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Connaitre l’hermétisme

Publié par Risque Sanitaire France sur 11 Janvier 2019, 21:48pm

Catégories : #culture de la vitalité

Image de l'hermétisme (source: https://i1.ytimg.com/vi/aQEO70atKEI/maxresdefault.jpg)

Image de l'hermétisme (source: https://i1.ytimg.com/vi/aQEO70atKEI/maxresdefault.jpg)

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Herm%C3%A9tisme

 

À côté du mot « hermétisme », servant à désigner le corps de doctrines des Hermetica ainsi que leurs gloses et exégèses, on peut employer le mot « hermésisme » pour désigner « un ensemble plus vaste de doctrines, de croyances et de pratiques, dont la nature s'est précisée à la Renaissance. Elles ne dépendent pas nécessairement de la tradition hermétique alexandrine, mais incluent aussi bien la kabbale chrétienne, le rosicrucisme, le paracelsisme, et d'une façon générale la plupart des formes que revêt l'ésotérisme occidental moderne.

Pour garder un minimum de cohérence, on ne saurait parler d'hermétisme en son sens second sans certaines conditions : affirmation de l'autorité d'Hermès ou d'Hermès Trismégiste ou de Thoth, ésotérisme (secret), inscription dans un courant historique précis (celui du Corpus Hermeticum, pour l'essentiel), tendance philosophique précise (centrée sur l'Un-Tout, la divinisation de l'esprit, les correspondances, l'alchimie mystique).

L'hermétisme est une philosophie, une religion, un ésotérisme, ou une spiritualité en quête du salut, par l'esprit (comme le gnosticisme) mais supposant la connaissance analogique du cosmos. Le salut passe par la connaissance : se connaître, se reconnaître comme « étant fait de vie et de lumière », comme Dieu, en tant qu'intellect. Et cela constitue une contemplation, la vue du Bien, en sa « beauté impérissable, incompréhensible ».

L'hermétisme se présente comme une révélation d'Hermès Trismégiste (grec ancien : Ἑρμῆς ὁ Τρισμέγιστος). Hérodote (vers 420 av. J.-C.) et la célèbre « pierre de Rosette » (-196) signalent déjà l'identification entre le dieu égyptien Thot et le dieu grec Hermès5. Thot, le dieu Ibis, est identifié à Hermès car ils ont plusieurs points communs : ils conduisent les morts, ils ont inventé l'écriture, et diverses techniques, ils sont les scribes des dieux.

« Trismégiste » (en grec ancien Τρισμέγιστος) signifie « trois fois grand », donc très grand : Hermès l'extraordinaire ! C'est une traduction maladroite, en grec, de l’égyptien hiéroglyphique (ou démotique) « aâ aâ aâ ur » (grand, grand, très grand) où la répétition exprime une sorte de superlatif. Le Trismégiste est présenté comme un grand Sage qui a vécu dans des temps très anciens et qui est proche des dieux. Son époque remonte avant Platon et même les Sept sages, selon Lactance. Dans le « trois fois grand », la Souda reconnaît le signe de la Trinité, Bernard de Trévise (xve siècle) y décèle une allusion aux trois règnes (minéral, végétal, animal) ; dans un traité daté de 1736, publié sous le pseudonyme de « Pyrophilios », on lit que ce nombre est une allusion aux trois principes (sel, soufre, mercure) [de Paracelse] ; le plus souvent, il est interprété comme signifiant « grand philosophe, prêtre et roi ». »

Quant à savoir si les Hermetica sont une révélation, pour les Anciens, les gens du Moyen Âge et de la Renaissance, ils le sont certainement. Les doutes sont arrivés sur la divinité et l'antiquité de l'enseignement à partir d'un érudit huguenot, Isaac Casaubon. Celui-ci démontre en 1614 que le Corpus Hermeticum n'est pas antérieur au iie ou iiie siècle av. J.-C. : le Corpus mentionne Phidias (ve siècle av. J.-C.), il cite des auteurs tardifs, il a un style hellénistique. On lit aisément les influences du Timée de Platon, des stoïciens, du gnosticisme, de certains néoplatoniciens, et même du judaïsme.

