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Comprendre l’art de la méditation

Publié par Risque Sanitaire France sur 22 Janvier 2017, 14:21pm

Catégories : #culture de la vitalité

Photo d'un maître tibétain (source: http://padmasambhavagururinpoche.com/wp-content/uploads/2013/10/329346-Yogis-of-Tiber-web.jpg)

Photo d'un maître tibétain (source: http://padmasambhavagururinpoche.com/wp-content/uploads/2013/10/329346-Yogis-of-Tiber-web.jpg)

Extraits du livre « l’art de la méditation » de Matthieu RICARD.

 

Nous ne pouvons pas choisir ce que nous sommes, mais nous pouvons souhaiter nous améliorer. Cette aspiration va donner une direction à notre esprit. Un simple souhait ne suffisant pas, il nous incombera de le mettre en œuvre.

Nous ne trouvons pas anormal de passer des années à apprendre à marcher, à lire, à écrire, et à suivre une formation professionnelle. Nous passons des heures à nous exercer physiquement pour être en forme, par exemple en pédalant avec assiduité sur une bicyclette d’appartement qui ne va nulle part. Entreprendre une tâche, quelle qu’elle soit, nécessite d’éprouver un minimum d’intérêt ou d’enthousiasme, et cet intérêt provient du fait que nous sommes conscients des bienfaits que nous en recueillerons.

Par quel mystère l’esprit échapperait-il à cette logique et pourrait-il se transformer sans le moindre effort, simplement parce qu’on le souhaiterait ? Cela n’aurait pas plus de sens que d’espérer jouer un concerto de Mozart en pianotant de temps à autre.

Nous déployons beaucoup d’efforts pour améliorer les conditions extérieures de notre existence, mais en fin de compte c’est toujours notre esprit qui fait l’expérience du monde et le traduit sous forme de bien-être ou de souffrance. Si nous transformons notre façon de percevoir les choses, nous transformons la qualité de notre vie. Et ce changement résulte d’un entraînement de l’esprit que l’on appelle méditation.

 

Qu’est ce que méditer ?

La méditation est une pratique qui permet de cultiver et de développer certaines qualités humaines fondamentales, de la même façon que d’autres formes d’entraînement nous apprennent à lire, à jouer d’un instrument de musique ou à acquérir toute autre aptitude.

Etymologiquement, les mots sanskrit et tibétain, traduits en français par méditation sont respectivement bhavana, qui signifie cultiver, et gom, qui signifie se familiariser. Il s’agit principalement de se familiariser avec une vision claire et juste des choses, et de cultiver des qualités que nous possédons tous en nous mais qui demeurent à l’état latent aussi longtemps que nous ne faisons pas l’effort de les développer.

Certains prétendent que la méditation n’est pas nécessaire parce que les expériences constantes de la vie suffisent à former notre cerveau et donc nos manières d’être et d’agir. Il ne fait pas de doute que c’est grâce à cette interaction avec le monde que la plupart de nos facultés, celles des sens par exemple, se développent. Pourtant, il est possible de faire beaucoup mieux. Les recherches scientifiques dans le domaine de la neuroplasticité montrent que toute forme d’entrainement  induit des réorganisations importantes dans le cerveau, au niveau fonctionnel comme au plan structurel.

Commençons donc par nous demander ce que nous souhaitons véritablement dans l’existence. Nous contenterons-nous d’improviser jour après jour ? Ne voyons-nous pas, au fond de nous-mêmes, ce mal-être diffus toujours présent, alors que nous avons soif de bien-être et de plénitude ?

Habitués à penser que nos défauts sont inéluctables, essuyant des revers tout au long de notre vie, nous en venons à considérer notre dysfonctionnement comme un fait acquis , sans prendre conscience qu’il nous est possible de nous libérer de ce cercle vicieux dont nous sommes las.

Du point de vue du bouddhisme, chaque être porte en lui le potentiel de l’Eveil, aussi surement, disent les textes que chaque grain de sésame est saturé d’huile. Malgré cela, nous errons dans la confusion comme des mendiants qui, pour utiliser une autre comparaison traditionnelle, sont à la fois pauvres et riches car ils ignorent qu’un trésor est enfoui sous leur cahute. Le but de la voie bouddhiste est de rentrer en possession de cette richesse ignorée, et de donner ainsi à notre vie le sens le plus profond qui soit.

