Comprendre les risques sanitaires

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Comprendre les risques sanitaires liés aux éthers de glycol

Publié par Risque Sanitaire France sur 22 Septembre 2016, 10:53am

Catégories : #risques sanitaires

Photo de pots de peinture (source: https://www.guideastuces.com/image_upload/61daa87c10167b7011118d6f4cfa31ba/1433780306_0.jpg)

Photo de pots de peinture (source: https://www.guideastuces.com/image_upload/61daa87c10167b7011118d6f4cfa31ba/1433780306_0.jpg)

Source : extraits du livre « Quels risques pour notre santé ? », de Denis Zmirou

 

Les éthers de glycol (Eg) forment une famille de plus de 30 substances chimiques très utilisées dans les produits industriels et domestiques depuis les années trente (phytosanitaires, carburant aéronautique, produits photographiques, mais aussi peintures dites à l’eau, encres, colles et adhésifs, vernis, teintures, produits d’entretien, cosmétiques…). Bien que leur toxicité reproductive chez l’animal ait été mise en évidence au début des années quatre-vingt, ce n’est qu’en août 1997 que la réglementation française a commencé à limiter leur usage. Un rapport de l’INSERM sur les risques liés aux Eg conduit les pouvoirs publics à renforcer cette réglementation.

 

Il existe deux groupes d’Eg : ceux dérivés de l’éthylène glycol et ceux dérivés du propylène glycol. Ils sont très utilisés parce qu’ils sont à la fois des solvants des résines et sont miscibles aussi bien avec l’eau qu’avec les autres solvants. Ces propriétés, alliées au fait que leur toxicité aiguë est faible, expliquent le développement de leur utilisation dans une multitude de produits industriels et domestiques. L’étude de plusieurs fichiers de produits industriels, en France, entre 1983 et 1998n montre qu’en moyenne, pendant cette période, plus d’une préparation industrielle sur dix contenait un Eg, à des concentrations variant de 1% à 100% (sérigraphie). En 1997, le marché européen des Eg de glycol était de 350 000 tonnes, dont de l’ordre de 30 000 tonnes en France. Alors que les Eg de la série éthylénique, jugée la plus dangereuse, étaient encore commercialisés de manière majoritaire en France, en 1997 (pour moitié pour la fabrication de peintures, encres et colles), on assiste à un transfert progressif vers la série propylénique. Moins étudiée à ce jour, cette série apparaît a priori moins toxique, mais les données sont aujourd’hui très lacunaires. L’exposition se fait par voie pulmonaire ou par la peau, en cas de contact avec la substance, sous forme liquide ou vapeur. Les Eg se distribuent ensuite très rapidement dans l’organisme et peuvent passer la barrière placentaire. Les voies de transformation dans l’organisme des Eg Ethylène et Propylène sont différentes, les premiers aboutissant à des produits plus toxiques que les seconds (acides et aldéhydes). Ces schémas métaboliques sont communs à toutes les espèces animales et à l’homme, ce qui permet d’utiliser les résultats d’études toxicologiques chez l’animal pour identifier les dangers pour l’homme. Ce dernier excrète les métabolites des Eg Ethylène plus lentement que les autres espèces, ce qui pourrait expliquer une plus grande sensibilité à ces toxiques.

 

Les doses létales 50 (DL50) par voie orale sont élevées, ce qui a conduit pendant longtemps à considérer tous les Eg comme dénués de toxicité et à les utiliser sans précautions particulières (y compris le EGEE comme excipient de médicaments jusqu’en novembre 1995, par exemple). On peut distinguer 3 groupes d’Eg au vu de leurs effets toxiques sur la reproduction et le sang. Ces effets sont observés chez toutes les espèces testées et pour toutes les voies d’exposition. Pour les composés du groupe 1a les études ont montré une toxicité reproductive chez le mâle (atrophie de l’appareil reproducteur, atteinte de la spermatogenèse et infertilité partielle, voire totale aux plus fortes doses testées) et chez la femelle (allongement du temps de gestation, fertilité réduite voire infertilité aux plus fortes doses testées). Une toxicité pour le développement de l’embryon et du fœtus a été également montrée, avec baisse du poids des nouveau-nés et des malformations diverses.