Hermétisme populaire (ou technique). Un premier ensemble regroupe des textes occultistes, écrits dès le iiie siècle av. J.-C., mis en circulation dès le Ier s. av. J.-C., traitant d'astrologie (iiie – iie siècles av. J.-C.), d'alchimie (iie – ier siècles av. J.-C.), de magie (ive – viie siècles av. J.-C.), de botanique magique, de médecine occulte. La doctrine sur laquelle repose cet ésotérisme est celle des correspondances et des antipathies ou sympathies (venue des stoïciens, et, vers 100 av. J.-C., de Bolos de Mendès). « On suspendait à un astre donné toute une hiérarchie d'êtres, depuis l'ange jusqu'au minéral, dont les propriétés étaient censées en rapport, en sympathie avec cet astre. Le savant qui connaissait ces séries était évidemment le maître de la nature ».

Hermétisme savant (ou philosophique). Un second ensemble regroupe des textes philosophiques, élaborés dès la fin du Ier s. Il regroupe le Corpus Hermeticum (en grec), l'Asclépius (en latin), les extraits hermétiques recueillis vers 490 par Stobée (dont le Korè Kosmou ou Pupille du monde), des traités trouvés en 1945 en Haute-Égypte, à Nag Hammadi, dans une bibliothèque copte gnostique. Les historiens modernes ont montré que les auteurs hermétiques sont soit des Grecs égyptianisés soit des Égyptiens hellénisés, vivant sans doute à Alexandrie.

D'après Frances Yates, l'hermétisme du Corpus Hermeticum est « un mélange de platonisme, de stoïcisme, et de quelques traces judaïques et persanes.

Certes, l'hermétisme gréco-égyptien est « littéraire », mais on devine des initiations. Il semble que les hermétistes alexandrins pratiquaient une religion plus mentale que rituelle, prônant la discipline de l'arcane (l'interdiction de révéler aux profanes), la contemplation, certains exercices extatiques. Comme le remarque Mircea Eliade, « nous avons affaire à un nouveau modèle de communication des sagesses ésotériques. À la différence des associations fermées comportant une organisation hiérarchique, des rites initiatiques et la révélation progressive d'une doctrine secrète, l'hermétisme, tout comme l'alchimie, implique uniquement un certain nombre de textes révélés, transmis et interprétés par un « maître » à quelques disciples soigneusement préparés (c'est-à-dire rendus « purs » par l'ascèse, la méditation et par certaines pratiques cultuelles)… Le texte sacré peut être oublié pendant des siècles, il suffit qu'il soit redécouvert par un lecteur compétent pour que son message redevienne intelligible et actuel »

À partir d'une analyse du traité de Nag Hammadi sur l'Ogdoade et l'Ennéade (c'est-à-dire la huitième et la neuvième sphères célestes), plusieurs spécialistes concluent aujourd'hui à l'existence de rites et de communautés hermétiques dans les premiers siècles chrétiens. Selon Jean-Pierre Mahé20, l’initiation à l’Ogdoade et l’Ennéade n’est conférée qu’après un long parcours sur « la voie d’immortalité ». Les étapes de ce parcours sont : la gnose (éveil, prise de conscience, renoncement au mal et quête du Dieu suprême), le discours (étude des enseignements d’Hermès : les Définitions conservées en version arménienne, les Leçons générales et les Leçons détaillées), et l’intellect (exercices de contemplation silencieuse). De même que la quête hermétique du Dieu suprême n’implique pas l’abandon du polythéisme égyptien, la progression sur la voie d’immortalité s’accompagne de la pratique de l’astrologie (pour connaître le chemin de la remontée de l’âme) et de l’alchimie (pour apprendre à se transformer soi-même). L’existence d’objets aussi précieux que la carte hermétique du cosmos figurant sur les tablettes astrologiques de Grand (en ivoire et en or) rend improbable l’appellation d’hermétisme « populaire » attachée à ces exercices. Il faudrait plutôt y voir une littérature hermétique « pratique », en complément des textes hermétiques « philosophiques ».

Au ive siècle peut-être date l'original grec, perdu, de La Table d'émeraude, dont on a une traduction arabe dans le Livre du secret de la création (Kitâb sirr al-Halîka) (vie siècle s.) attribué à Balînûs, c'est-à-dire à Apollonius de Tyane. C'est le texte le plus célèbre de la tradition hermético-alchimique. Il sera traduit en latin vers 1140 par Hugues de Santalla.

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