Comprendre les risques sanitaires

Comprendre les risques sanitaires

Aide à l'anticipation face à l'incertitude des risques sanitaires avec Risque Sanitaire France


A - Labyrinthe de la conscience des risques

Publié par Risque Sanitaire France

Catégories : #Arbre d'orientation du site

Image de deux mains qui se rencontrent (source:https://www.espritsciencemetaphysiques.com/wp-content/uploads/2016/07/dieu.jpg)

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L’homme semble vouloir remplacer Dieu. La question est aujourd’hui : « avons-nous foi en l’homme ? » tant la responsabilité du chaos dans lequel se trouve aujourd’hui le monde repose en grande partie sur l’humanité elle-même. Mais qu’est-ce qui définit l’homme ? L’homme est physique et métaphysique, matériel et spirituel. En réduisant l’homme a son seul corps physique, on oublie que la perfectibilité de l’homme est avant tout spirituelle. L’homme, c’est d’abord une âme, un esprit insufflé dans un corps. Il est donc d'abord ressenti, vécu et sensation avant d'être matière.

L’éthique humaniste se base sur l’unité du genre humain. L’âme des autres et la sienne ont la même origine. Il y a des différences que par l’apparence. Le défi éthique est immense car l’humanité est prompte à l’orgueil, à la prédation et à la division. Le plus noble des combats est la réalisation de son humanité : un être humain capable de modeler le monde sans aucune prétention à devenir Dieu, d’en être un humble serviteur et dont l’interaction avec ses semblables et son environnement est pure harmonie.

Ce qui compte avant tout est la qualité de nos relations que nous entretenons les uns avec les autres.

La réussite des changements d’un groupe est directement reliée à la qualité du dialogue.

Ce qui est primordial pour faire unité, c’est de développer la qualité de nos liens : à notre intériorité, à l’humanité, à la nature, à la justice et au partage, entre les classes sociales, entre les connaissances, entre les générations, entre les élites et la société, de solidarité, de compassions, de fraternité et de notre façon de vivre nos aspirations au lieu de suivre les modèles standards. C'est ce qui nous lie.

Nous sommes tous des êtes sensibles.

Nous voulons tous échapper à la souffrance et connaître l’amour.

Amour, Miséricorde (compassion, générosité, indulgence), Magnanimité (générosité, pardon, bienveillance, bonté), Altérité (reconnaissance de l’autre dans sa différence), fraternité (unité), Réciprocité, Ecoute et Dialogue. Cet Univers ne serait pas grand-chose s'il n'abritait pas les gens qu'on aime.

Seul l’amour nous fait abandonner tout espoir de résultat et de retour sur investissement. Ouvrir son cœur et toucher l’amour infini.

Lorsque nous n’intervenons plus sur la vie, la vie devient notre associé. Dans la contemplation, l’angoisse et la peur disparaisse. L’amour allonge la vie. Toutes les finalités se résument à réaliser les potentialités humaines pour ensuite les transcender, sacrifier ce qui est personnel pour parvenir à l’impersonnel.

Pour tisser une relation, il faut faire vivre, faire ressentir et exprimer la sensibilité, l’imperfection et la fragilité de notre vie.

Ne rien lâcher. Persévérer pour réussir. Continuer et résister. Lutter sans trêve contre l’adversité. Mettre son énergie pour le destin. Effort. Défier la bêtise et la méchanceté du monde. Encouragement et vaillance. Dépasser ce qu’on peut espérer de soi-même. Amour passionné et inconditionnel. Détermination et foi. Humilité.

La respiration et le souffle en rythme et en conscience est la force de tout.

La vrai spiritualité et l'éthique devraient tout investir. Chaque parole, geste, mouvement, intention doit les porter.

Tous les phénomènes de la conscience humaine apparaissent tout en étant vides d’existence propre. Ils sont le résultat de constructions politique, sociale, culturelle, familiale et personnelle et de l’intrication entre tous ces paramètres. C’est la vérité ultime qui sous-tend toutes les désirs et passions humaines.

Le tout est vide d’existence propre, c'est-à-dire que son existence est le résultat d’un assemblage de composantes, mais qu’une composante ne peut jouer le rôle du tout et que le tout ne peut exister sans ses composantes. Cet assemblage d’un tout cohérent montre que toutes les composantes sont liées entre elles.

Nous avons tendance à percevoir certaines choses ou entités comme permanentes et douées d’existence intrinsèque, alors qu’elles sont en réalité impermanentes et interdépendantes, c’est-à-dire dénuées d’existence propre.

Il n'y a pas de vérité absolue dans le relatif, ce qui compte est le caractère efficace des vérités relatives, notamment en vue de la libération individuelle.

La vraie nature de la réalité vécue est une illusion.

L’amour pour épée, l’humour pour bouclier.

Le sage ne vous invite pas à entrer dans son esprit intérieur, mais il vous conduit jusqu'au seuil de votre propre esprit intérieur. Connais toi toi-même et tu connaîtras ton dieu et ta sagesse intérieure.

Du point de vue du bouddhisme, il s’agit d’être au-delà de toutes les fabrications mentales et des illusions trompeuses de la vérité conventionnelle.

La pensée discursive et les élaborations conceptuelles sont incapables d’appréhender la réalité ultime parce que celle-ci transcende la pensée discursive. Cela ne signifie pas pour autant que la vérité ultime relève d’un mystère insondable et inatteignable. Il est possible d’en faire l’expérience directe en reposant dans la nature fondamentale, non-duelle et lumineuse de la conscience.

La vérité relative, ou conventionnelle, correspond à notre expérience empirique du monde, à la façon ordinaire dont nous l’appréhendons, c’est-à-dire en attribuant aux choses une réalité objective. Pour le bouddhisme, cette perception est trompeuse. En ultime analyse, on en vient à comprendre que les phénomènes sont dénués d’existence propre.

La vérité ultime est au-delà des distinctions entre être et non-être, un et multiple, aller et venir, etc. Qui plus est, les deux vérités, relative et ultime, sont inséparables : la vérité relative correspond à la manifestation des phénomènes et la vérité ultime à leur vacuité d’existence propre.

En général, on considère que l’on progresse au long d’un continuum qui mène de l’ignorance à la connaissance, de la souffrance à la libération des causes de la souffrance. Mais il peut également arriver que certains aspects de la connaissance surgissent soudainement, comme un fruit mûr qui se détache de la branche. On peut ainsi avoir des ouvertures sur la nature ultime des choses, qui ne sont pas encore cette réalité ultime, mais qui sont en harmonie avec elle, tout comme une peinture représentant une bougie représente de manière correcte l’aspect d’une véritable bougie. On peut donc avoir, sur le chemin, des éclairs de compréhension qui sont en harmonie avec la nature de la conscience qui est présente en chacun de nous, sans pour autant être équivalente à la pleine réalisation de cette nature.

À mesure que l’on s’efforce de progresser au long du chemin spirituel, il arrive que l’on ait le sentiment de mieux comprendre la nature de notre esprit. C’est bien le vrai ciel, mais une toute petite partie de son immensité. Puis, peu à peu, cette compréhension devient vaste et lumineuse. Ces progrès ne sont possibles que parce que la conscience est présente en nous. Si ce n’était pas le cas, nous n’arriverions à rien, tout comme une graine en plastique ne donnera jamais une fleur.

 

Les qualités se résument à une sagesse parfaite et une compassion inconditionnelle. Pour prendre l’exemple de la peur, un être pleinement éveillé souhaitera bien entendu rester en vie, principalement pour accomplir le bien des êtres, mais il n’aura aucune peur de la mort. La voie consiste à éliminer tout d’abord le voile formé par les états mentaux afflictifs (l’animosité, le désir, le manque de discernement, l’orgueil et la jalousie, et bien d’autres encore), puis le voile cognitif, plus subtil et plus difficile à éliminer, qui masque la nature véritable des choses. Quand ces deux voiles ont été écartés, on atteint la vérité.

La réalisation ultime est au-delà des mots et des concepts ordinaires. Ce n’est pas pour autant une « extinction » dans une sorte de néant comme l’on entend parfois dire. Ce qui s’éteint à jamais, c’est l’ignorance, ainsi que les souffrances qui en découlent.

L’attachement à la notion d’une entité individuelle n’existe plus. Cela ne veut pas dire qu’un « individu » qui aurait véritablement existé jusque-là disparaît. Ce qui disparaît, c’est la méprise qui nous a fait penser qu’il existait une entité personnelle, le "soi", l’"égo", "atman", ou l’"âme", au sein du flot de conscience. L’ignorance — on parle ici de l’incompréhension de la nature véritable des choses, pas seulement d’un manque d’information — disparaît également pour laisser place à la connaissance, à la gnose, qui perçoit la réalité telle qu’elle est, impermanente, interdépendante, vide d’existence propre. La conscience demeure mais ce n’est plus une conscience voilée par la confusion, mais la connaissance de la nature véritable de toute chose, libre des distorsions créées par le mental.

Du point de vue de la vérité absolue, les catégories de bien et de mal s’évanouissent. Mais attention ! Cela ne signifie nullement que, sur le plan de la vérité relative, il soit admissible de se comporter n’importe comment. Bien au contraire. Il est dit que plus vaste et élevée est la compréhension de la vérité absolue, plus notre attention aux lois de cause à effet sera méticuleuse. L’esprit du sage qui a atteint l’Éveil ne perd jamais de vue la vérité absolue mais, dans le même temps, il voit avec une lucidité parfaite la manière dont les êtres qui sont sous l’emprise de l’ignorance aspirent au bonheur tout en lui tournant le dos, redoutent la souffrance tout en se précipitant vers elle.

Le sage discernera donc clairement ce qu’il convient d’accomplir ou d’éviter pour remédier à la souffrance et ses causes.

Il faut commencer par se débarrasser des poisons mentaux les plus nocifs, la haine en particulier, puis, à mesure que l’on progresse sur la voie, dissoudre les voiles de plus en plus subtils formés par l’attachement au "moi" et à la dualité.

On ne se dépouille évidemment pas de l’amour altruiste, de la compassion, de la paix intérieure et autres qualités, mais principalement de l’ignorance. Lorsque tu écartes les nuages qui ont longtemps masqué le soleil, tu comprends qu’il a toujours brillé derrière les nuages. Il s’agit donc d’une actualisation de la réalité, pas d’un dépouillement qui te diminuerait en aucune façon.

Chaque étape est libératrice et nous fait progresser vers la sagesse. Le chemin spirituel ne consiste pas à marcher mille kilomètres dans un désert brûlant pour finalement arriver à une oasis où tu te baignes dans un lac d’ambroisie avec des fées qui t’apportent des serviettes de soie fine à la sortie de l’eau. À mesure que nos obscurcissements deviennent de plus en plus transparents, que nous sommes de moins en moins conditionnés par nos tendances habituelles, les causes de nos souffrances s’amenuisent et notre sagesse s’approfondit.

 

Si le plaisir correspond à l’hédonisme, le bonheur correspond à l’eudémonisme. En Grec ancien, eudaimonia évoque la notion d’accomplissement, de plénitude, d’épanouissement dans la durée. Dans le bouddhisme, soukha, correspond à une manière d’être particulièrement accomplie, ancrée dans la sagesse et la bienveillance.

Eudaimonia et soukha ne sont pas liées à l’action, elles reflètent une manière d’être résultant d’un profond équilibre émotionnel lui-même issu d’une compréhension du fonctionnement de l’esprit. Tandis que les plaisirs ordinaires se produisent au contact d’objets agréables et prennent fin dès que cesse le contact, eudaimonia est ressentie aussi longtemps que nous demeurons en harmonie avec notre nature profonde. Elle a pour composantes la liberté intérieure, la sérénité, la force d’âme, et l’amour altruiste, un altruisme qui rayonne vers l’extérieur au lieu d’être centré sur soi.

Cette distinction entre plaisir et bonheur n’implique pas qu’il faille s’abstenir de rechercher des sensations agréables. Il n’y a aucune raison de se priver de la vue d’un magnifique paysage, d’un goût délicieux, du parfum d’une rose, de la douceur d’une caresse ou d’un son mélodieux, pourvu qu’ils ne nous aliènent pas. Selon les paroles du sage bouddhiste indien Tilopa au IXème siècle : « Ce ne sont pas les choses qui te lient, mais ton attachement aux choses. » Les plaisirs ne deviennent des obstacles que lorsqu’ils rompent l’équilibre de l’esprit et entraînent une obsession de jouissance ou une aversion pour ce qui les contrarie. Alors ils s’opposent directement à l’expérience d’eudaimonia.

Le plaisir, différent du bonheur par nature, n’en est donc pas pour autant l’ennemi. Tout dépend de la manière dont il est vécu. S’il entrave la liberté intérieure, il fait obstacle au bonheur ; vécu avec une parfaite liberté intérieure, il l’orne sans l’obscurcir. Une expérience sensorielle agréable, qu’elle soit visuelle, auditive, tactile, olfactive ou gustative n’ira à l’encontre du bonheur que si elle est teintée d’attachement et engendre la soif et la dépendance. Le plaisir devient suspect dès qu’il engendre le besoin insatiable de sa répétition.

En revanche, vécu parfaitement dans l’instant présent, comme un oiseau passe dans le ciel sans y laisser de trace, il ne déclenche aucun des mécanismes d’obsession, de sujétion, de fatigue et de désillusion qui accompagnent d’habitude la fixation sur les plaisirs des sens. Le non-attachement n’est pas un rejet, mais une liberté qui prévaut lorsqu’on cesse de s’accrocher aux causes mêmes de la souffrance. Dans un état de paix intérieure, de connaissance lucide de la façon dont fonctionne notre esprit, un plaisir qui n’obscurcit pas soukha n’est donc ni indispensable ni redoutable.

Photo d'une statue au repos (source: https://images-na.ssl-images-amazon.com/images/I/810oY%2BSy3GL._SY355_.jpg)

Photo d'une statue au repos (source: https://images-na.ssl-images-amazon.com/images/I/810oY%2BSy3GL._SY355_.jpg)

Si l’humanité comprend que la principale menace est sa propre barbarie intérieure, l’idée même de faire la guerre lui devient de plus en plus insupportable.

Le drame de nos relations vient de ce que le désir est un désir d’absolu, d’éternité qu’on exige de l’autre. Mais l’autre ne peut pas nous apporter cela, alors on le rejette. D’où les amours entre homme et femme extrêmement difficiles. On exige de l’autre qu’il soit un dieu, alors qu’il n’est qu’un être humain en chemin.

Le fait d’éprouver de la joie à faire le bien d’autrui, ou d’en retirer de surcroît des bienfaits pour soi-même, ne rends pas, en soi, un acte égoïste. L’altruisme authentique n’exige pas que l’on souffre en aidant les autres et ne perd pas son authenticité s’il s’accompagne d’un sentiment de profonde satisfaction.

La recherche du bonheur égoïste semble vouée à l’échec pour plusieurs raisons. Tout d’abord, du point de vue de l’expérience personnelle, l’égoïsme, né du sentiment exacerbé de l’importance de soi, s’avère être une perpétuelle source de tourments. L’égocentrisme multiplie nos espoirs et nos craintes et nourrit les ruminations de ce qui nous affecte. Dans la bulle de l’ego, la moindre contrariété prend des proportions démesurées.

Ce qui est écrasé ne peut pas vivre sa véritable vie et développer son potentiel.

L'important est d'avoir confiance en soi et de donner confiance à l'autre, pour qu'il n'est pas de peur.

Le drame est que l’homme se détourne de son dieu intérieur, de son paradis pour aller vers la puissance, la possession et la jouissance.

Le désir est une puissance fantastique et bouleversante.

Il faut constamment sortir de la victimisation, du rapport de force. Il faut sortir d’une logique de conflit.

Seules les expériences positives sont apprises.

Les catastrophes se produisent quand il y a conjonction entre 3 éléments : la fermeture des cœurs, l’avidité, et les paroles blessantes, accusatrices et séparatrices.

Sacraliser et surprotéger empêchent de développer des compétences et de l’autonomie.

