Comprendre les risques sanitaires

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Connaître la toxicité et les effets sanitaires des phtalates

Publié par Risque Sanitaire France sur 16 Septembre 2016, 11:11am

Catégories : #risques sanitaires

Photo d'un vernis à ongle (source: http://static.lexpress.fr/medias_4678/w_1520,h_855,c_fill,g_north/v1404759447/vernis-a-ongles-1_2395456.jpg)

Photo d'un vernis à ongle (source: http://static.lexpress.fr/medias_4678/w_1520,h_855,c_fill,g_north/v1404759447/vernis-a-ongles-1_2395456.jpg)

Les phtalates constituent une large famille de produits chimiques et classés en tant que perturbateur endocrinien (PE). Ce sont des additifs utilisés couramment dans les matières plastiques depuis les années 1950 notamment le polychlorure de vinyle (PVC) et d’autres matériaux pour les rendre plus transparents, souples et flexibles. Les phtalates sont des composés chimiques dérivés de l’acide phtalique avec une production mondiale de 3 millions de tonnes par an, dont près de 100 000 tonnes pour la France.

On les trouve dans les produits pour automobile, les revêtements pour les planchers et les murs, les isolants pour câbles et fils souples, le matériel médical, les médicaments, les peintures, les laques, les encres d’imprimeries, les céramiques, les emballages alimentaires, les fournitures scolaires comme les gommes et même les sex toys… Les cosmétiques sont le deuxième domaine d'application des phtalates où ils sont notamment incorporés comme agents fixateurs afin d’augmenter le pouvoir de pénétration d’un produit sur la peau ou d’empêcher le vernis de craquer.

Les phtalates sont des composés ubiquitaires de l’environnement intérieur. Ils se trouvent dans les poussières, l'air, les cosmétiques, la nourriture, les matériaux en plastique dont les PVC, le lait maternel et les jouets.

 

Exposition

Les phtalates sont utilisés dans de nombreux domaines et sont donc omniprésents dans l’environnement. Ils ne sont pas liés chimiquement aux matières plastiques, mais y sont seulement dissous. De ce fait, ils s’en libèrent par contact avec des liquides ou des graisses ou s'échappent dans l'air ambiant. Le processus d'évaporation des phtalates est lent, mais leur présence dans l'atmosphère est durable.

Ils exposent l’homme via l’ingestion, l’inhalation, et le contact cutané. L’exposition des nourrissons et des jeunes enfants aux phtalates provient essentiellement de l'ingestion.

 

Toxicité

Les phtalates ont une toxicité sur le foie, le rein, l’appareil reproducteur, en particulier les testicules, et le développement du fœtus.

 

Allergies et asthme :

Certains phtalates présentent des associations significatives avec le risque de développer des allergies et troubles respiratoires. Ils peuvent augmenter la production et la libération de molécules liées à l'inflammation et à l’allergie. Des études menées sur 101 enfants âgés de 3 à 9 ans, ont montré que des niveaux accrus de BBP étaient associés à des cas d'allergie et d'asthme. Des niveaux plus élevés de DBP et ses métabolites (MBP et MHEP) étaient des facteurs de risque potentiels d'allergie et de morbidité respiratoire. D’autres études montrent que l’asthme est associé avec le MCOP et le MCNP, respectivement métabolites du DiNP et du DiDP.

 

Stress oxydatif et inflammation :

Les résultats d’une étude sur 10 026 personnes montrent que la bilirubine (qui possède une puissante activité anti oxydante) est inversement associée avec plusieurs métabolites de phtalates (DEHP, DBP ainsi que MBzP et MCPP). De nombreux métabolites étaient aussi significativement associés avec les polynucléaires neutrophiles, la phosphatase alcaline et la ferritine, suggérant que les phtalates pourraient être associés avec une augmentation de l'inflammation.

 

Troubles auditifs:

Il semble exister des corrélations significatives entre les concentrations de MnBP (métabolite du DBP), MBeP (métabolite du BBP) et MCPP (métabolite du DnOP) et des troubles de l'audition.

