Comprendre les risques sanitaires

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Connaître les conclusions de l’étude de santé publique France sur Imprégnation des femmes enceintes par les polluants de l’environnement en France en 2011

Publié par Risque Sanitaire France sur 12 Décembre 2016, 19:46pm

Catégories : #risques sanitaires

Photo d'un ticket de caisse (source: http://img0.mxstatic.com/bisph%E9nol-a/ticket-de-caisse_16854_w620.jpg)

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Source : extraits de l’article « Imprégnation des femmes enceintes par les polluants de l’environnement en France en 2011, Volet périnatal du programme national de biosurveillance mis en œuvre au sein de la cohorte Elfe. Tome 1 : polluants organiques », écrit par Clémentine Dereumeaux, Laurence Guldner, Abdessattar Saoudi, Marie Pecheux, Perrine de Crouy-Chanel, Bénédicte Bérat, Vérène Wagner, Sarah Goria, Corinne Delamaire, Alain Le Tertre, Clémence Fillol, Sébastien Denys, Agnès Lefranc

Lien : http://invs.santepubliquefrance.fr/Publications-et-outils/Rapports-et-syntheses/Environnement-et-sante/2016/Impregnation-des-femmes-enceintes-par-les-polluants-de-l-environnement-en-France-en-2011

 

« Les polluants organiques, tels que le bisphénol A, les phtalates, les pesticides, les dioxines, les retardateurs de flamme et les composés perfluorés, sont des perturbateurs endocriniens et, pour certains, des cancérigènes avérés ou suspectés. L’exposition prénatale à ces polluants est soupçonnée d’avoir des répercussions sur la grossesse (prématurité, malformations congénitales, diminution du poids de naissance) ainsi que sur le développement et la santé ultérieure de l’enfant (atteintes du système reproducteur, du métabolisme, du développement psychomoteur et intellectuel et augmentation du risque de cancers). Bien que ces associations ne soient pas clairement démontrées à ce jour, la connaissance des niveaux d’imprégnation des femmes enceintes par les polluants organiques de l’environnement est une préoccupation de santé publique.

La présence dans l’organisme de la mère d’un biomarqueur de polluant de l’environnement ne signifie pas qu’un effet néfaste sur la santé est attendu pour elle ou l’enfant à naître. L’interprétation du risque sanitaire associé au niveau de concentration du biomarqueur fait appel à un ensemble de connaissances, issues de la toxicologie, de l’endocrinologie, de l’épidémiologie, de la pharmacocinétique, des études d’exposition et d’évaluation de risques. Pour certains polluants organiques, des seuils sanitaires appliqués à la biosurveillance ont été développés par des instances françaises ou internationales (Anses, OMS, Commission allemande de biosurveillance, etc.). Ces seuils correspondent à la concentration en biomarqueur en dessous de laquelle, selon les connaissances actuelles, il n’y a pas d’effets défavorables documentés sur la santé. Néanmoins, un dépassement de cette concentration ne signifie pas nécessairement qu’il existe un risque avéré sur la santé ; ceci est le cas pour les valeurs seuil dites HBM-I (Human biomonitoring value) qui sont considérées comme des niveaux de contrôle. À l’inverse, des concentrations inférieures à ces seuils n’écartent pas de façon certaine l’apparition d’effets défavorable sur la santé.

 

Bisphénol A

L’imprégnation par le BPA a été mesurée par dosage urinaire chez 1 764 femmes enceintes. Le BPA total a été quantifié (concentration supérieure à la limite de quantification) chez plus de 70 % des femmes, confirmant ainsi l’omniprésence de cette substance dans l’environnement. La moyenne géométrique des niveaux d’imprégnation des femmes enceintes par le BPA total est égale à 0,69 μg/L (0,87 μg/g créatinine). Aucune des femmes ne dépasse la valeur seuil HBM-I de 200 μg/L. La concentration urinaire moyenne de BPA total observée dans cette étude est inférieure à celle mesurée dans les précédentes études réalisées en France et l’étranger. Bien que cette diminution puisse être liée à des différences méthodologiques entre les études (évolution de la méthode de dosage, mode de recueil des prélèvements urinaires, population d’étude, etc.), une des hypothèses à considérer pourrait être la substitution progressive du BPA par d’autres substances, notamment par les bisphénols S ou F. Les résultats du volet périnatal montrent que l’imprégnation des femmes enceintes par le BPA augmente avec la consommation d’aliments susceptibles d’avoir été en contact avec des matières plastiques ou des résines contenant du BPA (aliments pré-emballés dans du plastique ou en boîtes de conserve, vin, eau en bouteille ou en bonbonne). Elle augmente également avec la présence de linoléum au domicile et l’utilisation prolongée de la télévision. Ces deux variables suggèrent l’existence d’une exposition au BPA par l’inhalation de BPA potentiellement volatilisé dans l’air intérieur à partir des équipements et matériaux présents dans le logement, voire l’ingestion de poussières contaminées. Néanmoins, en l’absence de mesures de concentrations en BPA dans l’air intérieur et les poussières des logements des participantes à la cohorte Elfe, il n’est pas possible de porter un jugement sur la relation de causalité entre les expositions domestiques identifiées et l’imprégnation par le BPA. Les résultats montrent que le fait d’accoucher par césarienne est associé à des niveaux d’imprégnation par le BPA plus élevés qui pourraient en partie être liés à une exposition récente et ponctuelle au BPA contenu dans le matériel médical utilisé lors de ce type d’accouchement (perfusion, sonde urinaire, etc.).