Les stéréotypes ont fonction de maintenir l’ordre social.

L’une n’existe pas sans l’autre. Une chose ne peut pas être une et son contraire. Les aspects d’une même situation oscillent en permanence dans un changement continuel. L’une et l’autre ne sont pas semblables mais pas contradictoires.

Les points de vue sont des stratégies, des manières d’agir, des vecteurs de changement. Ils ne sont pas des attributs portés par les gens ni liés à des sexes. Il y a différents modes d’action, il n’y a pas de rôle, pas d’assignation, pas d’étiquetage, pas d’attitudes.

Les potentialités ne peuvent pas être figées dans des états ou des qualités.

Il faut toujours employer des verbes d’action pour définir des dynamiques. Ce n’est pas le froid, mais refroidir, ce n’est pas le chaud mais réchauffer. Activer, désactiver, attaquer, défendre, intérioriser, extérioriser.

Nous avons un droit au mouvement.

Lorsqu’un mouvement atteint son maximum, il se transforme en son contraire.

Le différent ne doit pas être perçu comme dangereux car la contradiction n’existe que l’espace d’un instant, puis se transforme. Nous sommes mues par des énergies différentes qui coexistent et ne s’excluent pas. On peut être quelquechose et son contraire dans un mouvement continuel.

L’harmonie ne consiste pas à se conformer aux attributions et aux assignations sociales mais à adapter sa stratégie à la situation et à son évolution.

Les semblables ont un accord facile, les contraires ont un accord fécond.

Il faut être en mouvement, en déplacement pour brasser les cultures et s’enrichir tout en restant en lien et en formant un groupe uni.

Réaction réfléchie et maîtrisée qui joue sur le temps et la durée, sur le rythmique et le cyclique.

Les dieux, les déesses, les héros mythologiques, les personnages de contes de fées et de légendes sont des moyens de visualiser ce qui se passe dans notre intériorité, ce qui s’y joue, comment notre être profond peut se développer et croître. Nos archétypes intérieurs sont les différentes facettes de nous-mêmes. Chacune doit pouvoir exister. Toutes les polarités doivent pouvoir s’exprimer.

Préférons-nous le chemin de la souffrance, où l’on fait les choses par la force face à la difficulté, ou le chemin de l’amour qui nécessite une posture d’adulte, une discipline de tous les jours où l’on doit renoncer à ses propres infantilisations.

Je ne prends pas le pouvoir sur l’autre mais je développe mon propre pouvoir.

L’écologie et le féminisme sont étroitement liées.

Quand une maladie apparaît, notre nature essaie de nous dire quelque chose qui ne va pas. Il ne suffit pas de se soigner, il faut rééquilibrer son environnement.

Il faut être tenu par sa propre motivation mais pas par la peur et le désir des autres.

Toute personne ne demande au fond qu’à être aidée et aimée. Les gens ne vous aiment pas parce qu’ils ont peur de vous.

Photo d'une fleur (source: https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/cb/Primevere_fleur.jpg)

Photo d'une fleur (source: https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/cb/Primevere_fleur.jpg)

Ne les domine pas, ne les contrôle pas, laisse les s'émanciper.

Tu vas te battre jusqu’au bout. Tu vas gagner. Il ne t’arrivera rien. Ne reste pas dans le confort.

Il faut que ça fasse vivant, que ça vive. Il faut le vivre, le ressentir et le rendre vivant. Il faut qu’on se sente bien, que ça soit façonné par le temps et la main, équilibré dans son environnement. Le vivant a des aspérités, des imperfections, de l’harmonie, de la chaleur, de l’histoire et de la profondeur.

Le monde est un. On ne peut pas penser la partie sans penser au tout, car le tout est autre chose que la somme de ses parties.

Notre conception de la vie est liée à la qualité de notre rapport à la vie.

Gouverner au centre et être équitable.

Les personnes sont en crise d'identité et existentielle dans nos société actuelle, mais ils sont surtout en crise de liens.

Nos peurs et nos insécurités intérieures, causées par la compétition, aboutissent à la logique d’insatiabilité et de destruction du vivant dans laquelle nous évoluons.

Tous les êtres sont soumis aux circonstances de la vie (obstacles, difficultés, changements, ruptures). Le contexte définit en grande partie la vie.

Il y a des choses qui ouvrent et d’autres qui ferment (sur soi, sur les autres, sur le monde). Choisir celles qui ouvrent pour s’épanouir.

Soit tu t’opposes, soit tu en fais ton partenaire. Si tu en fais ton partenaire, il faut être dans l’écoute, dans le dialogue, dans l’apprivoisement, dans la compréhension, dans le partage.

L’unité n’est pas l’uniformité. Nous sommes tous différents et chaque personne a ses richesses, ses richesses à offrir. On ne peut le faire que si on vit en paix. La paix se construit au cœur des différences. Nous devons comprendre la richesse de nos différences, et à partir de ces différences naît le dialogue.

La division ne peut pas apporter la paix, mais apporte la violence, seule l'unification apporte la paix. La catégorisation des personnes crée des conflits, de la division et de la rupture.

Notre dépendance et notre attachement renforcent notre individualisme qui détériore notre lien social et nous éloigne des autres, ce qui nous rend malheureux. Quand nous ouvrons notre coeur pour donner, quand nous partageons, nous renforçons la confiance, la proximité, le collectif, ce qui nous rend heureux.

Il faut sortir de l’ordinaire face à l’égoïsme et l’individualisme communs des hommes, c'est-à-dire qu’il faut vivre avec les valeurs d’humanité, d’unicité et de lien entre tous les êtres, mais aussi, il faut avoir le courage de les faire vivre et de les porter.

Lorsque nous nous relions à une autre personne de façon positive et bienveillante, notre confiance en elle augmente, et la relation ainsi que notre loyauté à son égard s'approfondissent.
L’amour est l'émotion suprême qui nous rend le plus pleinement vivant et qui nous fait ressentir notre humanité au plus profond de nous-mêmes.

Le plus important est la relation et la qualité de la relation. Nous avons besoin de nos relations pour avoir le sentiment de ne pas être seul.

C’est la mort qui donne à la vie tout son intérêt.

Selon le bouddhisme, la conscience est un fait premier qui n’est pas nécessairement lié au fonctionnement du cerveau.

Chacun a la responsabilité de se dire : à partir d’aujourd’hui, je vais placer mes actes au service de la vie. C’est notre propre existence que nous honorerons ainsi, l’éclairant de la conscience et de l’amour dont nous sommes dépositaires et dont notre Terre a un besoin urgent.

Il faudrait une société plus à l’image des fourmis, c'est-à-dire davantage de solidarité et une meilleur communication.

Nous sommes tous égaux, même si beaucoup gens pensent le contraire.

Il faut rester conscient de la chance d’être vivant.

Il faut être autonome car tant qu’on dépend des autres, on est malheureux. Etre autonome permet aussi d’aider les autres.

Si je m’améliore, c’est d’abord grâce aux autres, avant d’être grâce à moi.

Tant qu’on n’a pas trouvé intérieurement ce qu’on cherche au-dehors, on passera à côté sans le voir, car le monde extérieur n’est qu’un reflet de notre monde intérieur. Que ce soit la beauté, l’amour, la sagesse, il est presque inutile de les chercher autour de soi si on n’a pas commencé par les découvrir en soi.

Tout ce à quoi tu résistes persiste.

L’acte d’observation modèle le phénomène observé. L’attention n’est pas l’intention, mais le fait d’être observateur du processus. Les pensées et les émotions ressenties dans le corps sont intimement liées. Seule compte l’expérimentation pour connaître et comprendre.

Ce n’est pas la réalité qui compte vraiment mais ce que l’imagination peut en faire.

Je vous ai montré les méthodes qui mènent à la délivrance, mais sachez que la délivrance ne dépend, elle, que de vous.

Déconstruction de l’égo et compassion inconditionnelle à l’égard de tous les êtres. Au début médite sur la compassion, au milieu médite sur la compassion, à la fin médite sur la compassion.

Se défaire de l’addiction que nous entretenons à l’égard des causes de la souffrance, parmi lesquelles figurent la malveillance, l’arrogance, la convoitise, la jalousie.

Ce qui n’est pas entrepris pour le bien d’autrui, ne mérite pas d’être accompli.

Equilibré, stabilité, régularité, puissant, calme, solide, protecteur, doux, profond, suit le sens de l’énergie, vivant, arrondi, réalisé, dynamique, en mouvement, ouvre les perspectives, relié, continue, structuré, centré, équitable, simple et nourricier, telle est la voie du Tao.

Pour unifier les personnes, il faut aller vers la réalisation de choses concrètes avec la mise en place d’une politique de petits pas.

Créer un chant thérapeutique qui s'élève de l'humus nauséabond de nos pires travers.

La critique, la domination, le contrôle, la violence et la peur tuent l’amour.

Je crois en vous. Je vous fais confiance.

La force sans contrôle n’est rien.

Nous sommes dynamisés par nos mouvements internes, fracturés, ridés, rabotés par le temps.

C'est du chaos qu'ont jailli les premières étincelles de la vie.

Notre moteur est l'énergie, ou plus exactement la transformation de l'énergie et les transferts de l'énergie. Notre démon est ce qui bloque le mouvement de l'énergie, ce qui nous empêche de vivre notre processus.

Nous sommes le plus en compétition avec ce qui nous ressemble le plus.

Les connaissances ne doivent pas seulement servir comme un savoir mais comme une manière d’être, une relation de vie à soi et aux autres. Le vrai moteur de l’apprentissage, c’est le moteur de la vie. Pour bien apprendre, il faut se sentir aimé. Pour bien enseigner, il faut aimer : aimer ce que l’on enseigne et ceux à qui l’on enseigne. Il ne reste que la transmission de l’amour et donc de la vie.

C’est l’expérience de l’amour qui te fait progresser.

Aller vers le silence face au mystère de la vie.

Photo d'un homme (source: https://batinote.files.wordpress.com/2012/03/humble_man.jpg)

Photo d'un homme (source: https://batinote.files.wordpress.com/2012/03/humble_man.jpg)

La communauté de destin doit faire sortir les personnes de la communauté de la peur dans lequel elles se trouvent, dans une monde instable, sans repère, individuel, inquiétant, avec beaucoup de contraintes.

Le risque désigne une catastrophe future que nous pouvons prévenir en inventant. Il recèle une dimension d’espérance, une force mobilisatrice. Le risque suscite donc une utopie.

La jeunesse diplômée qui se dit entreprenante n’est pas uniquement attendue dans la recherche du profit, mais dans un engagement politique avec éthique, détermination et responsabilité.

Les rôles fondamentaux des responsables sont la structuration du savoir et la transmission de valeurs.

C’est la fragilité du destin humain qui permet la survie de l’espèce humaine. Le hasard, la chance et la stupidité, les grands compensateurs dans les affaires humaines, agissent comme un recentrage face à la culture qui peut s’épuiser ou faire fausse route. Les constructions artificielles de l’homme n’offre aucune certitude à long terme. Les Etats connaissent l’ascension et le déclin, les dominations vont et viennent, les familles prospèrent et dégénèrent. Nul changement n’est voué à la permanence et à la fin par la compensation réciproque de toutes les déviations passagères, la condition de l’homme redevient ce qu’elle est depuis toujours. Ainsi, même dans la société, le contrôle de l’homme est faible et sa nature profonde finit toujours par s’imposer.

Image de la roue du risque

Image de la roue du risque

L'augmentation de la population de la Terre, l'industrialisation massive, les pratiques d'élevage intensif, l'urbanisation rapide, la mondialisation des transports, la consommation dépassant la production naturelle de la Terre et l'exploitation globale de l'environnement créent des pressions considérables sur la qualité et la viabilité de la nature.

Stigmates de la colonisation sur le monde par le capitalisme: Conduction par l’industrie de l’assujettissement des peuples à son impérialisme; Continuation de la guerre par le moyen d’un commerce qui accumule les biens en détruisant le monde; Transformation des sociétés en agrégats de solitudes exponentielles.

Nous vivons dans une société capitaliste centrée sur l'exploitation de l'homme, de la nature, et de la machine, dont les biens les plus importants sont la propriété privée et l'accumulation de richesse. Nos systèmes découlent de cette vision. Le capitalisme ne peut donc qu'exacerber les inégalités sociales et environnementales.

La force du travail est toujours exploitée par le capital. Tout cela n’existe que pour une raison : baisser le coût du travail pour maximiser le retour sur investissement.

On ne peut pas compter sur les mécanismes de marché pour que ceux qui ont besoin des services de santé préventifs ou curatifs soient effectivement ceux qui en bénéficient. Il faut une organisation, une planification, une programmation pour que les ressources disponibles, toujours limitées, soient utilisées le mieux possible.

Les limites de la rationalité et les préférences sociales affectent systématiquement les décisions individuelles et les orientations des marchés financiers.

La mondialisation s’accompagne d’une concurrence accrue entre pays avec des règles différentes en matière de protection des personnes et de gestion des risques. Cela produit des transferts massifs de risque d’un pays vers les autres.

Les inégalités se situent à l’intersection entre la classe sociale, le genre ethnique, la religion, le genre sexuel et l’environnement naturel (l’accès aux ressources qu’offre la nature, que celles-ci soient brutes ou mêlées à des dispositifs techniques).

Le capitalisme désagrège la qualité des rapports sociaux entre les individus et donc au final agit contre la cohésion sociale, la solidarité, le bonheur et la santé.

On peut observer que de plus en plus de jeunes urbains qualifiés retournent à la terre pour devenir paysan. Ce mouvement général est fort en France et également très fort en Italie. On pourrait penser de façon simpliste que ce n'est qu'à cause du chômage et du manque de travail.
Je pense au contraire que le mouvement est plus profond: il s'agit plutôt d'une perte de repère, de la peur de la modernisation, de la détraditionnalisation de la société, de déracinement et de l'augmentation des risques liés au progrès techniques.
Les personnes comprennent que la modernité leur échappe, qu'elle se joue au delà du débat démocratique et qu'ils vivent les effets secondaires du progrès (risque technologique, risque sanitaire, risque environnementale). C'est leur manière de vivre qu'ils veulent changer. Les personnes veulent insérer de l’éthique dans la modernisation. Le progrès technique et le progrès sociale ne coïncident pas.


La principales forces politiques ne seront plus la gauche socialiste contre la droite du travail, mais plutôt les mouvements de modernité capitalo-industrialo-technique (industrie, progrès technique, capitalisme), contre les mouvements de contre-modernité capitalo-industrialo-technique (désindustrialisation, décroissance, droit des animaux, mouvement contre les risques sanitaires, écologiste, droits sociaux).

Les nouveaux mouvements populistes de contre-modernité prendront des idées de gauche, de droite, écologiques, tout en étant assez ferme sur l’immigration. Il s’agit des formations politiques antisystèmes, qui opposent le peuple uni à une « caste dirigeante », l’idée qu’il n’y a pas de questions complexes mais que des solutions simples : la détestation de l’ensemble des classes dirigeantes.
Lorsque l'on voit les manifestations contre les aéroports, contre les centres d'enfouissements des déchets nucléaires, contre les centres d'incinérations d'ordures, ce sont les nouveaux fronts politiques. Car, à un niveau social aussi élévé qu'en occident, la distribution des risques est devenue plus importante que la distribution du capital.

 

Il ne faut pas oublier la proximité idéologique entre l’extrême droite raciste et l’extrême écologie.

Les extrêmes (gauche, droite, verte) sont tous antisystèmes.

 

Après la crise de 2008, qui a déclenché des crises et de la pauvreté, les personnes ne comprennent et ne soutiennent ni le progrès technique, ni la modernisation capitalo-industrialo-technique, ni la mondialisation. Ils ont compris que le progrès technique et le progrès social ne coïncident pas.

Ce qu’il faut souligner est que les Européens sont, en parti, les perdants d’une mondialisation, qui leur a tout de même profité, mais a surtout profité à l’Asie. L’Europe vieillissante est aujourd’hui affaiblie face à une guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine.