 

L’amour altruiste, ce sentiment qui, selon le bouddhisme, consiste à souhaiter que les autres soient heureux, de même que la compassion –définie comme le désir de remédier à la souffrance d’autrui et à ses causes – ne sont pas simplement de nobles sentiments : ils sont fondamentalement en harmonie avec la réalité des choses. L’infinité des êtres veut éviter de souffrir, tout autant que nous-mêmes. Par ailleurs comme nous sommes tous interdépendants, nos bonheurs et nos malheurs sont intimement liés à ceux des autres. Cultiver l’amour et la compassion est un pari à doublement gagnant : l’expérience montre que ce sont les sentiments qui nous font le plus de bien, et que les comportements qu’ils engendrent sont perçus par autrui comme bienfaisants.

Lorsque l’on est sincèrement concerné par le bien-être et la souffrance des autres, il devient nécessaire de penser et d’agir de façon juste et éclairée. Pour que les actes accomplis dans le but d’aider autrui aient véritablement des conséquences bénéfiques, ils doivent être guidés par la sagesse, une sagesse qui s’acquiert par la méditation. La raison d’être ultime de la méditation est de se transformer soi-même pour mieux transformer le monde, ou de devenir un être humain meilleur pour mieux servir les autres. Elle permet de donner à la vie son sens le plus noble.

 

Il est indispensable de constater par soi-même la valeur de ces méthodes et de vérifier la validité des conclusions auxquelles ces sages sont parvenus. Cette vérification n’est pas une simple démarche intellectuelle : il faut redécouvrir ces conclusions puis les intégrer au plus profond de soi par un long processus de familiarisation. Cette démarche doit faire appel à la détermination, l’enthousiasme et la persévérance, ce que Shantidéva appelle la joie de faire ce qui est bénéfique.

On commence donc par observer et comprendre comment les pensées s’enchaînent et engendrent tout un monde d’émotions, de joies et de souffrances. On pénètre ensuite derrière l’écran des pensées pour appréhender la composante fondamentale de la conscience, la faculté cognitive première, au sein de laquelle toutes les pensées et tous les autres phénomènes mentaux surgissent.

 

Nombre de ces exercices, ceux notamment qui portent sur la pleine conscience, le calme intérieur, la vision pénétrante et l’amour altruiste, sont pratiqués par toutes les écoles du bouddhisme ; d’autres, ceux qui traitent par exemple de la façon de gérer les émotions, proviennent des enseignements du bouddhisme tibétain. Ce livre étant destiné à tous ceux qui désirent pratiquer la méditation sans vouloir nécessairement s’engager dans le bouddhisme, nous n’avons pas expliqué certains fondements de la pratique bouddhiste proprement dite, comme la prise du refuge, de même que certains sujets trop spécifiques.

Nous aborderons les thèmes suivants :

-          La motivation qui doit précéder et accompagner tout effort,

-          Les conditions favorables à l’exercice de la méditation :

o   Suivre les conseils d’un guide qualifié,

o   Les lieux propices à la méditation,

o   Une posture physique appropriée,

o   L’enthousiasme comme moteur de la persévérance ;

-          Quelques recommandations générales,

-          Tourner son esprit vers la méditation en contemplant :

o   La valeur de la vie humaine,

o   La nature éphémère de toute chose,

o   Ce qu’il est judicieux d’accomplir ou d’éviter,

o   L’insatisfaction inhérente au monde ordinaire,

-          La méditation sur la pleine conscience,

-          Le calme intérieur (shamatha) :

o   L’attention au va-et-vient du souffle,

o   La concentration sur un objet,

o   La concentration sans objet,

o   Surmonter les obstacles,

o   La progression du calme intérieur,

-          La méditation  sur l’amour altruiste :

o   L’amour,

o   La compassion,

o   Se réjouir du bonheur d’autrui,

o   L’impartialité,

o   Comment associer ces quatre méditations,

o   L’échange de soi contre autrui,

-          Apaiser la douleur physique et mentale,

-          La vision pénétrante (vipasyana) :

o   Mieux comprendre la réalité,

o   Gérer les pensées et les émotions,

o   A la recherche de l’égo,

o   Méditation sur la nature de l’esprit,

-          Dédier les fruits de nos efforts,

-          Associer la méditation à la vie de tous les jours

 

Pour conclure, souvenons-nous que notre esprit peut être notre meilleur ami comme notre pire ennemi. Le libérer de la confusion, de l’égocentrisme et des émotions perturbatrices est donc le meilleur service que nous puissions rendre à nous-mêmes et à autrui.