 

Les phtalates

L’imprégnation par les phtalates a été mesurée par dosage urinaire chez 989 femmes enceintes. Parmi elles, 99,6 % ont été exposées à au moins un phtalate (ou métabolite) à un niveau de concentration quantifiable. Ce résultat démontre que, malgré les restrictions d’usages de certains phtalates, ceux-ci sont omniprésents dans l’environnement et les produits de consommation courante.

Les concentrations moyennes sont égales à 7,4 μg/L (10,0 μg/g créatinine) pour les métabolites du DEHP et à 11,0 μg/L (15,0 μg/g créatinine) pour les métabolites du DINP (deux phtalates utilisés dans le PVC). Les concentrations les plus élevées sont mesurées pour le métabolite du DEP (phtalate utilisé dans les cosmétiques et produits d’hygiène) ; la concentration moyenne étant égale à 35,4 μg/L (48,4 μg/g créatinine). Parmi les 989 femmes enceintes, 16 dépassent le seuil HBM-I de 300 μg/L, défini comme niveau de contrôle chez les femmes en âge de procréer. À l’exception des métabolites du DiNP, les niveaux d’imprégnation observés dans cette étude sont généralement plus faibles que ceux mesurés dans les études antérieures françaises. Ce constat est en faveur d’une tendance à la réduction de l’exposition à certains phtalates (DEHP), constatée en Allemagne et aux États-Unis depuis les années 2000, s’accompagnant en contrepartie d’une augmentation de l’exposition aux substituts (DiNP, DINCH®). L’interprétation de cette observation doit cependant tenir compte des différences méthodologiques entre les études (évolution de la méthode de dosage, mode de recueil des prélèvements urinaires, population d’étude, etc.). Les résultats du volet périnatal montrent que l’imprégnation des femmes enceintes par les phtalates augmente avec la consommation d’aliments riches en matières grasses susceptibles d’avoir été en contact avec des matériaux contenant des phtalates (crème fraîche, glaces, entremets, etc.). Elle augmente également avec l’utilisation de produits d’hygiène (cosmétiques, soins pour les cheveux et produits ménagers) et de peinture pendant la grossesse. Ces résultats sont cohérents avec les usages et les sources d’exposition connus des phtalates.

 

Les pesticides

L’imprégnation par certains herbicides (l’atrazine et le glyphosate), insecticides et antiparasitaires (propoxur, pesticides organophosphorés, chlorophénols et pyréthrinoïdes) a été mesurée par dosage urinaire chez près de 1 077 femmes enceintes. Ces pesticides ont été rarement mesurés à un niveau de concentration quantifiable, à l’exception des pyréthrinoïdes qui étaient quantifiés chez près de 100 % des femmes enceintes.

Les résultats montrent que :

  • la concentration moyenne est égale 1,18 μg/L (1,65 μg/g créatinine) pour la somme des pyréthrinoïdes ;
  • une mère sur deux présente un niveau quantifiable pour au moins un métabolite de pesticides organophosphorés ;
  • environ une mère sur cinq présente un niveau quantifiable de propoxur ou de son métabolite, le 2-isopropoxyphénol (2-IPP) ;
  • près d’une mère sur dix présente un niveau quantifiable pour au moins un biomarqueur de chlorophénols ;
  • moins de 1 % des femmes enceintes présente un niveau quantifiable d’herbicides (atrazine et ses métabolites, le glyphosate et son métabolite l’AMPA).