La remise en question se fait sur :

  • le sentiment de déclassement
  • La perte de repère
  • L’affaiblissement économique
  • Le repli sur soi
  • Le sentiment de non écoute et de non prise en compte
  • L’hyperindividualisation de la société

Les techniciens politiques ne pourront comprendre le problème que s’ils intègrent la perception sociale dans leur vision technique, que s’ils savent replacer de l’éthique dans leur décision.

Poser les questions de la crise écologique, c’est s’interroger sur les directions du progrès technologique et du développement des sociétés. L’interrogation écologique met l’accent là où cela fait mal : la négligence de l’éthique humaine et le caractère limité des ressources.

La santé est issue d’un processus dynamique et constamment instable de répétitions périodiques structurant un cycle de vie, dont les composantes se modifient au cours du temps, s’ajustent entre elles par équilibre, et dont la vitalité dépend de la vitesse et de la capacité à se transformer et à s’adapter.

J’émets les hypothèses suivantes pour comprendre le monde et expliquer sa situation environnementale actuelle :

1/ La société moderne crée elle-même les risques qui se retournent contre elle. Le nombre élevé de risque n’est pas le signe d’un archaïsme mais d’une modernité. Le risque n’est le produit d’aucune intentionnalité. Il est inhérent au système, c’est un principe impersonnel.

L’évolution scientifico-technique ne fait plus l’objet d’un consensus culturel, et ce au moment même où l’accélération de la mutation technique et l’ampleur des transformations sociales qu’elle entraîne atteignent un degré sans précédent historique. L’ampleur des transformations sociales est inversement proportionnelle à leur légitimation.

2/ L’environnement est un champ de concurrence et de bataille féroce mondialisée entre les puissances, devenant ainsi l'enjeu principal de conquête avec l'accélération de la destruction de l'environnement et l'appauvrissement mondial des ressources.

3/ Il n’y aura ni de consensus global environnemental ni d'unité planétaire, malgré une unité de  façade des dirigeants, tant que les intérêts égoïstes, la compétition mondiale et la loi du plus fort perdureront, exacerbés par le système capitaliste néolibéral. La crise écologique se greffe sur les antagonismes des peuples pour les porter à incandescence. Il est peu probable que les oppositions de classe puissent être dépassées pour qu’une solution à la crise environnementale soit trouvée.

4/ Il existe un racisme environnemental avec une idéologie écologique profonde qui recherche un environnement d’une pureté originelle, en excluant les minorités ou les plus faibles au détriment du respect de leurs droits fondamentaux. En même temps, la société les parque de manière systémique dans les endroits les plus pollués ou installe les industries polluantes sur leurs lieux de vie. Dans tous les pays, les décès liés à la pollution concernent davantage les minorités et les populations marginalisées. Dans certains cas, le racisme environnemental résultent de l’action indirecte de l’Etat, dont les politiques sont loin d’être neutres en la matière. Dans d’autres, il est le fruit de la logique du marché livrée à elle-même. Dans d’autres encore, il est la résultante de logiques économiques et politiques inextricablement mêlées.

Le racisme peut s’exprimer par la sauvegarde du patrimoine naturel. En métropole, la nature est connotée de plus en plus positivement au XIXe siècle. Dans les forêts s’incarne la mémoire collective de la France, qui rattache le temps présent aux étapes glorieuses de l’histoire nationale. Les forêts sont en ce sens partie intégrante de l’histoire de France. La notion de « patrimoine » émerge à cette époque, elle s’applique aussi bien à la nature qu’à des objets culturels. En ces temps de troubles révolutionnaires, depuis la fin du XVIIIe siècle, les forêts constituent un havre de stabilité, ce qui n’empêche pas bien sûr qu’elles soient aussi exploitées à des fins économiques ou militaires. C’est pourquoi tout doit être mis en œuvre pour les préserver. Dans les colonies, les forêts sont également l’objet de politiques de conservation, mais pour des raisons différentes. Les colonisateurs européens  pensent que la race européenne conservera ses facultés européennes grâce au reboisement. La dégradation de la nature est perçue comme une menace pour la civilisation européenne. Non seulement parce qu’elle est une ressource dont il est possible de tirer profit, mais parce que, l’environnement forgeant le caractère, sa détérioration conduira nécessairement à l’affaiblissement du caractère. La supériorité des races européennes est liée, entre autres, à leur capacité à prendre soin de leur environnement. L’environnement, en retour, exerce une influence positive sur le caractère de leurs représentants. A l’inverse, les populations orientales laissent l’environnement se dégrader, ce qui est à la fois un symptôme et une cause de leur dégénérescence. Tout doit être mis en œuvre, dans ces conditions, pour que les européens établis en Afrique ou en Asie ne succombent à cette nature dégradée.

5-1/ La répartition des risques et la répartition du capital sont les enjeux majeurs du XXIeme siècle. L’inégalité sociale et économique est corrélée à l’inégalité environnementale. Les individus les plus modestes et vulnérables sont ceux également qui habitent dans des zones où les risques environnementaux sont les plus présents. La répartition des risques coïncide avec la répartition du capital

Comme le montre le rapport de l’Autorité européenne environnementale, intitulé «Unequal exposure and unequal impacts: social vulnerability to air pollution, noise and extreme temperatures in Europe» (Exposition et répercussions inégales: vulnérabilité sociale à la pollution atmosphérique, au bruit et aux températures extrêmes en Europe), il existe des liens étroits entre les problèmes sociaux et environnementaux en Europe. La répartition de ces risques environnementaux et leurs répercussions sur la santé humaine reflètent fidèlement les différences en termes de revenus, d’emploi et d’éducation à travers l’Europe.

Il met en garde contre le fait que la santé des citoyens européens les plus vulnérables est touchée de manière disproportionnée par les risques environnementaux tels que la pollution atmosphérique et sonore et les températures extrêmes, en dépit d’améliorations globales de la qualité de l’environnement en Europe.

L’inégalité sociale et économique est corrélée à l’inégalité environnementale. Les individus les plus modestes et vulnérables sont ceux également qui habitent dans des zones où les risques environnementaux sont les plus présents. La répartition des risques coïncide avec la répartition du capital

Comme le montre le rapport de l’Autorité européenne environnementale, intitulé «Unequal exposure and unequal impacts: social vulnerability to air pollution, noise and extreme temperatures in Europe» (Exposition et répercussions inégales: vulnérabilité sociale à la pollution atmosphérique, au bruit et aux températures extrêmes en Europe), il existe des liens étroits entre les problèmes sociaux et environnementaux en Europe. La répartition de ces risques environnementaux et leurs répercussions sur la santé humaine reflètent fidèlement les différences en termes de revenus, d’emploi et d’éducation à travers l’Europe.

Il met en garde contre le fait que la santé des citoyens européens les plus vulnérables est touchée de manière disproportionnée par les risques environnementaux tels que la pollution atmosphérique et sonore et les températures extrêmes, en dépit d’améliorations globales de la qualité de l’environnement en Europe.

5-2/ On assiste à un transfert massif des risques des pays à niveau de vie élevé vers les pays à faible niveau de vie. L’industrie polluante à bas coût a été implantée dans les pays à revenu faible, alors que les propriétaires, les actionnaires et les acheteurs vivent dans des pays à haut niveau de vie. C’est pourquoi 90% des décès liés à la pollution dans le monde sont localisés dans les pays pauvres. Pollution des milieux, endettement et migrations des populations pauvres sont liés. Le capitalisme a besoin des différences de traitements et de règlements pour prospérer, car il nécessite l’exploitation d’entités faibles ou défavorisées pour créer de la richesse destinée aux plus puissants.

 Les différentes populations ne sont pas égales face aux conséquences néfastes du processus industriel. Plus on est pauvre, noir, femme, ou les trois à la fois, plus on subit les effets nocifs de ce processus, toutes choses égales par ailleurs. Les déchets toxiques sont un exemple d’effet de ce type, mais il en est d’autres, comme la pollution de l’air ou le saturnisme chez les enfants immigrés. Les classes subalternes ne sont pas toujours et partout les premières victimes de toutes les nuisances environnementales, d’où la clause « toutes choses égales par ailleurs » dans la formulation. Les centres-villes, dans lesquels vit une portion significative des bourgeoisies européennes, sont par exemple affectés par la circulation automobile et ses conséquences en matière de qualité de l’air. Ils tendent aussi à être moins bien dotés en espaces verts que certaines banlieues. Cependant, la logique du système implique que les classes populaires sont les principales victimes de ces nuisances.

La Chine est actuellement le plus gros importateur mondial de déchets solides, avec des volumes annuels équivalents à 56 % de la production mondiale de ces déchets. En 2016, elle a importé 7,3 millions de tonnes de plastiques, pour une valeur de 3,7 milliards de dollars. Ces gigantesques opportunités commerciales ont aiguisé l’appétit de personnes peu scrupuleuses. Plus de 50 millions de tonnes de déchets dangereux seraient acheminées chaque année des pays développés vers des pays en voie de développement d’Asie, d’Afrique et d’Amérique du Sud, la Chine étant la principale destination de ce genre de pratiques. Dans le secteur du recyclage du textile, les profits sont encore plus extraordinaires. Les négociants chinois achètent les déchets étrangers illégalement importés 100 à 200 yuans la tonne quand ils sont surtout composés de vêtements usagés. Après les avoir bien triés, ils peuvent ensuite les revendre 2 yuans le kilo. Et une fois déduit le coût de la main-d’œuvre, ils réalisent encore des marges énormes. Même si, au final, près de la moitié des vieux vêtements ne sont pas vendables et finissent à la poubelle, ils parviennent en général à multiplier par 10 leur mise de départ.

En matière de gestion des déchets solides, les pays développés d’Europe et d’Amérique ont des règlements très différents, mais de manière générale, le contrôle de leur exportation obéit à un certain laxisme.

Selon des statistiques de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), 85 % des marchandises (en termes de valeur) échangées dans le monde sont transportées par voie maritime. Du fait du déficit de la balance commerciale des pays occidentaux avec la Chine, les navires disponibles ne manquent pas. En effet, une grande partie des marchandises produites en Chine sont exportées vers l’Europe ou l’Amérique, mais rares sont les bateaux qui peuvent revenir en Chine avec une cargaison de valeur égale. Le retour à vide de ces navires constitue assurément un gaspillage. De fait, il est courant que des porte-conteneurs rentrent en Chine avec une pleine cargaison de déchets. La Chine a depuis longtemps une balance commerciale excédentaire avec les pays développés (pour 2017, l’excédent est de 276 milliards de dollars avec les États-Unis et de 127 milliards de dollars avec l’Union européenne). C’est ce qui explique le problème des porte-conteneurs susceptibles de rentrer à vide – et c’est ce qui a favorisé l’apparition d’une zone grise de transferts illégaux de déchets.

En Chine, le tri sélectif n’est pas encore au point et n’est pas appliqué avec assez de rigueur. De ce fait, le coût de la récupération et du recyclage des déchets est élevé, ce qui constitue une autre cause de l’essor des importations illégales de déchets. La faible sensibilisation de la population chinoise à l’importance du tri explique la présence fréquente, dans les déchets collectés, d’ordures ménagères résiduelles et même de déchets médicaux mélangés à de vieux papiers ou à des objets en plastique. C’est le caractère peu réutilisable et onéreux des déchets chinois qui pousse un nombre non négligeable d’entreprises chimiques à délaisser l’offre de proximité au profit de ce qui vient de loin. Par ailleurs, les opérateurs chargés du traitement des déchets importés illégalement ne prennent pas de mesures adéquates pour un recyclage écologique. Nombre d’entre eux sont des entreprises polluantes, implantées de façon anarchique et ne respectant pas la réglementation. Certaines ne sont même pas dotées d’installations de dépollution, et l’environnement proche est gravement contaminé par leurs rejets. Les déchets importés illégalement peuvent également être porteurs de substances toxiques nocives, susceptibles de contaminer directement le personnel des entreprises concernées.

Les grandes peurs se transforment : la peur de la distribution de richesse se change en peur de la distribution des risques. Les parties écologistes remplacent les parties communistes. Les manifestations d’ouvriers sont remplacées par les zones à défendre des mouvements altermondialiste-écologistes.

6/ Dans une époque d’incertitude et de complexité, où les risques sont des probabilités d’apparition de maladies, tous les indicateurs de contamination deviennent les annonciateurs et les signes de risques réalisables, qu’il s’agit de quantifier. Le choix consiste à trancher entre les scénarios futurs de réalisation des risques les plus probables. Le futur devient en quelle que sorte le déterminant du présent.

7/ Le capitalisme est la source principale de la destruction de l’environnement par sa démesure, son égoïsme et l’exploitation de l’homme et de la nature. En principe, l’économie est chargée de fournir des biens et des services à la société pour son épanouissement. Mais cette relation s’est progressivement inversée : c’est la société qui est désormais au service de l’économie, dont le seul but est de créer des richesses financières. Privatisation des bénéfices, socialisation des pertes, c’est ainsi que fonctionne le capitalisme.

Le capitalisme à la fois suppose et génère des inégalités dans le rapport à l’environnement des individus. Le capital est un rapport social entre les personnes. Le capitalisme désagrège donc la qualité des rapports sociaux entre les individus et donc au final agit contre la cohésion sociale, la solidarité, le bonheur et la santé.

Nous sommes dans un capitalisme mondial avec toujours plus de profit, toujours plus de rentabilité, toujours plus d’efficacité, dont le véhicule est composé du progrès technique, de l’industrialisation et de la financiarisation de la vie.

Les nouvelles technologies utilisent souvent un prétexte social ou de santé pour être vendues et avoir une image positive. Alors que la réalité est seulement du marketing, pour vendre et que les nouvelles technologies ne changent pas ce qui est fondamentale : notre manière de vivre, notre manière d’être et notre comportement. Elles accentuent notre dépendance.

La nation fantasmée ne bénéficie qu'à une minorité, et la notion d'égalité n'y est qu'une déclaration de principe.

8/ Ce ne sont ni un consensus mondial, ni des militants qui feront basculer le système mais ce seront les producteur des risques eux-mêmes, qui engendreront des catastrophes sanitaires, provoquant ainsi des morts et un basculement progressif de l’opinion publique en faveur d’un changement de système.

9/ La logique économique aboutit par elle-même à une concentration inégalitaire du capital. Par ailleurs, le rendement du capital est plus élevée que la croissance, alors mécaniquement le capital se concentre au bénéfice d’un petit nombre de rentiers. Le nombre de conflits vont alors augmenter car ceux-ci prospèrent sur les inégalités grandissantes.

10/ Le système technologique programme, en dehors de tout débat et sous le justificatif du progrès technico-économique, une transformation continuelle de tous les domaines de la vie sociale qui contrevient aux règles les plus fondamentales de la démocratie. Les transformations apportées par le progrès sont : une destruction constante de la nature, une mutation du système du travail, un effritement de la répartition des rôles par sexe, une détraditionalisation des classes, un renforcement des inégalités sociales, l’apparition de nouvelles technologies à la limite de la catastrophe. La politique n’est plus faite par les parlements, mais est d’abord impulsée par les grandes entreprises technologiques mondiales.

Dans un contexte où les conditions matérielles sont relativement favorables, et où l’on dispose de bonnes garanties sociales, les hommes ont été arrachés aux conditions traditionnelles des classes et aux réseaux familiaux d’entraide pour être renvoyés à eux-mêmes et à leur destin individuel sur le marché du travail, avec tous les risques, toutes les chances et toutes les contradictions que cela représente. L’avènement de la société industrielle s’accompagne toujours de la disparition de la morale. Les crises sociales ont l’apparence de crises individuelles et il devient quasi impossible de les appréhender dans leur composante sociale.

