Comprendre les risques sanitaires

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Comprendre les risques sanitaires liés aux perturbateurs endocriniens (PE)

Publié par Risque Sanitaire France sur 5 Septembre 2016, 10:57am

Catégories : #risques sanitaires

Photo d'une barquette de viande (source: http://img.20mn.fr/iD4nRC8nQfiuVf-41Xaf7w/648x415_20mn-9080.jpg)

Photo d'une barquette de viande (source: http://img.20mn.fr/iD4nRC8nQfiuVf-41Xaf7w/648x415_20mn-9080.jpg)

Source : extraits des textes du dossier « Les perturbateurs endocriniens », issus du Year Book santé et environnement 2016

Lien : http://www.yearbook-ers.jle.com/

  • Texte « Perturbateurs endocriniens, de la science à la réglementation », de Jean-François Narbonne
  • Texte « Les perturbateurs endocriniens : 25 ans déjà », de Pierre Barouki
  • Texte «effets des perturbateurs endocriniens : faire avancer le débat », Vol.14 n°5 septembre-octobre 2015 de la revue environnement, risque et santé
  • Texte «Estimation du coût de l’exposition aux perturbateurs endocriniens dans l’Union européenne», Vol.14 n°5 septembre-octobre 2015 de la revue environnement, risque et santé

 

L’union européenne vient de condamner en décembre 2015 la Commission qui avait « une obligation claire, précise et inconditionnelle d’adopter des actes délégués en ce qui concerne la spécification des critères scientifiques pour la détermination des propriétés perturbant le système endocrinien, et ce au plus tard le 13 décembre 2013 ».

 

La définition du perturbateur endocrinien

Substance exogène ou mélange qui altère le fonctionnement du système endocrinien et qui induit des effets toxiques sur un organisme intact, ou sa descendance, ou sur certaines populations.

La définition par à la fois d’un mécanisme d’altération d’un système de signalisation particulier, mais aussi du potentiel d’induction de nombreuses pathologies liées aux processus d’homéostasie de reproduction et de développement. Cet aspect nous reporte à un des problèmes fondamentaux dans l’analyse des risques qui porte sur le lien de causalité entre exposition et pathologie.

Soit on part du mécanisme d’action, en considérant les perturbateurs endocriniens comme des substances génotoxiques (capable d’altérer le matériel génétique), et on utilise un modèle d’évaluation sans seuil et une gestion dite ALARA (aussi faible que raisonnablement réalisable).

Soit on se base sur les pathologies induites, en considérant les perturbateurs endocriniens comme des substances cancérogènes mais non génotoxiques (induisant l’apparition de tumeur maligne), et on utilise un modèle d’évaluation avec seuil et une gestion de dose sans effet et de dose tolérable.

La première option fait peur aux industriels et distributeurs, car toute substance a de forte chances d’être classée perturbateur endocrinien et donc soumise à de fortes limitations ou restriction d’usage.

 

La toxicité des perturbateurs endocriniens

  • Interférence avec les stéroïdes sexuels
  • Modulation des effets de l’oestradiol en interagissant avec le ou les récepteurs
  • Diminution des effets des androgènes en se liant au récepteur de ces hormones
  • Développement de cancers hormono-dépendants
  • Perturbation du développement neurologique et cognitif
  • Impact sur le système immunitaire, effet d’immunosuppression
  • Perturbation de l’homéostasie physiologie et du développement

 

Coût des perturbateurs endocriniens

Le coût a été chiffré dans une perspective sociétale, comprenant les coûts directs (dépenses occasionnées par les soins : hospitalisation, frais médicaux, infirmiers, médicaments, matériel médical, etc.) et indirects (liés à la perte de productivité induite par la pathologie).

L’exposition aux perturbateurs endocriniens a été estimée responsable de 873 000 points de QI perdus (analyse de sensibilité : 148 000 à 2,02 millions) et de 3 290 cas de retard mental (analyse de sensibilité : entre 544 et 8080 cas).

Le coût médian annuel correspondant est de 9,59 milliards d’euros (estimation basse : 1,58 milliards et estimation haute : 22,4 milliards).

Le poids de l’exposition aux PE dans les pathologies considérées coûterait ainsi au total chaque année 19 milliards d’euros à l’UE -81,8 à 269 milliards selon les analyses de sensibilité).

 

Les personnes à risque

Les femmes enceintes sont des personnes à risque. C’est expliqué par le rôle de compartiment de réserve du tissu adipeux pour ces substances toxiques lipophiles qui s’y accumulent. L’inflation du tissu adipeux augmente sa capacité de stockage, tandis qu’une fonte de la masse grasse entraîne le relargage des perturbateurs endocriniens dans la circulation sanguine.

Bien que la grossesse s’accompagne d’une prise de poids plus ou moins importante, l’impact du gain pondéral gestationnel sur l’exposition néonatale aux perturbateurs endocriniens n’a pas encore été beaucoup étudié.

 

Les controverses autour des effets des perturbateurs endocriniens

Il existe une difficulté importante de mettre en évidence un effet de type perturbateur endocrinien. Selon la définition même d’un perturbateur endocrinien, il ne s’agit pas seulement de montrer qu’une substance module les actions hormonales et qu’elles a des effets toxiques, mais il faut en plus montrer que ces effets toxiques sont bien liés aux effets endocriniens, ce qui n’est pas simple à faire. On aura sans doute du mal à établir ce lien dans beaucoup de cas, ce qui fait qu’on aura plus souvent affaire à des perturbateurs endocriniens probables qu’à des perturbateurs endocriniens avérés.

 Une autre raison de fond est la difficulté d’établir le lien entre un perturbateur endocrinien et une pathologie dans les populations humaines. En effet, la plupart des effets des perturbateurs endocriniens à faible dose concernent des expositions pendant la période périnatale avec des effets toxiques qui apparaissent plus tard dans la vie, donc à distance de l’exposition. Il s’agit donc d’effets différés qui doivent être recherchés sur le long terme. Il n’est pas aisé de rechercher ce type d’effets dans les populations humaines. Pour cela, il faudrait pouvoir reconstituer les expositions, ce qui est difficile et entaché d’incertitude, ou disposer de cohortes et d’études longitudinales, ce qui est long. Pour cette raison, on dispose pour la plupart des perturbateurs endocriniens d’arguments expérimentaux assez solides mais dans beaucoup de cas, les arguments chez l’homme sont plus sujets à controverse.

L’exposition aux perturbateurs endocriniens est multiple. Les pathologies dont l’incidence ou la gravité sont susceptibles d’être augmentées par l’exposition aux perturbateurs endocriniens, sont multifactorielles.

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