Les données pour les Eg du groupe 1b sont moins nombreuses mais indiquent des effets de même nature que celles des Eg du groupe 1a.

En ce qui concerne les Eg du groupe 2, seuls les effets sur l’appareil génital femelle et le développement embryo-fœtal sont indiscutables (diminution de la taille des portées, augmentation de la mortalité néonatale et réduction de l’ossification des fœtus).

Les composés du groupe 3, qu’ils appartiennent à la série E ou à la série P n’induisent pas d’effets sur la reproduction ou sur le sang.

Les données actuelles sont encore parcellaires et il est difficile d’affirmer un effet cancérogène. Plusieurs Eg sont génotoxiques ; certains s’avèrent avoir une potentialité cancérogène chez l’animal. Au total, les effets sur le développement sont retenus comme critiques, car ils sont observés aux plus faibles doses et à partir d’une exposition unique. Une dose de référence à ne pas dépasser (DR) a été calculée par l’agence américaine de l’environnement (l’US EPA) pour un nombre limité d’Eg à partir des données expérimentales (en appliquant des facteurs de sécurité conventionnels : 1000 pour les risques de malformation congénitales, 100 pour les autres).

 

Les données humaines sont moins nombreuses mais tendent à confirmer les données animales. Il s’agit d’études en milieu professionnel dans différents secteurs industriels (peintres en chantier naval, industrie des cristaux liquides ou industrie des semi-conducteurs, fonderie…) où les ouvriers et les ouvrières les plus exposés présentent des troubles de la reproduction (atteinte de la spermatogenèse, perturbation du cycle menstruel, hypofertilité, avortements spontanés…). Une exposition précoce pendant la grossesse pourrait être associée à diverses malformations congénitales (fentes orales, malformations du système nerveux central et anomalies multiples).

 

Les expositions du groupe 1a mesurées dans les années 80 se traduisaient par un dépassement constant, en moyenne, de la dose de référence (jusqu’à 100 fois dans des activités comme la peinture, l’imprimerie ou la réparation automobile). Une étude menée dans les années 90, dans 63 ateliers de 18 secteurs d’activité, à l’aide de dosages urinaires des métabolites montre que les expositions étaient moins élevées mais restaient cependant souvent supérieures à la dose de référence sans danger, principalement dans les activités de fabrication de circuits imprimés, de peinture d’avions, de vernissage métallique ou de meubles, de nettoyage de véhicules, de sérigraphie, de peintures de charpentes et de carrosserie par procédé classique ou par cataphorèse – traitement anticorrosion -. Il n’existe pas en France de valeurs limites réglementaires d’exposition professionnelle pour les Eg ; le ministère du travail recommande cependant des valeurs limites pour quelques Eg.

Pour les consommateurs, l’exposition est le plus souvent limitée à des périodes de temps courtes (sur la journée ou au maximum sur la semaine). La dose de référence peut être dépassée dans un certain nombre d’emploi de produits domestiques, notamment pour les vernis, peintures et produits de nettoyage. Une expérimentation a montré que l’utilisation d’une peinture plafond grand public contenant 0,9% de MG a pu induire une exposition quotidienne de l’ordre de 3mg/kg, soit la dose sans effet observé chez le lapin.

 

Les Eg du groupe 1a ont été classés en 1993 comme toxiques pour la reproduction de classe 2 par l’Union européenne. EN France, trois arrêtés publiés en 1997 et 1998 interdisent l’usage de ces substances dans des médicaments, cosmétiques, combustibles et carburants, couleurs pour artistes et des produits à usage professionnel.

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