11/ On assiste à une révolution déguisée en normalité qui se soustrait aux possibilités d’intervention démocratique, mais dont l’opinion publique devenant critique, réclame qu’elle soit justifiée et entérinée par les instances démocratiques. Les instances de contrôle étatiques, juridiquement responsables, et l’opinion publique formatée par les médias et très sensible au risque commencent à s’immiscer par le discours et la réglementation dans le domaine du management d’entreprise. Les directions que prennent les évolutions et les résultats de la mutation technique deviennent objets de débats, et sont sommées d’être légitimées. L’activité des entreprises de la science et de la technique prend une nouvelle dimension politique et morale. La science est en train de se politiser.

La science se politise car elle est l’objet et l’outil des débats politiques. Elle est critiquée et mise sur le banc des accusés face aux risques qu’elle engendre. En même temps, elle se rend indispensable pour l’analyse des risques et la recherche de solutions alternatives. Ce paradoxe induit une accusation de la science par la science en même temps qu’elle crée les bases à sa continuité et à sa survie. Elle est dépendante de l’idéologie de notre société actuelle. Seule l’éthique pourra la contenir.

Le progrès entraine une transformation sociale de grande ampleur sans aucun débat. L’ancienne société industrielle était focalisée sur le progrès. En dépit de toutes les critiques du progrès, la société n’a pourtant jamais remis en question cette croyance latente au progrès qui est devenue précaire aujourd’hui avec la progression des risques. La critique du progrès n’a pas ôté aux transformations sociales accomplies sous le signe du « progrès » un centième de leur puissance d’affirmation. On voit bien là les conditions spécifiques dans lesquelles les transformations sociales pouvaient se réaliser incognito : le progrès est bien plus qu’une idéologie ; il est une structure de transformation sociale extraparlementaire permanente, institutionnalisée, et considérée comme « normale ».

Il n’y a plus forcément un progrès social quand il y a un progrès technique. Les citoyens veulent influencer les décisions dans l’évolution du progrès technique.

Tous les piliers du consensus sur le progrès dans la politique technologique ont été plus ou moins ébranlés. L’augmentation du risque a rendu caduc le principe d’équivalence entre progrès social et progrès technique. L’arène du débat sur la politique technologique a vu arriver de nouveaux groupes qui n’étaient pas du tout prévus dans l’organisation des intérêts internes à l’entreprise, et dans ses formes de perception des problèmes. Par exemple, dans les conflits sur les centrales nucléaires et les installations de traitement des déchets nucléaires, les patrons et les syndicats qui garantissaient jusqu’alors le consensus sur la technique ont été relégués sur les gradins des spectateurs tandis que les débats prenaient la forme d’une confrontation directe entre le pouvoir étatique et les protestations des citoyens, soit d’un scénario social et politique radicalement transformé, entre des acteurs qui au premier abord n’avaient en commun que leur rapport très lointain avec la technique.

12/ Les institutions politiques deviennent les administratrices d’une évolution qu’elles n’ont pas planifiée, et sur laquelle elles ne peuvent pas intervenir, mais dont elles doivent pourtant répondre. A l’inverse, les décisions prises dans l’économie et la science sont chargées d’un contenu politique effectif que leurs acteurs ne peuvent en aucun cas légitimer. Ce jeu d’inversion des rôles entre politique et non-politique derrière des façades inchangées commence à devenir inquiétant. Les politiques doivent  dire qu’ils ne savent pas où ils vont. Dans ce système, ils sont obligés de valoriser une avancée technique auprès des électeurs comme s’ils l’avaient inventée eux-mêmes, reprenant la gestuelle bien huilée d’une confiance dans le progrès qu’ils ont tendance à perdre, pour une unique raison, parce qu’il n’y a pas et qu’il n’y a jamais eu d’alternative. A ce stade avancée de la démocratie, on change de régime et l’on passe à la domination impersonnelle.

Les institutions sociales deviennent les gardiens d’une réalité sociale qui tend à disparaître. Tandis que les éléments constitutifs de l’existence que sont la classe sociale, la famille, la profession, la femme, l’homme, perdent peu à peu de leur réalité et de leur force porteuse d’avenir ; on continue à les garder dans des institutions spécialisées tout en affirmant leur primauté contre les évolutions ou les orientations déviantes. On ne cesse de déplorer le recul de la conscience de classe dans les cours de formation syndicale. On en appelle à la fidélité à la démocratie pour rappeler à l’ordre l’électorat politique traditionnel qui s’égare. On voit apparaître, au-delà de la société industrielle, une société nouvelle qui s’écarte d’une société industrielle conservée dans les institutions, mais devenue incapable de comprendre le monde.

13/ Sous couvert de l’augmentation des risques, l’Etat met en place des actions de prévention et de surveillance qui sont liberticides. Pour cacher ses faiblesses et ses défaillances à ne pas réussir à limiter les risques et à éliminer ses causes fondamentales, tout en voulant se rassurer, l’Etat tend à devenir une dictature sanitaire, remettant en question ce que l’on croit acquis : la démocratie.

14/ L’Etat n’ayant que peu de pouvoir sur l’orientation du progrès technologique et ne pouvant remettre en question un système producteur de risque qu’il a lui même promu et encouragé, il préfère nier les risques, soutenir le système et trouver des boucs émissaires pour expliquer l’existence de risques à la population.

15/ L’individualisme et l’égoïsme, accentués par la société de compétition et matérialiste, désagrègent la qualité du lien social entre les individus, alors même que le lien social est l’élément primordial pour gérer les risques en confiance et assurer la cohésion de la société. Les hommes deviennent des individus isolés dans la peur, traqués entre eux et ainsi vulnérables à toutes les crises.

L’hyperindividualisation est une constituante de la société moderne. C’est l’individu lui-même, qu’il soit homme ou femme, qui devient l’unité de reproduction de la sphère sociale. Les individus deviennent les agents de leur propre subsistance médiée par le marché, et les agents d’une planification et d’une organisation de leur vie qui intègre ces exigences.

Cette individualisation va plutôt de pair avec l’institutionnalisation et la standardisation des modes de vie. Les individus libérés de la tradition deviennent dépendants du marché du travail, et donc dépendants de la formation, de la consommation, des règlementations et des systèmes de protection de lois sociales, de l’organisation de la circulation, des offres de consommation, des possibilités et des modes dans le domaine des consultations et des traitements médicaux, psychologiques et pédagogiques.

16/ La dépendance de nos sociétés aux nouveaux produits et aux nouvelles technologies s’accroit malgré les dangers qu’ils peuvent générer pour la santé et pour l’environnement. Les hommes n'ont jamais vécu autant dans une société sécuritaire, mais, en même temps, ils n'ont jamais été aussi vulnérables et dépendants.

17/ Les plus grands pollueurs ou ceux qui ont continué à polluer malgré les alertes et les catastrophes, seront à l’avenir accusés de crime contre l’humanité.

18/ Il ne s’agit plus de savoir si il y aura des morts, il y en aura, mais de savoir si les générations futures arriveront à survivre et dans quelles conditions.

19/ Gérer de la valeur capitaliste suppose de produire et de détruire sans cesse de la nature. Le capital y parvient avec le concours de l'Etat. L'Etat organise la nature et la met à disposition du capital. Le capitalisme, la nature et l'Etat constituent, à l'époque moderne, un indissociable triptyque.

20/ La technique ne peut pas créer de la matière première reproductible capable de se substituer à la nature. Elle ne peut pas fonctionner sans la nature. Elle permet juste de remplacer des outils anciens par des outils plus performants qui permettent d’aller plus loin dans l’exploitation de la nature. L’homme n’est pas indispensable à la technique avec la robotisation, par contre, il ne peut pas y avoir de technique sans nature.

21/ Le développement durable est un concept erroné car il recherche un changement d’exploitation soi-disant plus durable de la nature, mais il ne remet pas en question : l’hypothèse de la croissance illimitée, les capacités de production et l’exploitation de la nature. Une croissance ne peut jamais être durable si les ressources sont limitées. Seule une durabilité forte qui exige une diminution drastique des flux de production, une préservation des services écosystémiques de la nature, de la richesse de la biodiversité et de la stabilité du climat, permettra un changement radical à même de répondre à la crise environnementale. Par ailleurs, l’harmonie entre les trois dimensions du développement durable (sociale, écologique et économique) est une vision naïve, car celle-ci fait peu de cas du caractère impérialiste de la raison économique. Il est dans sa nature même de traduire toutes les autres dimensions dans les termes monétaires qui lui sont propres et de réduire ainsi l’ensemble des choix à la seule alternative payer/ne pas payer.

Nous sommes aliénés aux rouages du système. Le système industriel ne doit ni ne peut jamais s’arrêter. Elle doit progresser, encore et toujours, coute que coute, sous tous les gouvernements, de gauche comme de droite. Présentée comme la structure fondatrice de toute société civilisée, on ne questionne plus sa légitimité ni sa place : elle « EST » et doit grossir en mangeant toutes les ressources à sa portée. Le progrès doit progresser, et ce, même s’il faut bétonner jusqu’à la moindre parcelle de terre, même s’il faut produire jusqu’à l’épuisement de toutes les ressources. Tant que la Croissance est au rendez-vous, tout est bon à prendre. Nous nions que nos modes de vie sont à l’origine de ces problèmes en rejetant la responsabilité sur d’autres, cédant aux politiques les plus réactionnaires. Vous pouvez toujours affubler le mot « croissance » des adjectifs sympathiques, « verte » ou « durable », ou le cacher derrière le mot « développement », moins critiqué et moins critiquable, ne changera rien à cette réalité. Car ces mots en cachent d’autres, devenus pratiquement tabous : capitalisme, consumérisme, productivisme, extractivisme, néolibéralisme. Tant que ces réalités qui sous-tendent les structures mondiales ne seront pas remises en question, tout le développement durable et toute la bonne volonté du monde seront dissous par le poids des quantités produites et des ressources qu’elles réclament.

Dans les pays développés, bien que le taux de recyclage augmente, la production réelle de déchets ne baisse pas. L’arrêt des importations de déchets par la Chine montre bien les limites du recyclage, même dans un pays où le tri est ancré depuis longtemps dans les habitudes, comme l’Allemagne.

22/ Il existe une opinion publique mondialisée, qui fait pression sur les gouvernements, avec le développement d’internet. Nous sommes dans un village global.

La science se révèle incapable d’être source de légitimation. Ce ne sont pas des incultes et des nouveaux adeptes de la culture de l’âge de pierre qui mettent en garde contre les dangers, mais de plus en plus souvent des gens qui sont eux-mêmes des scientifiques – techniciens spécialistes du nucléaire, biochimistes, médecins, généticiens, informaticiens, etc. – ainsi que d’innombrables citoyens à la fois concernés par les menaces et compétents. Ils savent argumenter, sont bien organisés, disposent parfois de leurs propres journaux, et sont en mesure de fournir des arguments devant l’opinion publique ou les tribunaux.

Les mouvements de contre-modernité naissent dans les endroits où la modernité est la plus élevée, où ses effets secondaires sont les plus grands, c'est-à-dire dans des zones les plus riches et les plus urbaines. Les risques issus de la modernité et leurs solutions se concentrent dans ces endroits.

23/ La santé est un capital où il faut investir, permettant ainsi une amélioration du bien-être et  de la performance. La santé est entrée dans une logique de capital où il faut qu'elle soit productive et matérielle, avec le bien-être.

24/ Le capitalisme ne mourra pas de mort naturelle, pour une raison simple: il a les moyens de s'adapter à la crise environnementale. Il est en passe de faire, une fois de plus, la démonstration de la stupéfiante résilience. La financiarisation et la militarisation de cette crise ne sont rient d'autre que l'illustration de ce constat. Le capitalisme est à vrai dire non seulement capable de s'adapter à la crise environnementale, mais de surcroît d'en tirer profit. Il n'est pas dit que la crise écologique aggrave la crise économique. Au contraire, elle permet peut-être au capitalisme de trouver des solutions durables au déclin du profit, en marchandisant des secteurs de la vie sociale et naturelle jusque-là à l'abri de la logique du capital.

25/ Les risques catastrophiques ne respectent plus les frontières qu’elles soient spatiales, sociales ou temporelles. Ils préfigurent la fin de l’Etat-nation, dont le propre est d’être territorialement délimité, et qui est par définition incapable de les gérer.

26/ Le passage à la modernité est celui de l’inassurabilité. Dans la modernité, certains risques sont devenus si coûteux qu’ils ne sont plus assurables. Ils échappent au contrôle des humains, même lorsqu’ils ont été créés par eux, à la fois parce qu’ils sont imprévisibles et parce que leurs conséquences sont socialement ingérables.

Les sociétés de réassurance avec des plus grandes réserves monétaires mondialisées liées à la bourse, permettent d'assurer les sociétés d'assurance et d'augmenter le parachute de sécurité financière. Elles jouent un rôle fondamentale dans l'assurance des risques climatiques.

Les douze principaux réassureurs mondiaux au 31 décembre 2013 étaient dans l’ordre décroissant:

  • Munich Re (Allemagne, chiffre d'affaires de 36,8 milliards de dollars américains de primes émises)
  • Swiss Re (Suisse, 30,5 milliards de dollars américains)
  • Hannover Re (Allemagne, 17,1 milliards de dollars américains)
  •  Berkshire Hathaway – Gen Re (États-Unis, 14,8 milliards de dollars américains de primes émises)
  • Scor (France, 12,6 milliards de dollars américains de primes émises)
  • Lloyd's (Royaume-Uni, 11,2 milliards de dollars américains)
  • Reinsurance Group of America (en) ou RGA (États-Unis, 8,3 milliards de dollars américains)
  • China Re (Chine, 6,7 milliards de dollars américains) primes brutes)
  • Partner Re (Bermudes, 5,4 milliards de dollars américains)
  • Everest Re (Bermudes, 3,9 milliards de dollars américains)
  • Korean Re (Corée, 3,3 milliards de dollars américains)
  • Mapfre Re (Espagne, 3 milliards de dollars américains)

27/ L’augmentation des risques, le développement des connaissances scientifiques, le droit, l’assurance et le capitalisme sont étroitement liés. La financiarisation des risques est la conséquence de l’augmentation des coûts des catastrophes. La création des cats bonds par les assurances, ou obligation catastrophe (titre de créance sur les marchés financiers) permet de disperser les coûts des risques naturels ou de la surmortalité des crises sanitaires, dans l’espace et le temps de façon à les rendre financièrement insensibles.

28/ La gouvernance des organisations internationales est ainsi faite que les intérêts des pays pauvres sont supposés être représentés par des pays riches.

29/ Le néolibéralisme a peu avoir avec le laisser faire et à tout avoir avec l’intervention permanente de l’Etat en faveur des marchés. L’intégration des pauvres dans le marché suppose que le marché soit subventionné par l’Etat, au moins au début. C’est le mécanisme dit des partenariats public-privé qui est l’un des piliers du régime assurantiel néolibéral. Pour ce faire, les assurances avancent plusieurs arguments pour convaincre l’Etat : un paysan non assuré est moins productif, car il a moins tendance à investir dans l’outillage et les engrais, il est de tout façon en dernière instance à la charge de l’Etat car si sa récolte est détruite ou si il tombe malade, c’est son soutien qu’il sollicitera.

Les fonds d’investissements recrutent comme administrateurs les personnes puissantes ou politiques des pays dans lequel ils veulent investir et accroitre leur marché, pour profiter de leur connaissance et de leur réseau.

Dans la privatisation, l’Etat garde ce qui est lourd, non rentable et couteux en entretien. Il cède aux entreprises privées ce qui est rentable. Au final, le privé est doublement gagnant : il gagne de l’argent sans s’occuper des coûts d’entretien.

30/ Les étapes de la production de l’industrie sont de plus en plus nombreuses et mondialisées, pour que la production puisse profiter du développement inégal à l’échelle de la planète et pour qu’il soit difficile d’identifier les responsables et de pouvoir contrôler les émissions de pollution.

31/ En régulant l'accès aux ressources, en contrôlant et en prenant en charge les conséquences négatives du développement, l’Etat œuvre en faveur des intérêts de long terme des classes dominantes, du système capitaliste et permet ainsi que la nature puisse être exploitée durablement.

