Comprendre les risques sanitaires

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Comprendre les risques sanitaires liés aux dioxines ou hydrocarbure aromatique polycyclique chloré

Publié par Risque Sanitaire France sur 3 Août 2016, 07:23am

Catégories : #risques sanitaires

Photo d'un épendage d'agent orange pendant la guerre du Vietnam (source: pagedesuie)

Photo d'un épendage d'agent orange pendant la guerre du Vietnam (source: pagedesuie)

Source : extraits du livre « Quels risques pour notre santé ? », de Denis Zmirou

 

Les polychlorodibenzo-p-dioxines (PCDD), et au premier rang, la célèbre « dioxine de Seveso », la 2,3,7,8-tétrachlorodibenzo-pdioxine (2,3,7,8-TCDD), sont présentes partout dans l’environnement. Elles y sont associées à d’autres molécules produites dans les mêmes circonstances, les polychlorodibenzofuranes (PCDF ou furanes). S’apparentent à ces composés les polychlorobiphényles (PCB plus connus sous le nom de pyralène), qui sont, eux, essentiellement d’origine industrielle.

Ces molécules de structure chimique proche, sont regroupées sous le terme d’hydrocarbures aromatiques polycycliques chlorés (HAPC). Elles produisent des effets toxiques similaires

L’exposition à la 2,3,7,8-TCDD ne déclenche pas la survenue d’un type de cancer donné (cancer du poumon par exemple), et le risque qui lui est associé est faible chez l’homme. Ceci explique qu’il ait fallu plus de 25 ans au Centre international de recherches sur le cancer pour affirmer que la dioxine était un cancérogène certain pour l’homme (classe 1). Cette conclusion est basée essentiellement sur l’étude des populations de Seveso et de travailleurs de l’industrie chimique, exposées de 500 à 1000 fois plus que la population générale. Encore le CIRC ne se prononce-t-il pas sur le pouvoir cancérogène des autres HAPC, faute d’études épidémiologiques spécifiques de ces molécules.

Expérimentalement, les HAPC sont sans aucun doute des cancérogènes puissants chez l’animal, mais ils ne sont pas mutagènes. Leur cancérogénicité ne serait pas spécifique d’un ou plusieurs types de cancers particuliers, mais liée à leur capacité à faciliter le développement de cancers initiés par d’autres agents chimiques, physiques, voire biologiques : ce sont des promoteurs.

Ceci est d’une extrême importance pour l’évaluation du risque cancérogène : le processus de cancérogenèse, selon ce mécanisme d’action tel qu’il est actuellement admis par la communauté scientifique, fait qu’il existerait un seuil en dessous duquel le risque est nul. La difficulté consiste alors à déterminer à quelle quantité de produit ingéré se situe ce seuil d’innocuité théorique.

Les très nombreuses études conduites sur le sujet sont contradictoires. Les furanes, et peut-être aussi les PCB sont toxiques pour le fœtus. On a observé des altérations du développement psychomoteur des nouveau-nés après exposition prénatale ou périnatale aux HAPC, à doses fortes ou relativement fortes, ce qui justifie les travaux actuels conduits pour des expositions moindres.

Chez l’animal, les HAPC sont sans aucun doute responsables de malformations congénitales (ils provoquent des becs de lièvre et des malformations du rein et des urètres) et foetotoxiques (abortifs notamment). Chez le primate, ils peuvent être responsables d’une baisse de la fertilité, accroître le risque d’affections de l’utérus et altérer la qualité du sperme chez le rongeur. Les données chez l’homme sont moins nettes.

Chez l’homme, l’effet aigu le mieux démontré est une forme d’acné, dénommé chloracné, qui survient à forte ou très forte exposition. Elle a été observée à Seveso ou chez les travailleurs de l’industrie chimique.

De très nombreuses manifestations toxiques (immunologiques, neurologiques, métaboliques – risque accru de diabète par exemple) ont été rapportées à fortes doses, mais la démonstration d’un lien de cause à effet avec l’exposition aux HAPC reste discutée. Cette famille reste encore bien mystérieuse.

Les expositions les plus importantes des populations humaines aux HAPC sont professionnelles. Elles résultent le plus souvent d’accidents de production ou surviennent lors de contaminations involontaires, comme Seveso (Italie), Times Beach (Missouri, Etats-Unis), Yusho (Japon), Yu Cheng (Taiwan). L’homme peut également être exposé aux dioxines avec l’emploi de produits tels que les phénoxyherbicides, chlorophénols… contaminés par les PCDD/F et l’utilisation des PCB. Ainsi, l’armée américaine a largué massivement des tonnes de défoliants contaminés par les PCDD/PCDF sur les forêts lors de la guerre du Vietnam.

Tout phénomène de combustion de matériaux organiques ou comportant du chlore, du carbone et de l’oxygène produit des HAPC. Il ne peut donc y avoir d’exposition nulle aux HAPC. La sidérurgie et l’incinération des déchets sont parmi les activités industrielles les plus productrices de HAPC. Dans le dernier cas, les normes d’émission autorisées viennent d’être sensiblement baissées. Or, ce sont des composés stables et résistants à la dégradation chimique, biologique et physique. Ils sont par ailleurs solubles dans les graisses. Ces caractéristiques expliquent leur accumulation dans les chaînes alimentaires. On estime que l’homme ingère tous les jours 2,4 picogrammes (un millionième de millionième de gramme) de dioxines par kilo de poids du corps à 95% au moins par l’alimentation, souvent à distance des sources particulières de ces composés. Bien entendu, la situation est différente en cas d’exposition professionnelle. Même dans les environs d’une installation productrice de HAPC, l’exposition des populations est en règle générale insignifiante, sauf si les émissions sont très importantes.

Dans les pays industrialisés, l’ensemble de la population est quotidiennement exposée à de faibles quantités de HAPC. Aux niveaux courants d’exposition des populations, les risques potentiels concernant la reproduction et le développement psychomoteur des enfants sont les plus préoccupants, bien que leur réalité ne soit pas démontrée.

Des études conduites en Europe depuis le début des années quatre-vingt montrent une réduction sensible des niveaux d’émission et d’exposition aux HAPC du fait des efforts de maîtrise des sources industrielles.

Les dioxines sont particulièrement redoutées, bien que l’homme paraisse un animal particulièrement résistant à leurs effets, par comparaison avec divers animaux de laboratoire. Les controverses scientifiques sont loin d’être closes. Les agences spécialisées y concourent, d’une » façon bien involontaire. Ainsi, certaines agences américaines (mais pas toutes) considèrent que les HAPC sont des cancérogènes complets sans seuil, bien que non mutagènes. L’US-EPA (l’agence américaine de l’environnement) applique un modèle d’extrapolation de haute à basse dose et en déduit une dose journalière tolérable correspondant à un supplément de risque de mourir d’un cancer au cours d’une vie de 1 millionième. En revanche, l’Organisation mondiale de la santé retient une approche toxicologique par application de facteurs de sécurité à la dose expérimentale la plus faible pour laquelle il est observé un effet pathologique chez l’animal. Ces différentes institutions s’appuient sur des comités d’experts qui, selon leur culture (et parfois leurs valeurs) peuvent privilégier des approches du risque différentes. Les connaissances scientifiques s’enrichissent constamment. Ces éléments expliquent les larges divergences d’appréciation. Le public et souvent expert eux-mêmes y perdent souvent leur latin.

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barbara 19/08/2016 13:52

un sujet très intéressant ! merci pour le partage

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