Aucune mère ne dépasse le seuil sanitaire de 40 μg/L défini pour le pentachlorophénol (PCP), au-dessus duquel, selon les connaissances actuelles, il existe un risque d’effets sur la santé. Pour les autres pesticides étudiés, il n’existe pas à l’heure actuelle de seuil sanitaire permettant d’interpréter, en termes d’effets sanitaires, les niveaux biologiques mesurés dans l’organisme.

Les concentrations urinaires de pesticides mesurées dans le volet périnatal sont généralement inférieures à celles mesurées dans les études antérieures menées en France et à l’étranger. La comparaison des niveaux moyens d’imprégnation est cependant limitée, compte tenu des faibles pourcentages de quantification des pesticides dans les urines (y compris dans les précédentes études), et du fait de différences méthodologiques entre les études (recueil des urines, population d’étude, etc.). Néanmoins, les faibles niveaux observés pour l’atrazine et ses métabolites sont cohérents avec la diminution de l’exposition à l’atrazine suite à son interdiction en 2003. De même, les faibles niveaux d’imprégnation par les dialkylphosphates pourraient s’expliquer par la récente réduction des usages des pesticides organophosphorés, progressivement substitués par les pyréthrinoïdes. Les résultats du volet périnatal montrent que comparativement aux Etats-Unis, il existe une surimprégnation des femmes enceintes par les pyréthrinoïdes en France. Une sur-imprégnation de la population générale française avait également été mise en évidence en 2007, dans l’étude ENNS. Les résultats du volet périnatal montrent que l’imprégnation des femmes enceintes par les pyréthrinoïdes (seule famille de pesticides fréquemment retrouvée) augmente avec les usages domestiques de pesticides (insecticides, anti-poux et antipuces), la consommation de tabac et d’alcool. L’analyse des déterminants suggère également que la présence de certaines cultures agricoles à proximité du lieu de résidence est associée à une augmentation des niveaux d’imprégnation. En l’absence de mesures de concentration en pesticides dans l’air (intérieur ou extérieur) et dans les poussières au domicile, il n’est cependant pas possible de porter un jugement sur la relation de causalité entre la présence de cultures agricoles et l’imprégnation par les pyréthrinoïdes. Ce résultat nécessite donc d’être confirmé par des études complémentaires.

 

Les PCB

Les dioxines, furanes et PCB ont été mesurés par dosage dans le sérum chez 208 femmes enceintes. La totalité d’entre elles présentait un niveau de concentration quantifiable pour au moins une de ces substances. La concentration sérique moyenne totale de dioxines, furanes et PCB dioxin-like est de 9,1 ng/g de lipides (7,4 pg-TEQ2005/g lip) (résultats non pondérés). Aucune des femmes enceintes pour lesquelles la concentration a pu être calculée ne dépasse le seuil sanitaire critique de 50 pg-TEQ98/g lipides, au-delà duquel il existe un risque d’effets neurotoxiques, immunotoxiques et reprotoxiques lors d’une exposition prénatale. Les niveaux d’imprégnation mesurés dans le volet périnatal sont inférieurs à ceux observés précédemment en France et à l’étranger. Bien que ces résultats ne soient pas représentatifs, ils semblent s’inscrire dans la tendance à la diminution de l’imprégnation constatée depuis la mise en place de normes d’émission strictes. La moyenne géométrique de la concentration sérique de PCB totaux est de 82,5 ng/g de lipides (810,8 ng/L) (résultats non pondérés). Aucune des femmes enceintes sélectionnées pour le dosage des PCB ne dépasse le seuil sanitaire critique de 700 ng/g lipides, développée pour les femmes enceintes, au-dessus duquel il existe un risque d’effet néfaste sur le développement neurologique et psychomoteur de l’enfant à naître. Les niveaux d’imprégnation mesurés dans le volet périnatal sont inférieurs à ceux mesurés dans les études françaises et européennes antérieures mais supérieurs à ceux mesurés aux Etats-Unis et au Canada. Cette différence, déjà mise en évidence dans l’étude ENNS (Étude nationale nutrition santé), pourrait s’expliquer par des réglementations différentes entre ces pays. L’analyse de la portée de cette observation doit tenir compte des différences méthodologiques entre les études (dosage, population d’étude, expression des résultats, etc.) et de la non-représentativité des résultats produits dans le volet périnatal.