 

« Faisons-nous preuve d’étroitesse ou d’ouverture d’esprit ? Prenons-nous en considération l’ensemble d’une situation ou nous limitons-nous à ses détails ? Avons-nous une perspective à court ou à long terme ? Est-ce que notre motivation est réellement empreinte de compassion ? … Notre compassion se limite-t-elle à notre famille, à nos amis et à tous ceux auxquels nous nous identifions ? Il faut sans relâche nous poser ce genre de question. » Le XIV dalaï-lama

 

Pourquoi remettons-nous sans cesse à plus tard ce que nous savons intuitivement être essentiel ? Il n’est pas nécessaire non plus de trépigner d’impatience en voulant des résultats au plus vite. Il faut acquérir la détermination inébranlable de ne plus perdre de temps en distractions qui n’ont aucun sens. Ne nous laissons plus duper par l’illusion que nous avons toute la vie devant nous. Chaque instant de vie est précieux car la mort peut survenir à tout moment.

La manière dont on envisage la mort influence considérablement la qualité de la vie. Certains sont terrifiés, d’autres préfèrent ne pas y penser, d’autres encore méditent sur elle pour mieux apprécier la valeur de chaque instant et discerner ce qui vaut la peine d’être vécu. Egaux devant le caractère inévitable de la mort, les êtres différent quant à la manière de s’y préparer. Le sage s’en sert comme d’un aiguillon qui avise son courage et le garde des vaines distractions. Il ne vit pas dans la hantise de la mort mais reste conscient de la fragilité de la vie, de sorte qu’il donne toute sa valeur au temps qui lui reste. Celui qui met à profit chaque instant pour devenir un être meilleur et contribuer au bonheur des autres mourra en paix.

 

« En courant toute sa vie après des buts mondains – le plaisir, le gain, les louanges, la renommée, etc.- on gaspille son temps, tel un pêcheur qui jetterait ses filets dans une rivière à sec. Ne l’oubliez pas et veillez à ce que votre vie ne s’épuise pas en vaines poursuites. » Dilgo Khyentsé Rinpotché.

 

Bien souvent, notre esprit est emporté par une multitude d’enchaînements de pensées où se mêlent réminiscences et projections dans le futur. Nous sommes distraits, dispersés, confus, et de ce fait déconnectés de la réalité la plus immédiate et la plus proche de nous. A peine percevons-nous ce qui se passe à l’instant même : le monde qui nous entoure, nos sensations, la façon dont nos pensées s’enchaînent, et surtout la conscience omniprésente que nos cogitations obscurcissent. Nos automatismes de pensée sont aux antipodes de la pleine conscience. Celle-ci consiste à être parfaitement éveillé à tout ce qui surgit en soi et autour de soi, d’un instant à l’autre, à tout ce que nous voyons, entendons, ressentons ou pensons. A cela s’ajoute une compréhension de la nature de ce que nous percevons, libre des déformations que provoquent nos attirances et nos rejets. La pleine conscience possède également une composante éthique qui permet de discerner s’il est bénéfique ou non d’entretenir tel ou tel état d’esprit et de poursuivre ce que l’on fait à l’instant présent.

Le passé n’est plus, l’avenir n’a pas encore surgi, et le présent, paradoxalement, est à la fois insaisissable, puisqu’il ne s’immobilise jamais, et immuable – comme l’écrivait un physicien célèbre, le présent est la seule chose qui n’ait pas de fin. Cultiver la pleine conscience du moment présent ne signifie pas que l’on doit pas tenir compte des leçons du passé ni faire des projets pour l’avenir, mais que l’on doit vivre lucidement l’expérience actuelle qui les englobe.

 

Quand votre esprit devient stable et paisible, examinez-le. Comprenez que l’image que vous visualisez n’est pas le Bouddha lui-même, mais une projection de votre esprit dont le but est de cultiver la concentration. Bien que cet esprit ait la faculté de se concentrer sur un objet, si vous essayez de le voir tel qu’il est en lui-même, vous ne le découvrirez nulle part. Il est impossible de localiser l’esprit, d’identifier ses contours, sa couleur, sa forme, d’où il vient, ni de voir où il est et où il va : vous ne trouverez jamais rien. L’esprit n’est pas une entité autonome pouvant être identifiée comme telle.

