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Connaître le vitalisme

Publié par Risque Sanitaire France sur 5 Février 2017, 14:56pm

Catégories : #culture de la vitalité

Photo d'un jardin zen (source: http://media.gerbeaud.net/2015/06/640/jardin-zen-japon.jpg)

Photo d'un jardin zen (source: http://media.gerbeaud.net/2015/06/640/jardin-zen-japon.jpg)

Source : wikipedia

Lien : https://fr.wikipedia.org/wiki/Vitalisme

 

Le vitalisme est une tradition philosophique pour laquelle le vivant n'est pas réductible aux lois physico-chimiques. Elle envisage la vie comme de la matière animée d'un principe ou force vitale, qui s'ajouterait pour les êtres vivants aux lois de la matière. Selon cette conception, c'est cette force qui insufflerait la vie à la matière.

En biologie, ce cadre théorique revient régulièrement dans l'histoire des sciences. Le terme désigne parfois la vision philosophique défendue naguère par l'École de Montpellier (voir Paul-Joseph Barthez (1734-1806)).

Selon André Lalande, le vitalisme est une « doctrine d'après laquelle il existe en chaque être vivant un "principe vital", distinct à la fois de l'âme pensante et des propriétés physico-chimiques du corps, gouvernant les phénomènes de la vie ». Le vitalisme est donc le mouvement philosophique qui tend à poser un concept immanent dont le fondement est la conciliation du matérialisme avec l'idéalisme ; tous deux pris dans leur vision grossière: le primat de la matière ou le primat de l'esprit sur le sens des choses. Le vitalisme est une alternative à toutes sortes de dichotomies, qui, toujours selon André Lalande, sont des "facilités philosophiques". C'est aussi ce qu'on appelle un monisme.

S'il s'oppose au mécanisme (Démocrite, Descartes, Cabanis, Félix Le Dantec), le vitalisme (Paul-Joseph Barthez, Bergson, Hans Driesch) ne doit pas être pour autant confondu avec l'animisme (Stahl) : l'animiste ne se contente pas de subordonner la matière à la vie, mais, qui plus est, il soumet la vie à la pensée. Les philosophes d'inspirations vitalistes considèrent au contraire l'activité intellectuelle comme fondamentalement subordonnée à la "vie".

Bien que le terme précis de vitalisme n'ait fait son apparition qu'au xviiie siècle, le premier vitaliste de la pensée occidentale fut sans aucun doute Aristote, qui cherche, dans son traité De anima une définition de l'âme. La philosophie d'Aristote identifie l'âme au "principe moteur" des êtres vivants. Bien que simple, cette âme peut être divisée en parties : végétative, sensitive, et intellective. Puisque l'âme n'est pas assimilée strictement à l'activité de penser chez Aristote, la distinction entre vitalisme et animisme n'a pas encore de sens et l'âme comme "premier moteur" apparaît bien comme la première hypothèse vitaliste, en dépit de son caractère pré-scientifique. Le principe vital joue ici un rôle explicatif quant aux phénomènes de la vie.

La lecture d'Aristote et de Platon confère donc au vitalisme sa double dimension : le principal vital est à la fois l'ordonnateur de la vie, sa cause première, et une entéléchie de la vie, ou sa destination.

Dans L'Évolution créatrice (1907), Henri Bergson adopte une position philosophique vitaliste qui se veut compatible avec les découvertes scientifiques de son temps. Il fonde l'idée que la vie est « la liberté s'insérant dans la nécessité pour la tourner à son profit » . Il développe notamment le concept d'élan vital : « Mais les causes vraies et profondes de division (du vivant) étaient celles que la vie portait en elle. Car la vie est tendance, et l'essence d'une tendance est de se développer en forme de gerbe, créant, par le seul fait de sa croissance, des directions divergentes entre lesquelles elle partagera son élan » . Il ne s'agit pas de voir dans l'élan vital un retour aux principes obscurs du vitalisme. Il fallait néanmoins un terme qui échappât aux deux principaux modes d'explication du vivant : le mécanisme et la vitalité. Bergson s'en explique dans L'Évolution créatrice : « c'est dire qu'on verra dans l'évolution tout autre chose qu'une série d'adaptations aux circonstances, comme le prétend le mécanisme, tout autre chose aussi que la réalisation d'un plan d'ensemble, comme le voudrait la doctrine de la finalité » .

Tout en intégrant la division et la multiplicité du vivant héritées du processus évolutif, Bergson conçoit donc la vie comme ayant un élan propre et autonome, qui ne se laisserait pas réduire au déterminisme physico-chimique si on le considère du point de vue philosophique. Chez Bergson, pour qui le « mouvement est la réalité même » (La pensée et le mouvant), concevoir l'élan vital dans sa singularité est la seule voie permettant de comprendre le mouvement créateur de la vie, si différent des mouvements naturels.

Toujours dans l'Évolution Créatrice, il écrit : « Si la force immanente à la vie était une force illimitée, elle eût peut-être développé indéfiniment dans les mêmes organismes l'instinct et l'intelligence. Mais tout paraît indiquer que cette force est finie, et qu'elle s'épuise assez vite en se manifestant. Il lui est difficile d'aller loin dans plusieurs directions à la fois ». La vie aurait donc en elle une force et un élan, un moteur et une direction.

Le regard de la science sur le vitalisme est sévère et pourtant, à en croire Georges Canguilhem, le vitalisme serait, en tant que position de principe, quasi irréfutable. Il incarne à ce titre la « confiance […] dans la vitalité de la vie » et « la méfiance permanente de la vie devant la mécanisation de la vie » . Le vitalisme médical de l'école de Montpellier serait ainsi « l'expression d'une méfiance, faut-il dire instinctive, à l'égard du pouvoir de la technique sur la vie ».

 

Si peu de biologistes actuels se disent « vitalistes », un certain nombre de philosophes contemporains – comme Georges Canguilhem, Hans Jonas, Vincent Cespedes – se réclament encore de cette doctrine.

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