 

Les retardateurs de flamme

Les retardateurs de flamme étudiés dans le volet périnatal sont les polybromodiphényl éthers (PBDE), le 1,2,5,6,9,10 hexabromocyclododécane (HBCD) et les polybromobiphényles (PBB). L’imprégnation par ces polluants a été mesurée par dosage dans le sérum chez 277 femmes enceintes. La quasi-totalité de ces femmes enceintes étaient exposées à au moins un retardateur de flamme à un niveau de concentration quantifiable. La moyenne géométrique de la concentration sérique totale des PBDE est égale à 2,8 ng/g de lipides (27,2 ng/L) (résultats non pondéré). La concentration moyenne la plus élevée est observée pour le BDE 209 (1,5 ng/g de lipides) ; ce biomarqueur contribue à plus de 50 % du niveau d’imprégnation total par les PBDE. Les concentrations sériques moyennes en hexa-BB 153 et HBCD n’ont pas pu être calculées, du fait de taux de censure élevés (pourcentage de quantification inférieur à 60 %). Il n’existe pas à l’heure actuelle de seuil sanitaire permettant d’interpréter, en termes d’effets sanitaires, les niveaux biologiques des retardateurs de flamme mesurés dans l’organisme. Les niveaux d’imprégnation mesurés dans le cadre du volet périnatal sont du même ordre de grandeur que ceux observés dans les études antérieures conduites en France et à l’étranger, à l’exception de l’Angleterre, des Etats-Unis et du Canada. Les concentrations en PBDE dans le volet périnatal sont en effet dix fois plus faibles que celles retrouvées dans ces trois pays ; ceci pourrait s’expliquer par une utilisation plus abondante des retardateurs de flamme bromés outre-Atlantique et en Angleterre, du fait de politiques de sécurité incendie différentes. L’interprétation de cette différence doit cependant tenir compte des différences méthodologiques entre les études et de la non-représentativité des résultats produits dans le volet périnatal.

 

Les composés perfluorés

Les composés perfluorés ont été mesurés par dosage dans le sérum chez 277 femmes enceintes. Chez toutes les femmes dosées, au moins un composé perfluorés est présent à un niveau quantifiable. La concentration moyenne pour l’ensemble de ces composés est égale à 7,7 μg/L (0,8 μg/g de lipides) (résultats non pondérés). Parmi les 17 composés perfluorés étudiés, le PFOS, le PFOA, le PFHxS, le PFNA et le PFDA présentent à la fois les taux de quantification et les niveaux de concentration les plus élevés ; ils contribuent à eux seuls à près de 80 % de l’imprégnation totale par les composés perluorés. Il n’existe pas à l’heure actuelle de seuil sanitaire permettant d’interpréter, en termes d’effets sanitaires, les niveaux biologiques de composés perfluorés mesurés dans l’organisme. Les niveaux d’imprégnation observés dans le volet périnatal, chez les 277 femmes enceintes incluses, sont cohérents avec ceux observés dans les études similaires conduites en France et à l’étranger.

 

Le volet périnatal du programme national de biosurveillance a permis de décrire pour la première fois l’imprégnation des femmes enceintes françaises par certains polluants organiques de l’environnement et de quantifier, lorsque cela était possible, les déterminants de ces niveaux d’imprégnation. Les résultats du volet périnatal montrent que le bisphénol A, les phtalates, les pyréthrinoïdes (famille d’insecticides), les dioxines, les furanes, les PCB, les retardateurs de flamme et les composés perfluorés sont mesurés à des niveaux de concentrations quantifiables chez près de la totalité des femmes enceintes. Néanmoins, les concentrations mesurées dans le volet périnatal sont généralement légèrement inférieures à celles observées dans les études antérieures françaises et étrangères, y compris dans celles menées auprès de femmes enceintes. Ces diminutions pourraient s’expliquer en partie par la mise en place de réglementations (atrazine, dioxines, furanes) et par des réductions d’usages liées aux évolutions industrielles (bisphénol A, certains phtalates et pesticides organophosphorés). Comparativement aux États-Unis, il existe en France une sur-imprégnation des femmes-enceintes par les pyréthrinoïdes et les PCB. Ces différences, déjà observées en population générale dans l’étude ENNS (Étude nationale nutrition santé mise en œuvre par l’InVS en 2007), pourraient en partie s’expliquer par des différences de comportements, d’usages et de réglementations entre ces pays. Les déterminants des niveaux d’imprégnation mis en évidence dans le volet périnatal sont cohérents avec les usages et les sources d’exposition connues des polluants organiques : consommations alimentaires, utilisation de produits d’hygiène (phtalates), utilisation domestique d’insecticides (pyréthrinoïdes), etc. »

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