Il en va de même pour le corps. Ce que nous appelons corps n’est qu’un assemblage d’éléments. Nous qualifions bien de tas un amoncellement de grains, de botte des brins de paille liés ensemble, et de foule un rassemblement de gens, mais ces désignations ne se réfèrent à aucune entité existant en soi et par soi. De même, si vous considérez cet ensemble appelé corps et que vous en détachiez la peau, la chair, la moelle, les os et les différents organes, il ne reste rien que vous puissiez identifier comme étant le corps.

En vérité, tous les phénomènes de l’univers apparaissent dans leur infinie variété comme le résultat d’un concours temporaire de causes et de conditions spécifiques. Nous prenons ces phénomènes pour réellement existants parce que nous ne les avons pas examinés avec suffisamment de soin. En réalité, ils sont dépourvus de toute existence intrinsèque.

Une fois qu’il vous apparaîtra clairement que votre corps, le Bouddha de votre visualisation et tous les phénomènes sont la manifestation de l’esprit et que, par nature, l’esprit n’est pas une entité douée d’existence propre, mais un flot dynamique d’expériences, restez simplement dans l’état naturel de l’esprit dénué de tout artifice.

 

Nous avons tous fait, à des degrés divers, l’expérience d’un profond amour altruiste, d’une grande bienveillance, d’une compassion intense pour ceux qui souffrent. Certains êtres sont naturellement plus altruistes que d’autres, parfois jusqu’à l’héroïsme. D’autres sont repliés sur eux-mêmes et ont du mal à considérer le bien d’autrui comme un but essentiel, et encore davantage à le faire passer avant l’intérêt personnel. Il est pourtant essentiel de cultiver l’altruisme, car non seulement il nous permet d’accomplir le bien des autres, mais il représente également pour nous-mêmes la manière d’être la plus satisfaisante qui soit. Le sentiment exacerbé de l’importance de soi n’engendre en réalité que tourment.

De manière générale, même si des pensées altruistes surgissent dans notre esprit, elles sont assez vite remplacées par d’autres, moins nobles, comme la colère et la jalousie. C’est pourquoi, si nous souhaitons que l’altruisme prédomine en nous, il importe que nous passions du temps à le cultiver, car là encore un simple souhait ne suffit pas.

Méditer, nous l’avons vu, c’est se familiariser avec une nouvelle manière d’être. Comment va-t-on méditer sur l’altruisme ? Il faut d’abord prendre conscience qu’au plus profond de soi on redoute la souffrance et on aspire au bonheur. Une fois reconnue cette aspiration, il faut ensuite prendre conscience du fait que tous les êtres la partagent. Et que le droit de ne pas souffrir, si souvent bafoué, est sans doute le plus fondamental chez les êtres vivants. Enfin, il faut réaliser qu’un remède existe à cette souffrance. Il est possible d’éprouver de façon plus positive les douleurs physiques – auxquelles nous sommes tous inexorablement confrontés -, de sorte qu’elles engendrent moins de souffrances morales. Ces dernières, quant à elles, peuvent être graduellement éliminées.

Malheureusement, lorsqu’il s’agit de choisir les moyens de fonder le bonheur et de prévenir la souffrance, nous sommes souvent très maladroits, quand nous ne nous fourvoyons pas totalement. Certains sombrent dans les plus profondes aberrations et recherchent aveuglément leur bonheur au prix de la souffrance des autres. Il serait absurde de souhaiter à un dictateur sanguinaire de réussir dans ses funestes entreprises au nom d’un altruisme mal compris. En revanche, nous pouvons certainement aspirer à ce qu’il se libère de la haine qui l’incite à nuire aux autres et à faire accessoirement son propre malheur. Il s’agit là d’un altruisme bien compris, car cette dernière aspiration vise réellement le bien de tous les êtres. De façon générale, désirons sans réserve que chacun des êtres sensibles soit délivré des causes de la souffrance. Dans ce but, les textes bouddhistes conseillent de cultiver quatre pensées ou attitudes particulières, et de les accroître sans limites. Il s’agit de l’amour altruiste, de la compassion, de la joie devant le bonheur d’autrui et de l’impartialité.

