soumises à une recommandation de la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) qui indique pour le seul Benzo(a)pyrène, une norme fixée à 150 ng/m3. Dans l’air ambiant, les préoccupations sont plus récentes et il n’y a pas encore de réglementation en vigueur. L’Union européenne prépare actuellement une Directive pour le BaP. Les concentrations de benzo(a)pyrène mesurées dans l’air de nos campagnes sont en moyenne de 0,2 ng/m3 ; dans les villes, elles varient de 1 à 10 ng/m3, avec des valeurs plus élevées au voisinage des voies de fort trafic et d’émissions industrielles (sidérurgie, pétrochimie).

Le décret du 3 janvier 1989 réglemente la quantification des HAP dans les eaux, notamment celles destinées à la consommation humaine. Depuis décembre 1998, 5 HAP doivent être mesurés. La concentration totale ne doit pas dépasser 200 ng/L. Pour le seul benzo(a)pyrène, cette valeur doit être inférieure à 100 ng/L. En fait, les concentrations habituellement mesurées vont de 1 à 10 ng/L et respectent donc largement la réglementation en vigueur. Les HAP ne sont guère solubles dans l’eau, et s’y retrouvent principalement fixés aux particules en suspension.

La recherche des pollutions des sols par les HAP est beaucoup plus récente. Les premiers recensements publiés par le ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement montrent que ces polluants sont retrouvés une fois sur 5. Les activités industrielles incriminées sont les anciennes usines à gaz, la sidérurgie (hauts fourneaux), les charbonnages ou la pétrochimie. Sur ce type de terrain, les teneurs peuvent atteindre jusqu’à 10 000 ou 20 000 mg de HAP par kg de terre analysée, alors que les concentrations typiques relevées sur des sols non pollués sont de 1 à 10 mg/kg de terre en milieu urbain, et 1000 fois moins en milieu rural.

L’accumulation des HAP dans les aliments végétaux et animaux représente la voie d’exposition majeure pour l’organisme humain. Cet apport a été évalué entre 1 et 5 µg par jour, et jusqu’à 10 µg pour les gros mangeurs de poissons fumés. Les denrées incriminées sont essentiellement celles qui sont grillées (sur barbecue notamment) ou fumées (poissons).

Le passage des HAP dans l’organisme humain s’effectue par inhalation, ingestion ou à travers la peau même lorsque celle-ci est saine. Dans des conditions de travail exposées, la peau et les poumons sont des voies de pénétrations prépondérantes tandis que l’alimentation est majoritaire pour la population générale.

EN raison de leur affinité avec les graisses, ces molécules s’accumulent dans l’organisme et y perdurent de nombreux mois, voire des années. Après transformation, ils sont éliminés par les urines mais ils vont aussi pour partie s’associer avec certaines structures cellulaires, tel l’ADN du noyau des cellules, en formant des composés appelés adduits. C’est le point de démarrage du processus cancérogène. L’estimation de l’imprégnation de l’organisme s’appuie principalement sur la mesure d’un dérivé de certains HAP, le hydroxypyrène, reconnu comme marqueur fiable.

Les effets sur la santé sont peu décrits, à l’exception notable du cancer. La toxicité aiguë se manifeste par des troubles neurologiques attribués au naphtalène. Des effets chroniques non cancérigènes ont également été observés mais seulement au cours d’études réalisés sur des animaux. Les conclusions pour l’homme ne sont donc pas évidentes. Il pourrait souffrir d’atteintes rénales, de l’intestin, de céphalées, de perturbations de certaines hormones. Des troubles pulmonaires ainsi qu’une perte de pigmentation de la peau ont également été signalés.

Plusieurs études épidémiologiques en milieu professionnel ont montré que les HAP sont impliqués dans l’apparition de nombreuses formes de cancers. La localisation du cancer est liée à la voie de pénétration de ces substances : cancer du scrotum dû au passage cutané (c’est l’une des premières formes de cancer professionnel mise en évidence au 18e siècle chez les ramoneurs de Londres), cancer de la vessie, de l’œsophage et de l’estomac lors de l’ingestion d’aliments très fumés, et des voies nasales ou du poumon après inhalation. Comme c’est fréquemment le cas, les limites de ces études sont liées au fait que les personnes observées étaient en réalité soumises, le plus souvent à un melange de polluants et que le rôle des uns et des autres est toujours difficile à identifier .Malgré ces incertitudes, les confrontations entre ces données épidémiologiques et les travaux expérimentaux chez l’animal ont conduit les instances internationales compétentes à classer certains HAP comme des cancérogènes probables ou possibles.

Une valeur d’excès de risque unitaire de cancer du poumon a pu être déterminée pour le BaP inhalé (sur 100 000 sujets exposés sur une longue période à respirer un air contenant 1 ng/m3 de ce HAP, on verra apparaître près de 9 cas de cancer du poumon à cause de ce polluant).

La famille des HAP fait l’objet de recherches scientifiques afin de mieux connaître leurs teneurs dans notre cadre de vie et leurs nocivités. Par mesure de précaution, tout doit être mis en œuvre pour diminuer les concentrations dans notre environnement y compris l’alimentation. Le fumeur s’injecte directement des HAP avec les goudrons qu’il inhale.

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