32/ L’idéologie de la responsabilisation des pauvres consiste à leur transférer la charge en les faisant payer pour qu’ils intègrent le marché, afin d’augmenter la profitabilité du système. Cette idéologie s’applique à des populations nombreuses, ce qui rend l’opération faisable et financièrement juteuse pour les assureurs.

33/ Les périodes où il y a eu une diminution des émissions polluantes sont les périodes de crises économiques où la croissance économique a chuté. La seule manière de faire diminuer les pollutions est de diminuer drastiquement les flux de production et donc d’avoir une croissance négative ou nulle.

34/ Le risque est une opportunité, qui motive l’action et favorise la création d’une nouvelle utopie.

35/ La vie est de plus en plus financiarisée et intégrée au marché. La microassurance est symptomatique de la financiarisation de la vie quotidienne. Elle porte sur des petits montants et concerne des populations pauvres, qui peuvent encourir des pertes importantes du fait des désastres naturels. L’objectif affiché est de protéger les plus pauvres, mais l’objectif réel est de capter les primes de millions de paysans pauvres à travers le monde. La microassurance peut être considérée comme une forme sophistiquée d’accumulation par les assurances par dépossessions des plus pauvres. Elle permet de rendre profitable des secteurs de la vie sociale et de la population qui échappent au marché. La multiplication des catastrophes naturelles due au changement climatique promet à ce secteur un avenir radieux.

36/ Dans tous les pays industrialisés au cours du processus de modernisation de l’Etat providence, a eu lieu une poussée sociale de l’individualisation d’une ampleur et d’une intensité sans précédent. Ce qui signifie que dans un contexte où les conditions matérielles sont relativement favorables, et où l’on dispose de bonnes garanties sociales, les hommes ont été arrachés aux conditions traditionnelles des classes et aux réseaux familiaux d’entraide pour être renvoyés à eux-mêmes et à leur destin individuel sur le marché du travail, avec tous les risques, toutes les chances et toutes les contradictions que cela représente. La conséquence est que les gens s’enfoncent de plus en plus dans le labyrinthe du doute personnel et de la remise en cause personnelle, qu’ils ne cessent d’avoir besoin de s’assurer d’eux-mêmes. Dans leur quête d’accomplissement d’eux-mêmes, les gens partent en voyage aux quatre coins du monde en s’inspirant des catalogues de tourisme. Ils détruisent les ménages les meilleurs, et courent toujours après de nouveaux biens. Ils se reconvertissent. Ils font des régimes. Ils font du jogging. Ils passent d’un groupe de thérapie à l’autre. Possédés par leur objectif de réalisation d’eux-mêmes, ils s’arrachent eux-mêmes de la terre pour vérifier si leurs racines sont saines elles aussi.

L’hyperindividualisme, lié à la richesse et au progrès technique, désagrège la cohésion de la société. Le partage et la solidarité ne peuvent se faire que dans le dénuement, l’absence de confort, le sentiment d’appartenance, la volonté d’interdépendance et de coopération. L’autocentrage sur soi pour le développement de son bien-être exclusif ne permettra pas de relier les gens et d’unifier le monde.

37/ C’est la peur qui s’insinue partout qui devient le facteur politique déterminant de notre société moderne. L’exposition au risque est générale. Elle transcende les différences de revenus, de formation et de niveau d’éducation.

Nos peurs et nos insécurités intérieures aboutissent à la logique d’insatiabilité et de destruction du vivant dans notre société, qui provoque un cercle vicieux de peur, de repli sur soi, de crises de lien et de destruction.

Cependant le refus du progrès technique ne permet pas d’en empêcher sa réalisation. Aujourd’hui, la peur des progrès de la technologie génétique, par exemple, est une chose répandue. On fait des audits. Les Eglises protestent. Même les scientifiques ayant foi dans le progrès ne peuvent s’empêcher d’avoir peur. Pourtant, tout cela n’est jamais que protestation dépassée contre des décisions qui ont été prises depuis longtemps. En fait, il n’y a même pas eu de décision. Il n’y a jamais vraiment eu d’alternative. Les comités d’experts ne l’ont pas toléré. Il a toujours été déjà trop tard. On a beau continuer à débattre pour savoir si elle est souhaitable ou non, l’ère de la génétique humaine a commencé depuis longtemps. Bien sûr, on peut dire non au progrès, mais cela ne change rien à sa réalisation. Il est un chèque en blanc pour une réalisation qui échappe à l’assentiment comme au refus.

38/ Les problèmes sociaux se transforment immédiatement en états psychiques : insuffisances personnelles, sentiments de culpabilité, angoisses, conflits et névroses. On assiste à l’apparition d’une nouvelle immédiateté de la crise et de la maladie : les crises sociales ont l’apparence de crises individuelles, et il devient quasiment impossible de les appréhender dans leur composante sociale.

Pour beaucoup de gens, les symboles conventionnels de succès (revenus, carrière, statut social) ne suffisent plus désormais à satisfaire de besoins nouveaux, comme le besoin de trouver sa voie ou de s’affirmer, le désir d’une vie pleine. La conséquence est que les gens s’enfoncent de plus en plus dans le labyrinthe du doute personnel et de la remise en cause personnelle, qu’ils ne cessent d’avoir besoin de se rassurer d’eux-mêmes.

39/ Une caractéristique de la crise actuelle est l’augmentation vertigineuse des dettes souveraines, c’est-à-dire de l’endettement des Etats du centre de l’économie mondiale. Les Etats n’ont plus les moyens financiers de leurs politiques. Il s’agit là d’une donnée structurelle, et non pas seulement passagère. Les Etats sont placés devant deux obligations contradictoires : d’une part, consolider les finances publiques, ce qui doit leur permettre notamment d’emprunter à des taux d’intérêt plus bas que le taux actuel, la réduction des déficits et de la dette étant imposée par le marché. De l’autre, continuer à procurer à leurs populations des niveaux élevés d’investissement public dans l’éducation, la santé, les retraites, les attentes des populations en termes de bien-être ne cessant d’augmenter. C’est pourquoi, en période de taux de croissance bas, le capitalisme et la démocratie ne sont plus compatibles pour longtemps.

40/ L’assurance est une pièce centrale du capitalisme. Le capitalisme est un système ambivalent. D’un côté, il est instable, car il génère de l’innovation, de la mondialisation, de la lutte des classes et des processus qui exercent un effet corrosif sur l’ordre social. D’un autre côté, le capitalisme requiert de la stabilité, sans laquelle l’investissement ou la construction de marchés rentables seraient inconcevables. L’assurance permet de concilier l’instabilité et la stabilité. Celle-ci permet la prise de risques financiers, tout en protégeant l’investissement lorsqu’elle tourne mal.

41/ Du fait de la crise fiscale qu’ils traversent, les Etats sont de moins en moins capables d’assumer le coût assurantiel des catastrophes climatiques par des moyens conventionnels, c’est-à-dire principalement par l’impôt. Ils le seront d’autant moins que le nombre et la puissance de ces catastrophes iront en augmentant, du fait du changement climatique. C’est là le point de fusion de la crise écologique et de la crise financière. La crise fiscale de l’Etat est donc étroitement liée à la crise environnementale. La crise fiscale de l’Etat conduit à emprunter de plus en plus sur les marchés financiers, afin de financer ses dépenses et investissements et de rétablir fictivement l’équilibre de ses comptes. C’est l’une des causes de la financiarisation du capital.

42/ La financiarisation et la guerre : ce sont les deux solutions que le capitalisme applique à la situation de crise environnementale qu’il traverse et à l’aggravation des inégalités qu’il engendre. La financiarisation, en générant des titres de créance et apportant ainsi du capital fictif, permet de reporter dans le temps, et donc d’atténuer provisoirement, les coûts des catastrophes inhérentes à la production capitaliste. C’est l’essor de la « finance environnementale ». Les produits financiers visent à amortir ou gérer les turbulences économiques et sociales qui découlent de la crise écologique. Ils ont également pour objectif d’en tirer profit. La guerre est quant à elle le fruit des inévitables conflits que génèrent périodiquement les inégalités et les catastrophes. L’amenuisement des opportunités de profit, la nécessité d’assurer le contrôle sur l’extraction et la circulation des ressources, mais aussi l’accroissement de la contestation du système tendent à conférer à la conflictualité politique un caractère plus aigu : surcroît de catastrophes naturelles, raréfaction de certaines ressources, crises alimentaires, déstabilisation des pôles et des océans, « réfugiés climatiques » par dizaine de millions à l’horizon 2050 : autant de facteurs qui annoncent des conflits armés d’un nouveau genre, auxquels se préparent aujourd’hui les militaires. En détruisant du capital, la guerre permet aussi de relancer l’accumulation sur de nouvelles bases.

43/ Le moteur de l’individualisation et de l’inégalité tourne à plein régime, et il est donc impossible de dire comment l’on pourra mettre en place de nouvelles conditions d’existence sociale durables comparables à ce qu’était l’infrastructure des classes sociales. Au contraire, il est vraisemblable qu’au cours des années à venir, pour lutter contre le chômage et relancer la croissance économique, les politiques recourront à des « innovations » sociales et technologiques qui accentueront d’autant les processus d’individualisation et d’inégalité. Cela est vrai de la flexibilisation du marché du travail, et en particulier de l’introduction de nouveaux types de régulation du temps de travail, mais cela est vrai également de l’introduction de nouveaux médias d’information et de communication.

On se trouve à un étrange stade intermédiaire dans lequel les inégalités persistantes, voire croissantes, coïncident avec certains éléments caractéristiques d’une société post classes, détraditionalisée et individualisée.

La logique de la performance individuelle progresse, de sorte que l’on peut penser qu’à l’avenir, la société de la performance, avec toutes ses capacités de pseudo-légitimation des inégalités sociales, déploiera pleinement sa logique.

44/ Les principaux bénéficiaires de la civilisation du capital sont ceux qui disposent des moyens d’y échapper. Partir des zones dégradées par le capitalisme et aliénées du monde moderne pour aller dans des endroits préservés avec une nature authentique.

45/ L’esclavage n’est pas un phénomène d’un autre âge, que la logique du capital aurait définitivement surpassé. Il est l’une des matrices de la civilisation industrielle dans laquelle nous évoluons. A ce titre, le type de rapports sociaux qui s’y développe, comme la domination et la soumission, conditionne encore les sociétés actuelles. L’esclave réalise la médiation entre la nature, une industrie branchée sur les marchés internationaux, un système social, une idéologie raciste et un cadre légal. Il représente la forme de propriété la plus importante au plan de sa valeur financière.

L’esclavage direct est le pivot de notre industrialisation contemporaine autant que les machines, les crédits, etc. Sans esclavage il n’y a pas de matière première et sans matière première il n’y a pas d’industrie moderne. C’est l’esclavage qui a donné de la valeur aux colonies ; ce sont les colonies qui ont créé le commerce mondial ; c’est le commerce mondial qui est la condition sine qua non de l’industrie mécanisée à grande échelle.

Les nouveaux esclaves sont les sous-humains ou les machines obéissantes travaillant pour des conglomérats privés dans un système capitaliste du toujours plus. L’agriculture artificielle permettra d’éviter la famine en cas de destruction des écosystèmes. Détenus par des conglomérats privés, l’agriculture artificielle, l’intelligence artificielle, la robotique, la biotechnologie avec le clonage les rendront riches et puissants.

46/ La privatisation de la nature a permis la construction d’une société capitaliste. La France est le lieu d’une construction sociale et coloniale de la nature. Ce contrôle passe par la mise en œuvre d’une véritable politique d’endiguement à l’égard de la paysannerie et de son accès libre à ces ressources. Or l’enjeu n’est pas seulement militaire, il est également économique. Il s’agit en effet de transformer les ressources naturelles en propriété privée, autrement dit de les marchandiser. Les autorités souhaitent mettre un terme à l’appropriation « illégale » des ressources par la population, grâce à la distinction du privé et du public et son application du droit de propriété. L’importance quantitative du vol de bois dans les forêts par les paysans, attestée par les statistiques judiciaires de l’époque, illustre à la fois la vigueur des pratiques coutumières du droit d’usage et la pénalisation croissante de ces pratiques par la société capitaliste en formation. La question de la nature et de ses usages se trouve au cœur de la construction moderne du privé et du public, c'est-à-dire de la consolidation de la propriété capitaliste.

47/ La probabilité que le changement climatique survienne est très grande, ses premières conséquences peuvent même être observées dès à présent. A supposer même que les pays industrialisées décident d’agir, les effets de leurs actions ne se feraient ressentir que dans quelques années ou décennies. A la différence de l’attaque nucléaire, les conséquences de la crise écologique sont difficiles à évaluer. Il est certain qu’elles ne seront pas distribuées de façon homogène, c’est-à-dire qu’elles n’affecteront pas tous les continents de la même façon. Même si les destructions qu’elle occasionne peuvent concerner des régions entières, une attaque nucléaire survient dans un espace-temps donné. Le changement climatique, lui est progressif. Plus précisément, certains de ses aspects, comme la fonte des glaces ou le réchauffement des températures sont graduels. D’autres, comme les ouragans ou les sécheresses, sont au contraire bornés dans l’espace et le temps. Forte probabilité et conséquences difficiles à estimer caractérisent donc la logique du changement climatique.

C'est pourquoi, avec de la pédagogie, il ne faut pas parler d'environnement comme d'un enjeu extérieur. Ce n'est pas un problème à part des problèmes de société. L'environnement est un enjeu sociétal et sanitaire qui implique une changement de société, une évolution et qui impacte la vie des gens, de leurs enfants et de leur avenir.

48/ Une partie significative de la population demeure exclue de la démocratisation d’accès à la nature. Pour les plus pauvres et les moins blancs, l’environnement est au mieux une notion abstraite, au pire un argument employé par les pouvoirs publics pour détourner l’attention de leurs problèmes. L’obsession de la population pour l’environnement a détourné l’attention des problèmes sociaux au sein de la société.

49/ Des groupes dominants de la société pensent que les problèmes environnementaux et écologiques s’opposent aux revendications des minorités ethniques et du mouvement ouvrier. En ce sens, ces personnes  dominantes veulent accorder la priorité à l’environnement au détriment du respect des droits sociaux des minorités.

La nature et l’expérience de classe sont indissociables. Les impérialistes occidentaux les ont exportées tout au long du XXe siècle de par le monde. Des organisations telles que le WWF ont diffusé le modèle américain des parcs naturels, en alliance plus ou moins étroite avec les élites des pays concernés, en Asie et en Afrique notamment. L’installation de ces parcs naturels s’est souvent faite sans égard pour les populations locales, le plus souvent pauvres et sans influence politique. Les populations indiennes des Etats-Unis sont confrontées à des problèmes environnementaux de grande ampleur : pollution, pénurie d’eau et de combustible, érosion des sols, sécheresse, etc. Avec le changement climatique, ces problèmes ne cessent de s’accroître. Mais ils n’entrent pas dans le champ des préoccupations environnementalistes légitimes. L’implantation de ce modèle s’appuie sur une longue histoire d’écologie coloniale ou d’impérialisme vert. C’est ce qu’illustre le cas du Kenya. Des politiques de conservation de la nature sont introduites dans ce pays par les Britanniques dès la fin du XIXe siècle. Elles reçoivent l’appui d’associations impériales privées, telles que la Société pour la préservation de la faune de l’Empire – devenu depuis Fauna and Flora International – dès le début du XXe siècle. Ces politiques entrent fréquemment en conflit avec les intérêts des populations locales. Elles empêchent par exemple le développement agricole de certaines régions, au détriment du bien-être des populations, réservant de vastes territoires à la chasse ou au safari.

Le néomalthusianisme, qui caractérise des pans importants du mouvement environnementaliste des années 1960, préconise un contrôle drastique des naissances, c’est-à-dire, comme chez Malthus lui-même, des naissances dans les classes sociales les plus basses et les minorités. C’est l’une des explications de la rupture qui s’installe, dès l’origine, entre le mouvement environnementaliste et le mouvement des droits civiques. Dès cette époque, un lien est également établi entre immigration et dégradation de l’environnement, la lutte contre la première se faisant notamment au nom de la préservation du second. Dans les perspectives néomalthusiennes, l’opposition n’est donc pas entre une nature intacte au centre et une nature dégradée dans les périphéries. La corruption atteint le centre lui-même, en ce que l’on y trouve des populations dont la natalité et l’impact sur l’environnement doivent être vigoureusement encadrés par l’Etat.