 

L’impartialité est une composante essentielle des trois méditations précédentes, car le souhait que tous les êtres soient délivrés de la souffrance et de ses causes doit être universel et ne dépendre ni de nos attachements personnels ni de la façon dont les autres nous traitent. Adoptons le regard du médecin qui se réjouit lorsque les autres sont en bonne santé et qui se préoccupe de la guérison des malades, quels qu’ils soient.

Prenons conscience du fait que tous les êtres sans exception, qu’ils soient proches, étrangers ou ennemis, souhaitent éviter la souffrance. Pensons également à l’interdépendance fondamentale de tous les phénomènes de l’univers et de tous les êtres qui le peuplent. L’interdépendance est le fondement même de l’altruisme. A l’image du soleil qui brille de manière égale sur les bons comme sur les méchants, sur un beau paysage comme sur les montagnes d’ordures, faisons de notre mieux pour étendre à tous les êtres sans distinction l’amour altruiste, la compassion et la joie que nous avons cultivés dans les trois méditations précédentes.

Rappelons-nous une fois de plus que, dans le cas de nos adversaires et des ennemis de l’humanité entière, il ne s’agit pas d’encourager ni de tolérer passivement leur attitude et leurs actes nuisibles, mais de les considérer comme de grands malades, ou comme des fous. Et avec la même bienveillance que nous éprouvons pour nos proches, souhaitons que l’ignorance et les sentiments pernicieux qui les dominent soient éradiqués de leur conscience.

 

« L’amour altruiste est le sentiment spontané d’être relié à tous les autres êtres. Ce que vous ressentez, je le ressens. Ce que je ressens, vous le ressentez. Il n’y a pas de différence entre nous […] Lorsque j’ai commencé à pratiquer la méditation de la compassion, j’ai observé que ma sensation d’isolement commençait à s’atténuer, tandis que je ressentais de plus en plus l’impression de force. Là où, auparavant, je ne voyais que des problèmes, je me mis à ne voir que des solutions. Alors que je considérais mon bonheur comme plus important que celui des autres, je commençais à percevoir le bien-être des autres comme le fondement même de ma paix intérieure. » Yongey Mingyour Rinpotché

 

Une profonde souffrance peut parfois réveiller notre esprit et notre cœur et les ouvrir aux autres. Pour que cette ouverture devienne un état permanent, il existe une pratique particulière qui consiste à échanger mentalement, par le biais de la respiration, la souffrance d’autrui contre notre bonheur, et à souhaiter que notre souffrance soit un substitut à celle des autres.

Nous penserons peut-être que nous avons déjà assez de problèmes, et que c’est trop demander que d’alourdir davantage notre fardeau en prenant sur nous la souffrance d’autrui. C’est pourtant tout le contraire qui se produit. L’expérience montre que lorsque nous assumons, transformons et dissolvons mentalement la souffrance des autres par la compassion, non seulement cela n’augmente pas notre propre souffrance, mais au contraire celle-ci s’en trouve dissipée. La raison en est que l’amour altruiste et la compassion sont les antidotes les plus puissants à nos propres tournents. C’est donc une situation où tout le monde est gagnant. En revanche, la contemplation égocentrique de ,os propres douleurs, renforcée par la constante rengaine du « moi, moi, moi » qui résonne en nous, mine notre vaillance et ne fait qu’accroître notre détresse. En faisant éclater la carapace de l’égocentrisme, la contemplation altruiste de la souffrance des autres décuple au contraire notre courage.

 

Notre identification à l’égo est fondamentalement dysfonctionnelle, car elle est en porte-à-faux avec la réalité.  Nous attribuons en effet à cette égo des qualités de permanence, de singularité et d’autonomie, alors que la réalité est tout au contraire changeante, multiple et interdépendante. L’ego fragmente le monde et fige une fois pour toutes la division qu’il établit entre moi et autrui, mien et non-mien. Fondé sur une méprise, il est constamment menacé par la réalité, ce qui entretient en nous un profond sentiment d’insécurité. Conscient de sa vulnérabilité, nous tentons par tous les moyens de le protéger et de le renforcer, éprouvant de l’aversion pour tout ce qui le menace et de l’attirance pour tout ce qui le sustente, et de ces pulsions d’attraction et de répulsion naissent une foule d’émotions conflictuelles.

