Comprendre les risques sanitaires

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Comprendre les troubles pour la reproduction liés à l’environnement

Publié par Risque Sanitaire France sur 28 Juillet 2016, 12:29pm

Catégories : #risques sanitaires

Photo de spermatozoïdes (source: futura-sciences)

Photo de spermatozoïdes (source: futura-sciences)

Source : extraits du livre «  Quels risques pour notre santé ? », de Denis Zmirou

 

Le système reproductif, notamment celui de l’homme, est particulièrement sensible aux modifications de l’environnement, qu’elles soient physiques, cliniques ou biologiques. Il y a à ceci différentes raisons :

  • La production de gamètes est un processus continu, spécialement chez l’homme. Ce mécanisme physiologique est particulièrement sensible de par sa complexité : il s’agit en effet, à partir de cellules souches qui comportent 46 chromosomes, de produire des cellules germinales (ou gamètes : les spermatozoïdes pour l’homme, les ovocytes pour la femme) qui ne contiennent plus que 23 chromosomes chacune, pour aboutir, lors de leur fusion, à des individus dont toutes les cellules autres que germinales contiendront à nouveau 46 chromosomes. On conçoit bien la complexité des mécanismes mis en œuvre et leur sensibilité aux agressions extérieures. Alors que chez les femmes la plus grande partie de ce processus se déroule pendant la vie intra-utérine, chez l’homme il se met en place avant la naissance puis, après une longue phase de repos, il se développe à partir de la puberté pour se dérouler de façon ininterrompue jusqu’à un âge très avancé ;
  • Les cellules produites sont elles-mêmes très fragiles et, singulièrement, les spermatozoïdes qui sont les seules cellules de l’organisme à être des cellules isolées et mobiles ;
  • Le mécanisme de fécondation est complexe, il nécessite que les organes génitaux soient en parfait état de fonctionnement ;
  • Enfin, le produit de la fécondation, l’embryon, est très fragile jusqu’à son implantation dans l’utérus, puis jusqu’à ce qu’il acquière une certaine autonomie de développement, c’est-à-dire jusqu’au 3e mois de la grossesse.

Une observation historique a montré à quel point l’ensemble des mécanismes de la reproduction peut être perturbé par des modifications de l’environnement. Il s’agit de l’exemple du di-bromo-chloro-propane, le DBCP. Ce produit nématocide est commercialisé depuis les années cinquante. On l’utilisait particulièrement dans la culture de la banane et du coton dans les zones tropicales et subtropicales (Amérique centrale, Caraïbes, Israel…). Bien que l’étude de sa toxicité sur le rat de laboratoire soit connue depuis le début des années soixante, ses effets sur l’homme n’ont été découverts qu’en 1977. A cette époque, les travailleurs d’une usine de production du DBCP en Californie avaient été frappés par le faible nombre d’enfants conçus par les hommes après qu’ils aient commencé à travailler dans cette usine. A l’occasion de la réalisation d’un film de télévision, on pratiqua une analyse biologique du sperme parmi cinq de ces travailleurs. Ces examens relèveront des anomalies importantes, dénotant une production de spermatozoïdes soit absente (azoospermie) soit très pauvre (moins de 20 millions de spermatozoïdes/ml de sperme). Ce premier résultat fut confirmé par une analyse détaillée de tous les hommes ayant travaillé dans cette usine. Au total, des études réalisées au Mexique, à Hawaï, en Israël et au Costa-Rica ont fourni des résultats analogues, indiquant qu’environ 15% des hommes travaillant dans la production du DBCP avaient une production de spermatozoïdes arrêtée et qu’en outre environ 20% avaient une production insuffisante.

Depuis cette époque de nombreux agents physiques, chimiques et biologiques ont été incriminés dans la survenue de troubles de la reproduction. Il s’agit de l’exposition aux rayonnements ionisants, à la chaleur, aux métaux lourds (le plomb en particulier), à certains médicaments, ou aux conséquences de certaines maladies sexuellement transmissibles .Mais la préoccupation des scientifiques et des pouvoirs publics est devenue beaucoup plus importante depuis la publication en 1992 par une équipe de chercheurs danois d’une revue de la littérature scientifique regroupant 61 études réalisées dans le monde de 19387 à 1990, et montrant, durant cette période, une chute de la production moyenne de 113 millions de spermatozoïdes par millilitres de sperme à 66 millions/ml : près de moitié moins. De nombreuses études publiées depuis ont confirmé ce résultat. Il semble bien exister, dans certaines régions, une diminution de la production spermatique d’environ 2% par an. Fait intrigant, durant la même période, on a enregistré dans tous les pays étudiés une augmentation de 2 à 4% par an de l’incidence du cancer du testicule, ainsi que de certaines malformations congénitales de l’appareil génital masculin, telle la non-descente des testicules dans les bourses à la naissance (cryptorchidie). L’ensemble de ces anomalies ne sont pas sans rappeler celles qui ont été observées chez les enfants nés de femmes qui avaient reçu un traitement hormonal pendant la grossesse, le distilbène. On sait aussi par ailleurs que certains produits chimiques qui ont contaminé notre environnement au cours des 50 dernières années, comme par exemple le DDT, ou certaines dioxines, sont remarquablement résistantes à la biodégradation, se retrouvent dans la chaîne alimentaire et peuvent induire des anomalies de la reproduction chez des animaux de laboratoire ou chez les animaux sauvages lors d’accidents écologiques (des alligators du lac Apopka en Floride ou des poissons dans les rivières britanniques). L’une des hypothèses formulée pour expliquer ces observations est que de nombreuses substances chimiques pourraient, pendant la vie intra-utérine ou après la puberté, entrer en compétition avec les hormones naturelles (les œstrogènes et/ou les androgènes) et perturber le développement ou le fonctionnement des organes génitaux. Il y aurait, du fait des modifications de l’environnement, une exposition de plus en plus importante à des produits hormonaux (des œstrogènes faiblement actifs) ou à des produits ayant une action biologique de type ostrogénique, que l’on appelle des perturbateurs endocriniens. L’exposition à de tels produits aurait augmenté au cours des 50 dernières années dans notre environnement, puisqu’on peut trouver de telles substances dans de très nombreux produits, depuis certains pastiques jusqu’aux pesticides.

De très nombreuses recherches sont encore nécessaires dans ce domaine de façon à mieux comprendre et évaluer ces risques .Mais la prise en compte de ce qui est déjà connu par un contrôle plus strict des effets sur la reproduction des substances que nous produisons et utilisons devrait intervenir sans tarder. Ce serait une bien sage précaution.

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