50/ Dans notre société, la légitimité de l’environnement est supérieure à la légitimité de la santé. Les milieux protégés ou les espaces naturels sont sanctuarisés, alors que les impacts sanitaires sur les populations sont moins pris en compte lors des choix décisionnels. Les avis sanitaires sont relégués en arrière plan. Les usines polluantes sont davantage placées proche des zones urbaies pauvres que dans les zones protégées environnementales.

La participation et la consultation du public sont inscrites dans la réglementation environnementale et donc obligatoires dans les projets ayant un impact sur l’environnement, mais pas pour les projets ayant un impact sanitaire.

La légitimité économique est supérieure à la légitimité de l’environnement qui est supérieure à la légitimité sanitaire et sociale.

51/ Il existe un lien fort entre le racisme et l’écologie profonde. La blancheur est l’antonyme de la saleté et de l’obscurité, elle est synonyme de pureté. Cette pureté caractérise non seulement les classes dominantes blanches et leurs quartiers, mais également la nature, qui est leur espace privilégié. Comme le dit John Muir, le fondateur du Sierra Club, grande association écologiste, « rien de véritablement sauvage n’est impure », l’impureté étant un mal né dans la civilisation, en ville. La nature sauvage et la blancheur sont  deux catégories qui se soutiennent l’une et l’autre. La nature états-unienne n’est pure que dans la mesure où ce groupe sale et sombre par excellence que sont les Amérindiens en a été extirpé. En même temps que les Noirs mais selon des modalités différentes, ceux-ci sont les grands exclus de la nature en voie de construction à cette époque. Cette exclusion par le massacre ou le placement dans des réserves est une condition pour que des touristes blancs de classes moyennes et supérieures puissent expérimenter l’authenticité des rivières, canyons, forêts, montagnes, animaux sauvages, etc. Les colonies puis les pays du tiers monde sont d’une part perçus par les occidentaux comme l’anti état sauvage par excellence, c’est-à-dire comme sujets à la surpopulation, aux famines, à la guerre civile et à la dégradation environnementale. Lorsqu’ils sont vidés de leurs occupants, comme dans les parcs naturels, déserts, jungles et autres lieux supposés vierges, ces espaces sont au contraire connotés positivement.

52/ Les ressources que renferment les colonies, puis les postcolonies, sont mises à contribution pour les besoins économiques et militaires des empires. L’impérialisme suppose la connaissance des ressources disponibles, ce qui explique qu’il ait été producteur de savoirs nouveaux – en botanique, géologie, anthropologie… - tout au long de l’époque moderne. Il implique aussi d’être à même de planifier le renouvellement et la circulation de ces ressources, notamment des colonies vers les métropoles. La gestion du bois, des minerais et de l’eau notamment est déterminante sur le plan militaire. D’où l’idée avancée par certains historiens selon laquelle l’écologie, et même le concept moderne de nature, trouve l’une de ses origines dans la colonisation et, plus précisément, dans le contrôle de la nature des régions colonisées. Ce contrôle suppose de soustraire ces ressources des mains des autochtones, ce qui explique les discours paternalistes affirmant leur incapacité à en prendre soin. Les impérialismes écologique et culturel trouvent ici leur point de fusion.

53/ Les syndicats peuvent être contre les associations environnementalistes car les premières choisissent la croissance avant la nature. Cette rupture entre les deux types d’organisation est révélatrice d’une division qui a structuré le champ politique du XXe siècle. Aux syndicats, la défense des emplois et de l’industrie qui les procure, à l’exclusion parfois d’autres préoccupations, comme la sécurité des riverains ou des salariés eux-mêmes. Aux associations environnementales et leurs alliés, la lutte contre les pollutions, les risques industriels et autres effets néfastes générés par la production économique. Le syndicalisme s’est historiquement construit sur la croyance en les effets bénéfiques du développement des forces productives et en ses conséquences positives sur la condition salariale. En 1946, au sortir de la guerre, le syndicat CGT consacre un document à la relance de l’appareil productif du pays dans lequel figure, connotée positivement, l’idée d’asservir la nature au service de cette relance.

54/ Concernant les droits environnementaux et sanitaires, la réglementation est beaucoup plus sévère en population générale que dans le milieu du travail. La rigidification de la distinction entre le travail et le « hors travail » a été déterminante en donnant la priorité à l’économie en ce qui concerne le travail, et la priorité à la santé en ce qui concerne le « hors travail ». Cette distinction a induit une coupure nette entre, d’un côté, les syndicats, dont l’objet est le travail et, de l’autre, les associations environnementales et sanitaires, dont le domaine de prédilection est le « hors travail » ou la société civile, sous-entendu le travail ne relève pas de cette dernière. Il faut réfléchir aujourd’hui au niveau du cadre de vie, qui n’est pas seulement le hors travail. Le cadre de vie permet de penser le lien entre le travail et le hors travail, de mettre en question la séparation entre eux, de considérer l’individu autrement que sous le seul aspect du salariat. Il suppose un affaiblissement relatif de cette distinction.

55/ Une production agricole déclinante, les migrations vers les zones urbaines, et la dépression économique dans des régions fortement affectées par la rareté donnent souvent lieu à des difficultés, et ces difficultés augmentent le plus souvent les demandes envers l’Etat. Simultanément, la rareté peut interférer avec les revenus de l’Etat en réduisant la productivité et donc les impôts. La rareté environnementale conduit donc à une augmentation des demandes de la société envers l’Etat et en même temps fait décliner la capacité de ce dernier à y répondre.

D’un côté, la pénurie des ressources et la multiplication des catastrophes naturelles mettent la production la production agricole sous tension, suscitant davantage de pauvreté et donc de sollicitation envers l’Etat. De l’autre côté, cette tension diminue les moyens dont dispose ce dernier, puisqu’elle diminue les recettes fiscales et donc sa capacité à intervenir efficacement. Plus la part du secteur agricole est importante dans le PIB du pays considéré, plus celui-ci est affecté par ce double mouvement. Et la crise est d’autant plus dévastatrice que l’Etat qui y est confronté est déjà fragile. On observe donc une sorte de circulation spatio-temporelle de la crise ; une crise environnementale se transforme en crise agricole, qui donne lieu à un exode rural, qui augmente la pression sur les services publics et le marché du travail en contexte urbain, processus susceptible de favoriser dans certaines conditions la violence collective.

On estime à l’heure actuelle à 25 millions le nombre de réfugiés climatique dans le monde. Les prévisions divergent sur les perspectives d’avenir, mais certains analystes prévoient entre 50 et 200 millions de réfugiés de ce type à l’horizon 2050.

56/ Pour venir à bout de leurs problèmes sociaux et défendre une éthique, les gens n’ont pas le choix que de se réunir dans des nouveaux groupes temporaires formés par des alliances d’intérêts. Ils doivent continuer à former des coalitions sociales et politiques. Mais ces coalitions ne doivent plus obéir à un schéma, par exemple le schéma de classes. Pour rompre sur le plan social et politique l’isolement des existences individuelles autonomes, il faut recourir aux évènements et aux évolutions les plus diverses. Ainsi, les alliances conclues sont ponctuelles, spécifiques à une situation ou à un thème donné, extrêmement fluctuantes. Elles impliquent les groupes les plus différents, provenant des univers les plus différents, et se défont comme elles se sont faites. Les coalitions sont des alliances d’intérêts liées à des situations et à des personnes données, conclues dans le cadre d’une lutte existentielle individuelle sur les différents champs de bataille sociaux.

Les nouveaux groupes de contestation luttent contre la modernisation, le progrès, l’industrialisation et la financiarisation de la vie. L’irruption et la prise de conscience de ces contradictions (libération aux traditions et dépendance au marché du travail) contribuent à l’apparition de nouvelles communautés socioculturelles. On voit se forger des initiatives citoyennes et des mouvements sociaux en réponse aux risques et aux menaces liées à la modernisation. On assiste à l’élaboration de nouvelles communautés qui ont souvent pour origine une protestation commune contre l’ingérence administrative ou industrielle dans la sphère privé. Elles déploient alors toute leur force agressive. Les nouveaux mouvements sociaux sont l’expression de nouvelles situations de menace propres à la société du risque.

C’est désormais à partir de nous que s’ouvrent les trouées et les brèches à travers lesquelles notre poison se répand sur le globe terrestre, transformant la nature tout entière en un cloaque pour l’homme. Nous sommes devenus un plus grand danger pour la nature que celle-ci ne l’était autrefois pour nous. C’est nous qui constituons le danger dont nous sommes actuellement cernés et contre lequel nous devons désormais lutter.

Hans Jonas

Il existe une ségrégation sociospatiale, conduisant à une double ou triple peine les habitants des quartiers urbains les plus pauvres, appartenant fréquemment à des minorités discriminées, qui cumulent non seulement la privatisation matérielle, mais aussi le confinement dans des environnements insalubres, associés à un surcroît d’expositions toxiques.

Le manque d’équité se traduit par des expressions d’injustice, telle que la vivent des populations dans leurs lieux de vie et non en fonction d’une norme quelconque, comme l’égalité. Il s’agit d’un jugement, une évaluation comparative, portant sur la situation de chacun dans une société inégalitaire.

 

Le monde est devenu complexe, car il est le résultat des activités et des décisions humaines. Tout ce qui arrive est donc influencé par la logique et la conscience de la société humaine qui la produit. Si les gens de la société sont racistes alors la société est raciste et produit de l’exclusion et de la persécution.

Les iniquités de santé, socialement déterminées, sont attribuables à des arrangements sociopolitiques et, de ce fait, sont évitables.

L’environnement et la santé sont devenus des phénomènes et expériences sociaux à l’époque où la majeur de la population vit en ville et vit à travers la mondialisation.

Dans un monde de plus en plus inégalitaire, il faut constamment réfléchir aux équités sanitaire, environnementale et sociale qui sont liées entre elles. Toute décision peut influencer positivement et négativement la santé.

Pour lutter contre l’iniquité, la première action devrait être la régulation du marché, qui généralement adopte les voies de moindre résistance et reproduit les conceptions dominantes en confinant ceux qui ont le moins d’influence sur leurs choix (ceux privés de pouvoir) à des environnements plus dégradés (les seuls à la portée de leur moyen) et moins favorables à la santé. La réponse logique serait de mettre en place des mécanismes de redistribution sous la responsabilité des pouvoirs publics.

La deuxième action serait d’impliquer les personnes dans les décisions, en sortant de la croyance que les pouvoirs publics avec leurs experts prennent de meilleures décisions sans prendre la peine de bien connaître et comprendre l’expérience vécue par les habitants dans ces quartiers. Les habitants ont la capacité de prendre en main leur cadre de vie. Cette implication dans le changement d’habitude est bien plus efficace sur la santé que les injonctions habituelles de la santé publique qui croit avoir une influence sur les comportements individuels.

 

Augmentation de la qualité, augmentation de l’accessibilité, augmentation de l’autonomie, augmentation de la capacité d’adaptation et de la résilience, augmentation de l’équité : tous ces facteurs concourent à une meilleure santé.

 

On ne peut plus arrêter le réchauffement climatique, on ne peut que diminuer les vulnérabilités des sociétés en augmentant leur adaptation et leur résilience, pour réduire les inégalités face aux risques du réchauffement climatique sur les sociétés. Il est nécessaire de caractériser les impacts sanitaires et environnementaux, de caractériser les vulnérabilités de la société et de caractériser sa résilience, sa capacité adaptative et sa résistance.

Le changement climatique amplifie tous les risques.

 

La logique financière (profit, densification, rentabilité) n’a pas favorisé la vision ergonomique et systémique dans l’analyse des enjeux, qui favorise le bien-être et la santé dans la société.

 

Le ministère de la santé pèse peu au niveau de la santé environnementale, car il n’y a pas d’industrie de la santé environnementale qui rapport de l’argent.

La stratégie est de rentrer par le thème santé pour poser des questions de la dégradation de l’environnement.

Il n’existe pas d’outil de planification avec une visée réglementaire sur les déterminants de santé environnementale. Le plan national santé environnement est une déclaration de bonnes intentions.

 

L’équité consiste à développer les capacités, les moyens et les compétences des personnes plus faibles pour qu’elles soient outillées comme les plus forts à faire face aux obstacles, aux difficultés et aux risques.

Toute la réflexion de la politique de santé publique en France se fonde à partir des données suivantes :

  • Augmentation de l’espérance de vie
  • Augmentation de la population âgée de plus de 60 ans
  • Augmentation des maladies chroniques et de longue durée
  • Augmentation des inégalités sociales et géographiques
  • Nombre moyen d’années de vie en mauvaise santé élevé
  • Augmentation des coûts des techniques de soin modernes
  • Diminution des finances de l’Etat
  • Augmentation des dépenses de santé
  • Les risques environnementaux sont multiples et à faible dose avec des impacts sur le long terme
  • Les risques infectieux dont la vitesse de propagation s’est accélérée
  • Sédentarité
  • Concentration urbaine
  • Globalisation des échanges
  • Réchauffement climatique
  • Appauvrissement des ressources

 

Les facteurs qui poussent le développement de la prévention: l'augmentation de la prise en charge par les assurances privées, les restrictions budgétaires de l'Etat, la rationalisation des coûts de l'Etat, la baisse du profit, la pression sur la valeur capitaliste, l'augmentation des coûts de production, l'exode rural, l'augmentation urbaine, la saturation des déchets, l'épuisement de la nature, les différents scandales et crises sanitaires, les directives européennes, l'augmentation de l'espérance de vie, l'augmentation des maladies de longue durée, l'augmentation des inégalités de santé, le niveau élevé de connaissance de la population via les modes de communication, la production massive des risques par la société, les connaissances scientifiques suffisantes, la pression de l'opinion publique, la demande de bien-être des populations, le changement de vision de la santé vu aujourd’hui comme un investissement et un capital augmentant la productivité, l'augmentation des coûts des catastrophes, la privatisation du service publique, la financiarisation de l'environnement, la capacité de quantification des incertitudes, le transfert des coûts et des responsabilités de l'Etat vers l'individu et le secteur privé.

 

Il existe dans la santé publique une dimension sociale avec le respect des droits civiques, qui n’existe pas dans la santé environnementale. La santé publique s’intéresse aux pauvres et aux minorités, alors que la santé environnementale s’intéresse à la protection de l’environnement contre la pollution, et en particulier des lieux « sauvages ». En effet pour la santé environnementale, les problèmes environnementaux prennent place dans la nature sauvage, supposée intacte, détruite ou souillée par l’homme. La santé environnementale s’intéresse donc d’abord à la nature avant de s’intéresser à l’homme, à l’inverse la santé publique s’intéresse d’abord à l’homme avant la nature. On peut dire que la santé environnementale s’occupe de la nature, tandis que la santé publique s’occupe du social. Ce qui réconcilie la santé publique et la santé environnementale est la justice environnementale, puisqu’elle permet de faire appliquer la politique de protection de la nature tout en respectant les droits des personnes.

Face aux catastrophes sanitaires, l’Etat devient responsable de son ignorance et coupable de son absence de précaution.

La distribution du risque au sein de la population, plus que la mesure du risque, doit guider l’action.

Le principe éthique doit gouverner la gestion des risques, en prenant en compte et en respectant les droits fondamentaux des plus faibles.

La profusion des informations accessibles rend plus que nécessaire la référence à un cadre formalisé d’analyse et de traitements des connaissances.

Photo d'un robot (source: https://www.objetconnecte.com/wp-content/uploads/2015/10/robotique-enjeux-futur-robot-humain.jpg)

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L’homme, malgré toute la grandeur de son ingéniosité illimitée, est encore petit comparé aux éléments naturels. C’est cela qui donne toute son audace à ses incursions dans ces éléments et ce qui permet à la nature de tolérer son impertinence.