Nous pourrions penser qu’en consacrant la majeure partie de notre temps à satisfaire et à renforcer cet égo nous adoptons la meilleure stratégie possible pour trouver le bonheur. Mais c’est un pari perdant, puisque c’est tout le contraire qui se produit. En imaginant un égo autonome, nous nous trouvons en contradiction avec la nature des choses, ce qui se traduit par des frustrations et des tourments sans fin.

 

Est-il possible d’attribuer des caractéristiques concrètes aux pensées ? Ont-elles une localisation ? Non. Une couleur ? une forme ? Plus on cherche, moins on trouve. On constate certes que l’esprit possède une faculté de connaître, mais aucune autre caractéristique intrinsèque et réelle. C’est dans ce sens que le bouddhisme définit l’esprit comme une continuité d’expériences : il ne constitue pas une entité distincte, il est vide d’existence propre. N’ayant ainsi rien trouvé qui puisse constituer une substance quelconque, demeurons quelques instants dans cet introuvé.

Lorsqu’une pensée survient, laissons-la surgir et se défaire d’elle-même, sans l’obstruer ni la prolonger.  Durant le bref laps de temps où notre esprit n’est pas encombré de pensées discursives, contemplons sa nature. Dans cet intervalle où les pensées passées ont cessé et les pensées futures ne se sont pas encore manifestées, ne percevons nous pas une conscience pure et lumineuse ? Demeurons quelques instants dans cet état de simplicité naturelle, libre de concepts.

A mesure que nous nous familiarisons avec la nature de l’esprit et que nous apprenons à laisser les pensées se défaire dès qu’elles surviennent, nous progresserons plus aisément sur le chemin de la liberté intérieure. Les pensées automatiques n’auront plus le même pouvoir de perpétuer notre confusion  et de renforcer nos tendances habituelles. Nous déformerons de moins en moins la réalité et les mécanismes mêmes de la souffrance finiront pas disparaître.

 

Puisqu’au début et à la fin de notre vie nous dépendons entièrement de la bonté des autres, comment pourrions nous négliger la bonté envers les autres au milieu de notre existence?

Les changements de comportement ne se font jamais facilement. Le développement de l’amour et de la compassion est un virage long et ample qui ne peut se négocier que lentement, et non un angle droit que l’on peut prendre d’un seul coup. C’est le fruit d’une pratique quotidienne.

J’essaye de me conduire avec tous les gens que je rencontre comme avec de vieux amis. Cela me procure un vrai sentiment de bonheur. C’est la pratique de la compassion.

Si vous avez la paix intérieure, les problèmes extérieurs n’affectent pas la tranquillité qui vous habite. Vous êtes heureux, quelles que soient les circonstances.

Nous nous créons nous-mêmes bon nombre de problèmes sur la base de divisions idéologiques, religieuses, raciales, économiques ou autres. Le temps est venu de penser à un niveau plus profond, un niveau humain, et d’apprécier et de respecter notre identité d’être humain.

Vous pouvez transcender tous vos sentiments négatifs si vous vous rendez compte qu’ils n’ont pas d’autre pouvoir sur vous que celui que vous leur donnez. Le jour où vous comprendrez cette vérité, vous serez libre.

Nous devons nous rappeler que nous ne sommes pas les seuls à nous trouver dans une apparente impasse. Observez le cerf-volant qui s’élève en bravant le vent et dites vous que même les pires problèmes peuvent nous fortifier. Comme des millions d’homme avant nous qui ont subi le même sort et s’en sont tirés, nous nous en sortirons.

 

Les cinq réflexions du GOSHO:

- demande toi si tes sentiments sont toujours sincères,

- demande toi si tu n’as pas honte de tes paroles et de tes gestes,

- demande toi si tu es toujours sain d’esprit,

- demande toi si tu mets toute la force nécessaire,

- demande toi si tu as fait tous les efforts possibles.

 

Forge ton caractère pour qu’il soit aussi souple que le roseau, aussi enraciné que le chêne, aussi dure que la montagne, aussi fluide que l’eau.

Serais tu capable de tout laisser tomber pour une autre vie totalement différente de la précédente où la richesse du coeur est plus importante que la richesse matérielle?

Nul luxe égale celui du renoncement.

La solitude vivifie, te fait voir l’essentiel, t’apprend à utiliser la force intérieur et prouve que le silence permet la communication.

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