 

Reproduction :

Les phtalates naturellement présents dans l’environnement pourraient être une source suffisante pour créer des risques sur la reproduction. Une étude mesurant les concentrations urinaires de 5 métabolites de phtalates (DEHP, DEP, DBP, BBP) a montré que ces concentrations étaient plus élevées chez les couples ayant des difficultés à procréer que chez les couples déjà parents d'un ou plusieurs enfants. In vitro,  certains phtalates inhibent l'activité de deux enzymes (3β-HSD et 17β-HSD3) impliquées dans la stéroïdogenèse chez l'humain. La puissance de cette inhibition dépend de la structure de la chaine carbonée des phtalates.

Chez l’homme adulte, plusieurs études transversales retrouvent un lien entre les concentrations de métabolites urinaires des phtalates et une altération des paramètres du sperme parmi lesquels la concentration et la morphologie des spermatozoïdes ainsi qu’’une augmentation de la fragmentation de l’ADN du gamète mâle. Par ailleurs, une étude de type cas-témoins met en évidence une relation entre les concentrations plus élevées de métabolites urinaires en phtalates et les concentrations basses de testostérone. Le DiNP et le DiDP n'ont pour le moment pas montré d'effets sur la fertilité mâle ou femelle. En revanche quelques effets sur le développement embryo-fétal ont été identifiés à forte dose. Ces effets n'ont cependant pas été jugés suffisants pour justifier un classement d'après les critères de la directive 67/548/CEE modifiée du conseil de l'Union Européenne. Concernant le DBP, il provoque chez le rongeur des effets sur la reproduction, ainsi qu’une altération du développement pré et postnatal.

Chez les femmes, peu d’études ont évalué le rôle possible de l’exposition aux phtalates sur la santé reproductive. Seul le risque d’endométriose a été spécifiquement évalué et les preuves apportées par ces quelques études de l’existence possible d’un lien entre phtalates et endométriose sont insuffisantes. Les effets de l’exposition aux phtalates sur la fonction ovulatoire et certains niveaux hormonaux (œstradiol, progestérone, LH, FSH) suggérés dans les études animales ne sont pas relatés chez la femme. L'évaluation des effets des phtalates est rendue complexe du fait de la diversité au niveau des études, des populations étudiées et de la méthodologie des dosages

 

Cancer :

Le potentiel cancérogène des phtalates est depuis longtemps et régulièrement remis en cause. Une étude in vitro de 2011, a observé que certains phtalates (dont le DBP et le BBP) induisent un mécanisme oncogénique non génomique dans l'étiologie du cancer du sein. Toujours in vitro, le DBP aurait également montré une puissance suffisante pour perturber le système endocrinien et pour stimuler la croissance des cellules tumorales ovariennes ER-positives. Concernant le DiNP et le DiDP ainsi que le DEHP, l'administration prolongée entraîne l'apparition de tumeurs chez le rat et la souris cependant aucun des effets observés chez l'animal n'est jugé extrapolable à l'homme. Il n'est donc pas considéré comme un cancérogène potentiel. Le DMEP ne présente pas de profil cancérogène. Encore aujourd’hui, le doute persiste quant au potentiel cancérogène et genotoxique des phtalates. Des études plus poussées et concordantes doivent être établies avant de pouvoir statuer définitivement sur cet effet. De part ces multiples incertitudes évoquées, nous avons décidé de ne pas prendre en compte le possible caractère cancérogène pour cette étude.

 

Développement du fœtus :

Pour la première fois en 2008, une étude a montré une relation entre les taux les plus élevés de métabolites (MEP, MBP, MEHP) ainsi que des métabolites oxydés (MEHHP, MEOHP) chez les mères à 29 semaines de gestation (en moyenne) et une « distance anogénitale » (mesurée entre le centre de l’anus et la base du pénis) plus courte chez les nourrissons mâles. Concernant les anomalies de l’appareil génital du petit garçon (hypospadias, cryptorchidie), très peu d’études avec un nombre suffisant de cas ont été réalisées et ne permettent pas encore de conclure à l’existence d’un rôle des phtalates sur la survenue de ces troubles.

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