Avant, toutes les libertés que l’homme prenait, laissaient inchangée la nature englobante du règne des éléments et ne diminuaient pas leurs forces créatrices. L’homme ne leur faisait pas vraiment mal lorsqu’il découpait son petit royaume dans leur grand royaume. Les éléments perduraient alors que les entreprises de l’homme étaient éphémères. Tout ceci valait parce qu’avant notre époque, les interventions de l’homme dans la nature étaient de nature superficielle et sans pouvoir d’en perturber l’équilibre. La vie se déroulait entre ce qui demeure et ce qui change : ce qui demeure, ce fut la nature ; ce qui change, ce furent les œuvres de l’homme.

On serait tenté de croire que la vocation de l’homme consiste dans la progression, à un perpétuel dépassement de soi, vers des choses toujours plus grandes. La réussite d’une domination maximale sur les choses et sur l’homme lui-même semblerait être l’accomplissement de sa vocation.

Dans cette optique, la technologie reçoit une signification éthique par la place centrale qu’elle occupe désormais dans la vie subjective des fins humaines. Sa création cumulative, à savoir l’environnement artificiel, renforce par un perpétuel effet rétroactif les forces qui l’ont engendrée. Cet effet,  accompagné par la récompense et l’orgueil, nourrit la prédominance croissante d’un des côtés de la nature humaine sur tous les autres et il le fait inévitablement à leurs dépens. Quels que soient les autres éléments qui font partie de la plénitude de l’homme, ils sont dépassés en prestige par le rayonnement de l’extension de son pouvoir et ainsi cette extension, dans la mesure où elle rattache toujours davantage de forces de l’homme à son entreprise, s’accompagne d’un rétrécissement du concept que l’homme a de lui-même ainsi que de son être.

La cité des hommes, jadis une enclave à l’intérieur du monde non humain, se répand sur la totalité de la nature terrestre et usurpe sa place. La différence de l’artificiel et du naturel a disparu, le naturel a été englouti par la sphère de l’artificiel. En même temps, les œuvres de l’homme devenues monde, en agissant sur lui-même et par lui-même, engendre une nouvelle espèce de nature, à laquelle la liberté humaine se trouve confrontée en un sens nouveau.

 

Aujourd’hui, la question d’un endommagement définitif de l’intégrité de la nature en sa totalité se pose. La technique moderne a introduit des actions d’un ordre de grandeur tellement nouveau, avec des objets tellement inédits et des conséquences tellement inédites, que le cadre de l’éthique antérieur ne peut plus les contenir. L’éthique doit dépasser une vision centrée sur l’homme et l’instant immédiat pour s’élargir à une vision prenant en compte la nature, le monde dans sa globalité et les répercussions des actes à long terme.

Nous devons être responsables car nous avons du pouvoir sur la nature. L’éthique doit enseigner le contrôle de soi toujours plus nécessaire de notre pouvoir excessif. Elle doit prendre en considération la condition globale de la vie humaine, l’avenir lointain et l’existence de l’espèce elle-même. Il s’agit de chercher non seulement le bien humain mais également le bien des extra-humains.

La soumission de la nature destinée au bonheur humain a entrainé, par la démesure de son succès, la soumission de l’homme. Nous sommes les architectes de la société à venir.  Il ne nous appartient déjà plus d’enrayer le progrès technologique, même si nous le voulons. Ce qui nous appartient en revanche, c’est la conscience que nous sommes d’ores et déjà pris en otage de cet avenir que nous faisons exister.

Si la sphère de la production a investi l’espace de l’action de l’homme, alors la moralité doit investir la sphère du produire dont elle s’est tenue éloignée autrefois, et elle doit le faire sous la forme de la politique publique. Jamais dans le passé la politique publique n’avait eu affaire à des questions de cette ampleur et recouvrant de telles latitudes de l’anticipation projective. En effet, l’essence transformée de l’action humaine modifie l’essence fondamentale de la politique.

 

La société moderne est en manque de valeur.

C’est pourquoi, la technique réclame une éthique qui, par des entraves librement consenties, empêche le pouvoir de l’homme à devenir une malédiction pour lui. Les nouvelles obligations de l’homme correspondent aux pouvoirs nouveaux de l’homme. La responsabilité doit être l’éthique de la civilisation technologique. La nature et l’homme doivent être l’objet de responsabilité.

Etre responsable signifie accepter d’être pris en otage par ce qu’il y a de plus fragile et de plus menacé. L’éthique se concentre sur la qualité morale de l’acte, dans lequel on doit respecter le droit du prochain qui partage notre vie. Il s’agit de préserver et de protéger la vie de tout ce qui apparait comme essentiellement fragile et menacé, que ce soient les générations futures, non encore nées, ou la nature elle-même.

L’enjeu ne concerne pas seulement la survie de l’homme mais aussi son intégrité. L’éthique doit regarder l’un et l’autre : l’éthique de la sagacité (discernement et compréhension) et l’éthique du respect (considération et dignité). La conscience doit franchir le pas de la crainte vers la responsabilité pour l’avenir menacé dans une urgence croissante. Nous devons être disponible à ces préoccupations et y apporter une réponse.

 

Si tout le monde a le droit à une durée de vie indéterminé, a-t-on le droit de barrer la place des jeunes en occupant les postes ?

Il est clair qu’à l’échelle démographique, le prix pour une extension de l’âge est un ralentissement proportionnel du nombre de naissance, autrement dit, un apport moindre de vie nouvelle. Le résultat serait une proportion décroissante de jeunes dans une population de plus en plus âgée.

En éliminant la mort, nous devons également éliminer la procréation car cette dernière est la réponse de la vie à la première (la mort) et ainsi nous aurions un monde composé de vieux mais sans jeunes et un monde d’individus déjà connus, sans la surprise de ceux qui n’ont encore jamais existé. Mais peut-être est-ce précisément la sagesse de la loi sévère de notre mortalité qu’elle nous offre la promesse toujours renouvelée, contenue dans l’initialité, dans l’immédiateté et dans l’ardeur de la jeunesse, en même temps que l’apport permanent d’altérité en tant que telle. Jamais l’expérience ne peut reconquérir le privilège unique de voir le monde pour la première fois et avec des yeux nouveaux, jamais elle ne peut revivre l’étonnement, qui est le commencement de la philosophie. Ce perpétuel recommencement qu’il est possible d’obtenir au prise du perpétuel achèvement, peut très bien être l’espoir. De l’humanité, la protection qui l’empêche de sombrer dans l’ennui et dans la routine, sa chance de conserver la spontanéité de la vie.

Peut-être chacun de nous a-t-il un besoin d’une limite de notre attente de vie pour nous inciter à compter nos jours et à faire en sorte qu’ils comptent.

Il se pourrait que ce qui dans son intention est un cadeau philanthropique (allongement de la durée de vie) que la science fait à l’homme, la réalisation d’un désir nourri depuis des temps immémoriaux, tourne au désavantage de de l’homme.

Etant donné que nous vivons aujourd’hui en permanence à l’ombre d’un utopisme non voulu, automatique, nous sommes perpétuellement confrontés à des perspectives finales dont le choix exige une suprême sagesse – une situation impossible pour l’homme comme tel, parce qu’il ne possède pas cette sagesse, et en particulier impossible pour l’homme contemporain, qui nie l’existence même de son objet, à savoir l’existence d’une valeur absolue et d’une vérité objective. La sagesse nous est le plus nécessaire précisément alors que nous y croyons le moins.

Si la nature inédite de notre agir réclame une éthique de la responsabilité à long terme, comparable à la portée de notre pouvoir, alors elle réclame également au nom même de cette responsabilité un nouveau type d’humilité : face au potentiel de nos processus techniques, la méconnaissance des effets devient elle-même la raison d’une retenue responsable.

Le gouvernement est incapable de rendre justice face à ces nouvelles possibilités de destruction  en suivant ses principes ordinaires et ses procédures ordinaires. Car ces principes et ces procédures permettent seulement à des intérêts actuels de se faire entendre et de faire sentir leur poids et d’exiger d’être pris en considération. C’est à eux que les autorités publiques ont des comptes à rendre et c’est de cette manière que le respect des droits se réalise concrètement. Or, l’avenir n’est représenté par aucun groupement, il n’est pas une force qu’on puisse jeter dans la balance. Ce qui n’existe pas n’a pas de lobby et ceux qui ne sont pas encore nés sont sans pouvoir : c’est pourquoi les comptes qu’on leur doit ne sont pas encore adossés à une réalité politique dans le processus actuel de décision et quand ils peuvent les réclamer, nous, les responsables, nous ne sommes pas là.

Le pouvoir catastrophique des nouvelles techniques a aboli la neutralité morale de la science et de la technique, dont ils jouissait autrefois avec la matière.

Au constat que l’accélération du développement alimenté technologiquement ne laisse plus le temps pour des corrections automatiques s’ajoute le constat que, pendant le temps que nous avons à notre disposition, la correction devient de plus en plus difficile et la liberté pour la faire diminue continuellement. Cela renforce l’obligation de veiller aux commencements, accordant la priorité aux possibilités de malheur fondées de manière suffisamment sérieuse par rapport aux espérances. Le plus grand pessimisme est du côté de ceux qui tiennent le donné pour non valable pour accepter n’importe quel risque au nom de son amélioration potentielle.

 

Nous savons ce qui est en jeu quand nous savons que le risque existe.

Nous devons être guidés par l’anticipation de la menace elle-même. Seule la prévision des risques nous fournit les clefs qui permettent de nous en prémunir.

Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre.

Agis de façon que les effets de ton action ne soient pas destructeurs pour la possibilité future d’une telle vie.

Ne compromets pas les conditions pour la survie indéfinie de l’humanité sur terre.

Inclus dans ton choix actuel l’intégrité future de l’homme comme objet secondaire de ton vouloir.

Nous n’avons pas le droit de choisir le non-être des générations futures à cause de l’être de la génération actuelle et nous n’avons pas le droit de le risquer. Nous avons une obligation à l’égard de ce qui n’existe pas encore.

On n’a pas le droit de parier sur quelque chose qui ne nous appartient pas. L’enchevêtrement indissociable des affaires humaines rend absolument inévitable que mon affection affecte le destin des autres, de sorte que risquer ce qui est mien est toujours déjà risquer quelque chose qui appartient à d’autres, sur quoi à proprement parler je n’ai pas de droit.

Déterminer quel degré d’action qui peut être tolérer par la conscience éthique, c'est-à-dire jusqu’où nous pouvons aller dans l’endommagement ou simplement la mise en danger, c’est à chaque fois une tâche relevant de la responsabilité et cela ne peut pas être arrêté en sa généralité par la doctrine des principes.

Même dans le but de sauver la nation, l’homme politique n’a pas le droit d’utiliser un moyen qui pourrait détruire l’humanité. L’existence de l’homme ne doit pas être mise en jeu.

L’éthique de la responsabilité doit être indépendante d’un droit et de l’idée de réciprocité. L’avenir n’a ni à respecter nos droits, ni à jouer en notre faveur.

 

Veiller à être une humanité véritable est notre obligation fondamentale à l’égard de l’avenir de l’humanité.

Le premier principe d’une éthique du futur ne se trouve pas lui-même dans l’éthique en tant que doctrine du faire (dont font partie toutes les obligations à l’égard des générations futures), mais dans la métaphysique en tant que doctrine de l’être, dont l’idée de l’homme forme une partie.

L’éthique ne peut plus s’arrêter à l’anthropocentrisme brutal qui caractérise l’éthique traditionnelle, en particulier l’éthique grecque-juive-chrétienne de l’occident.

Les possibilités apocalyptiques contenues dans la technologie moderne nous ont appris que l’exclusivisme anthropocentrique pourrait bien être un préjugé et qu’en tout cas il a besoin d’être réexaminé.

Comment réagira une population urbanisée, dont l’activité implique de multiple dépendance (électricité, informatique, électromagnétisme, transport, approvisionnement) dont l’économie est organisée en flux tendus, dans laquelle l’individualisme est devenu une valeur dominante avec une omniprésence des médias et un éloignement de la maladie et de la mort qui fait que tout décès prématuré un objet d’indignation et de scandale ?

Seule une régulation publique forte peut contrer la raison économique.

La logique du capital est aveugle et sans limite. Livrée à elle-même, elle tire profit des ressources à sa disposition jusqu'à l'épuiser. Elle est incapable de gérer les effets néfastes du processus productif: pollutions, épuisement des stocks, atteinte à la santé, crises économiques, conflits... Pour cela, il y a l'Etat. En régulant l'accès aux ressources et en prenant en charge les conséquences négatives du développement, celui-ci œuvre en faveur des intérêts de long terme des classes dominantes et permet que la nature puisse être exploitée durablement.

 

Il faut défaire le triptyque que forment le capitalisme, la nature et l'Etat et empêcher que ce dernier œuvre en faveur des intérêts du capital, en créant des mouvements sociaux en faveur de la justice environnementale, des droits civiques et des droits sociaux.

Tandis que les dangers classiques suivent une stratification sociale claire, intangible, assez facile à prévoir, les nouveaux risques concernent autant les riches que les pauvres. Toute la représentation des risques s’en trouve bouleversée.

Les sociétés modernes vivent actuellement une transition épidémiologique. Cette période est caractérisée par une amélioration de l'hygiène, de l'alimentation, de l’organisation des services de soins, ainsi que par l'augmentation de l'espérance de vie et par une transformation des causes de décès: les maladies infectieuses disparaissant progressivement au profit des maladies chroniques et dégénératives. Les maladies prioritaires à fort impact sur la santé sont: les cancers, les maladies cardiovasculaires, les maladies respiratoires et les maladies neurologiques.

La mortalité régresse mais se transforme en morbidité (vie avec maladie ou mauvaise santé). La morbidité est à l’origine d’un coût économique très important. La question des maladies chroniques est un phénomène d’intérêt mondial, qui touche les pays développés et en voie de développement. Le rapport maladies chroniques non infectieuses / maladies infectieuses va atteindre 88% en 2030, c'est-à-dire que 4 maladies sur 5 seront chroniques non infectieuses.

 

Le meilleur indicateur est l’évolution des affections de longue durée (ALD) entre 1990 et 2015:

  • 124% d’augmentation des maladies cardiovasculaires ;
  • 102% d’augmentation des cancers ;
  • 240% d’augmentation du diabète ;
  • 71% d’augmentation d’affections psychiatriques.

Il existe une énorme croissance de l’autisme : aux Etats-Unis, on est passé d’un cas sur 5000 à un cas sur 68.

Les données relatives à l’accident vasculaire cérébral (AVC) montrent que cette maladie touche des populations de plus en plus jeunes.

 

Le cancer du sein touche en priorité les femmes des milieux les plus favorisés – contrairement aux autres maladies qui sont associés au degré de pauvreté-. Aux Etats-Unis, les catégories les plus exposées sont les libraires, les journalistes et les avocates. Aujourd’hui en France, 12 000 femmes décèdent d’un cancer du sein et 50 000 femmes sont touchées chaque année, soit une femme sur 8, alors que pour leur mère, une femme sur 16 était confrontée à ce risque.

Le coût moyen des ALD est passé de 3,7 milliard d’euros à 9 milliard d’euros en 20 ans, générant un surcoût, entre 1994 et 2013, en tenant compte du changement démographique, de 64 milliard d’euros. Les coûts de la santé sont les coûts externes les plus importants.

Si la mortalité infantile est en baisse dans le monde, les enfants des familles les plus pauvres ont un risque deux fois plus élevé de mourir avant 5 ans que ceux des foyers les plus aisés. La précarité prédispose à de nombreuses maladies physiques et mentales (complications de la prématurité, malnutrition, maladies infectieuses…), qui sont potentiellement d’autant plus sévères qu’elles se conjuguent à un moins bon accès aux soins. Par ailleurs, les neurosciences montrent que les difficultés matérielles nuisent au développement cérébral dès le plus jeune âge.

Beaucoup de grandes maladies et d’atteintes fonctionnelles, dont la prévalence a augmenté substantiellement au cours des 40 dernières années, apparaissent être liées pour partie à des facteurs de développement consécutifs à des déséquilibres nutritionnels et des expositions environnementales aux substances chimiques : obésité, diabète, hypertension, maladie cardio-vasculaire, asthme et allergie, maladies immunes et auto-immunes, maladies neuro-développementales et neuro-dégénératives, puberté précoce et infertilité, les cancers hormonodépendants, ostéoporose, dépression, schizophrénie et sarcopénie.

En 2012, près de 56 millions d’humains sont décédés dans le monde. 620 000 du fait de violences humaines, soit 120 000 dans des guerres et 500 000 dans des homicides. Alors qu’ils sont 1.5 million à être morts d’un diabète.

Il est nécessaire de comprendre l’importance de la période de gestation dans le développement de ces maladies. La déclaration d’endocrine society a insisté sur l’importance du rôle des perturbateurs endocriniens dans la réponse non linéaire, avec des effets à faible dose principalement pendant la phase de développement. La période de la grossesse est la période critique en relation avec toutes les maladies évoquées.

Les principaux perturbateurs endocriniens sont : le bisphénol A, les pesticides, les polluants organiques persistants telles que les PCB, les polybromés et les dioxines.

Une intervention pour la protection de la santé pendant la gestation induit une réduction substantielle du risque de maladies pendant toute la vie, sachant que la contribution de la génétique est faible.

La priorité de la santé publique doit être donnée à la protection de la gestation. L’enjeu de repenser la politique de santé publique, c’est de la repenser autour de la protection de la gestation.

En protégeant la santé – parce que les maladies ne sont pas uniquement à partir de la gestation, mais la gestation est la période déterminante-, on a des possibilités d’action à diminuer ces maladies.

Observer froidement, gérer les choses calmement, sécuriser ses positions, dissimuler ses capacités, attendre son heure, faire les choses là où c'est possible.

Photo d'une décharge (source: https://cdnfr2.img.sputniknews.com/images/102759/37/1027593721.jpg)

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Si nous ne vivons pas dans un monde plus dangereux qu'auparavant, le risque est désormais beaucoup plus qu'une menace : il détermine notre action. A une logique de la répartition des richesses a succédé une logique de la répartition des risques : contrainte dès lors de poser continuellement la question de ses propres fondements, la « société du risque » fait de l'avenir la question du présent.

La division du monde se fera entre ceux qui sont exposés aux risques et ceux qui en profitent, entre ceux qui définissent les risques et ceux qui les subissent. La recherche d’équité et de justice permettra de trouver des solutions durables aux nombreux conflits sociaux.

La science et la technique ont fait reculer les risques courants usuels. Il semble toutefois que nous soyons entrés dans l’ère des risques du second type. Les risques du second type (pollutions, perturbation de l’écosystème) semblent le fruit amer du progrès technique, l’effet pervers de nos victoires avec l’augmentation de cancers, des maladies émergentes et multifactorielles. La menace venait hier de la Nature contre l’humanité. Elle semble venir maintenant de l’humanité contre l’humanité et contre la Nature, principalement par le biais d’une tension non résolue entre développement technique et nature.

Il n’existe aujourd’hui aucune institution, ni réelle ni même simplement concevable, qui soit préparée au « plus grand accident raisonnablement prévisible », aucune institution, par conséquent, qui puisse, à cette fin des fins, garantir l’ordre social et la constitution culturelle et politique.
La stabilité politique dans les sociétés du risque ne tient qu’à cette autre stabilité : se donner des raisons de ne pas envisager le problème, de le nier.
Dans sa course au refoulement des risques majeurs, on ne peut plus nier le « risque résiduel », alors on s’emploie à gagner un coup d’avance en décrédibilisant les solutions concurrentes.
En fin de compte, s’il existe un contre-pouvoir au monde techno-industriel, ce n’est pas du côté des militants qu’il faut le chercher. Le fer de lance de l’opposition de la technique réside dans l’industrie technique elle-même, qui se décrédibilise à chaque catastrophe.

Notre société connaît mieux le risque. Elle l’étudie froidement, d’une manière scientifique rigoureuse. Elle le mesure, l’évalue, en précise la probabilité. Mais elle ne le maîtrise jamais tout à fait. Notre société cherche à gérer le risque et laisse entendre qu’une bonne gestion est la seule réponse efficace, logique et scientifique pour faire face aux nombreux dangers qui nous assaillent. Mais la pollution, l’accident, la catastrophe et l’œuvre possible d’un fou interdisent ce bel optimisme. Alors le savant devient responsable de son ignorance, coupable d’une absence de précautions.

Les incertitudes scientifiques mettent en portent-à-faux les discours rassurants qui perdent de leur crédibilité.

Les signaux faibles précurseurs ou annonciateurs de la crise, qui ne sont pas pris en compte par les responsables, décrédibilisent les actions des décideurs à répondre aux enjeux des risques.

De la définition du problème à résoudre découle en grande partie des solutions.

Photo de poches de sang (source: http://img.bfmtv.com/c/1256/708/bfm/734708.jpg)

Photo de poches de sang (source: http://img.bfmtv.com/c/1256/708/bfm/734708.jpg)

La société se partage entre ceux qui nient le danger tant qu’il n’est pas prouvé et ceux qui refusent d’avancer tant qu’il n’est pas écarter.

Les crises font toujours payer le passé, les installations mal entretenues et l’insuffisante préparation.

Les crises révèlent souvent la complaisance des autorités à l’égard d’intérêts économiques, attisant la méfiance à l’égard des décideurs et des experts.
Elles sont juridiciarisées, la crise éclatant à l’occasion de plaintes pénales, même si, les procédures pénales s’avèrent souvent mal adaptées pour sanctionner les négligences ou l’absence d’intelligence des situations par les autorités publiques. Elles ont enfin un coût pour les finances publiques, du fait de la mise en place des procédures d’indemnisation.

Face à la gestion des risques, les décideurs sont hésitants et dans l’inaction, avec la crainte de ne pas disposer de certitudes absolues ou de gêner des activités économiques.

Les décideurs restent, afin de ne pas heurter l’opinion, dans une logique sécuritaire avec des arguments arrogants, alors qu’il faudrait plutôt faire prendre conscience à la population de la complexité de la question et décider en restant vigilant.

Mieux vaut donner la conscience du risque à la population que l’anesthésier pour s’en prévenir.

La protection de la population impose une planification de qualité, la définition d’un cadre d’autorité, des outils, des procédures, des dispositifs d’alerte et une politique de prévention qui tiennent compte des réalités économiques et sociales.

Photo de la pollution de l'air (source: https://vertmongre.files.wordpress.com/2013/06/une-pollution-inc3a9dite-empoisonne-l_air-de-pc3a9kin-1.jpg)

Photo de la pollution de l'air (source: https://vertmongre.files.wordpress.com/2013/06/une-pollution-inc3a9dite-empoisonne-l_air-de-pc3a9kin-1.jpg)

Les responsables ne sont pas plus à l’abri de sanctions pénales si une absence de décision de leur part a eu des conséquences pour la santé qui auraient pu être évitées.

Face à l’incapacité à répondre aux enjeux sanitaires, le système scientifico-politique n’a pas d’autre choix que de se muer en protecteur et légitimateur des risques, en banalisant leur expansion. Il cherche des boucs émissaires, qu’ils trouvent dans les lanceurs d’alerte qui sont désignés coupables parce qu’ils révèlent l’existence des risques.

La gestion des risques mise en place par les pouvoirs publics est un défi pour la démocratie, car les atteintes peuvent aller jusqu’à légitimer des atteintes à la liberté sous couvert d’actes de prévention et de protection. Le pire serait la mise en place d’une dictature sanitaire, expression de la faiblesse de l’Etat qui ne saurait pas gérer les risques.

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, un repli ­sécuritaire et souverainiste semble avoir levé un tabou : il légitime jusqu’à la torture aux Etats-Unis et déclenche un peu partout une spirale répressive qui semble accompagner une dérive sans fin de l’Etat de droit.

Photo de lucioles (source: http://s1.lprs1.fr/images/2015/10/26/5220447_lucioles2.jpg)

Photo de lucioles (source: http://s1.lprs1.fr/images/2015/10/26/5220447_lucioles2.jpg)

La science devient de plus en plus nécessaire, mais de moins en moins suffisante à l’élaboration d’une définition socialement établie de la vérité.

La perte de confiance dans le système scientifique n’est pas à chercher dans l’irrationalité supposée de la population mais plutôt dans l’impuissance de la rationalité scientifique à répondre à l’expansion des menaces et des risques.

L’augmentation des risques n’est pas le symptôme d’un archaïsme mais le signe d’une modernité tournée vers le progrès technique. Les effets induits par les nouvelles techniques que les sociétés ont mis en place se retournent contre elles à plus long terme.

Face à l’augmentation des risques, les sociétés promettent de plus en plus de sécurité. Cependant, l’augmentation de sécurité n’arrive pas à limiter l’expansion des risques et leur potentiel catastrophique, provoquant l’apparition de crises de la population. Les crises sont constitutives des sociétés devenues de plus en plus vulnérables.

Photo d'une centrale nucléaire (source: https://www.edf.fr/sites/default/files/contrib/groupe-edf/espaces-dedies/espace-pedagogie/home/quiz/179493.JPG)

Photo d'une centrale nucléaire (source: https://www.edf.fr/sites/default/files/contrib/groupe-edf/espaces-dedies/espace-pedagogie/home/quiz/179493.JPG)

En comptant constamment sur davantage de connaissances pour avancer, nous ne faisons que remettre à demain la confrontation au défaut du savoir : le savoir le plus exhaustif ne donne ni des opinions propres pour pouvoir décider, ni des jugements.

La décision de mobiliser en priorité des ressources pour tel ou tel problème lié à notre environnement ou aux autres déterminants de santé d'une population ne saurait être technique: elle est d'abord politique.

La science ne peut libérer l’être humain. Ce qui libère, c’est la sagesse.

Une civilisation qui crée trop de connaissances et pas assez de sagesse est vouée à l’extinction.

Dans le modèle de la précaution, la responsabilité augmente, mais il s’agit de responsabilité individuelle. Plus précisément, de la responsabilité de celui est qui est position de savoir. L’un décide, l’autre subit. L’un sait et possède le pouvoir. L’autre ne sait pas, ressent la peur, se sent menacé.

Le principe de précaution se doit d'intégrer des principes de justice et de solidarité pour sortir de l'individualité et rendre la prise de risque plus éthique et donc plus équitable.

Photo d'une centrale nucléaire ( source: https://energie-nucleaire.net/media/historia_energia_nuclear/central_nuclear_calder_hall.jpg)

Photo d'une centrale nucléaire ( source: https://energie-nucleaire.net/media/historia_energia_nuclear/central_nuclear_calder_hall.jpg)

Pour instaurer la gestion du risque, il faut donc éviter de s’engouffrer dans la science seulement, c’est-à-dire dans les seules techniques de la prédictibilité, et constamment intégrer les savoirs à une pratique sociale (sociologie et psychologie) qui reconnaisse à chaque acteur une légitimité et un intérêt dans les décisions relatives au risque.

L’idéologie de l’évaluation du risque laisserait sous-entendre que le calcul le plus méticuleux possible suffit à dicter la route à suivre. Or, les valeurs personnelles, sociales, économiques et culturelles peuvent influencer l’évaluation en la tronquant et orienter la gestion. La question ultime de la gestion du risque semble être celle de l’équité, c’est-à-dire un traitement adapté et individualisé en acceptant les différences des personnes pour parvenir à un résultat juste, équilibré et satisfaisant pour les différentes parties. Mais l’équité, qui n’est pas l’égalité, renvoie nécessairement à la construction du lien social, et donc aux processus et aux échanges grâce auxquels chaque personne s’inscrit dans un milieu social et ratifie la place qu’elle y occupe ainsi que les responsabilités qu’elle y assume.

Procédure claire, cadrée, globale, rigoureuse, intégrative, pluridisciplinaire et transparente. Effectivité (application réelle). Evaluation inconvénients/avantages de la totalité des risques assumés. Autorité légitime et crédible. Prudence et principe de précaution. Instaurer un dialogue social et agir en partenaire. Toutes les personnes doivent être responsables et éthiques. Décision équitable de distribution des risques avec des compensations. Equité procédurale et sens éthique du décideur. Respect des droits fondamentaux des plus faibles dans la légitimité de l’action pour le bien commun. Nécessité de négociations ou de processus juridiques et administratifs qui détermineront la mesure juste dans une situation donnée. Renforcement de la civilité (reconstruction du sens et de la responsabilité). Vaincre la peur et gérer l’inconnu. Créer un lien fort entre toutes les parties, de partage, de confiance, d’attention, de bienveillance, de compréhension, de solidarité, de conscience que tout est lié, de dépendance des uns des autres, de communauté de destin.

Dans le cas de la gestion du risque, l’enjeu n’est pas d’abord la scientificité de la mesure mais la distribution des risques.

Dans la gestion des risques, ce qui est en jeu est surtout la qualité du lien social dans la société, c'est-à-dire la distance qui nous sépare les uns des autres.

La gestion du risque ne repose pas d’abord sur la quantification et la mesure du risque, par ailleurs indispensables, mais sur la qualité du lien social que la gestion met à l’épreuve. Par ailleurs, la gestion du risque n’est qu’une des facettes d’une question plus large, plus complexe, plus troublante, qui est celle de la peur.

L’expert accepte de reconnaître ses choix de valeurs, et l’incertitude et les limites de son savoir. Il consent à entendre l’inquiétude des gens, leurs préoccupations, et leurs opinions non comme des réalités absurdes et naïves à réfuter, mais comme de vraies questions portées en commun. Cette interrelation peut rétablir le climat de confiance, qui est la clé ultime de toute communication, et permettre d’amorcer la recherche de solutions convenables.

Les victimes peuvent faire valoir leurs droits si les règles du jeu sont claires et les mêmes pour tout le monde, si elles savent où et quand intervenir, si elles peuvent interagir à leur tour. A défaut de cela, l’équité ne reste qu’un objet de protestation.

L’acceptabilité du risque dépend en majeur parti de sa distribution, s’il est choisi ou subi, du processus de gestion mis en place par les autorités pour tenter de le réduire, de la confiance de la population envers les décideurs, de la qualité du lien social entre les autorités et la population et la cohésion de la société.

Photo de stockage de produits pétroliers (source: http://petrole-et-gaz.fr/wp-content/uploads/2015/09/ABB-Karsto-process-facility_High.jpg)

Photo de stockage de produits pétroliers (source: http://petrole-et-gaz.fr/wp-content/uploads/2015/09/ABB-Karsto-process-facility_High.jpg)

Pour le gestionnaire, gérer le risque est souvent une décision. Mais cette décision n’a de sens que si l’entreprise reconnaît et assume sa responsabilité sociale. Il nous faut donc revenir à la façon dont l’entreprise comprend et assume ses responsabilités face à l’environnement biophysique et social. La gestion du risque révèle l’image de la société que nous véhiculons. D’où le double défi qui nous attend : gérer le risque, vaincre la peur et assumer ses responsabilités.

Il y a toujours un principe de commune appartenance et un principe de dissemblance : c’est à travers des justifications et des épreuves que s’instaure et se légitime un ordre social, lequel ne peut survivre que s’il profite à tous, que s’il est pour tous un bien commun. C’est le bien commun qui permet d’inscrire la question de l’équité et de guider la gestion du risque. Le bien commun n’est pas réductible au profit et à son calcul. Il suppose la reconnaissance inaliénable des droits de chaque personne et postule, en cas de nécessité pour le bien commun, une négociation avec les personnes appelées à porter les inconvénients des projets, dans le cadre de risques raisonnables. La justice doit s’établir sur deux principes : un principe d’identité qui confère à chaque citoyen un droit égal au système de libertés, et un principe de différence qui tolère l’inégalité à la condition que cette inégalité soit à l’avantage de chacun. La justice doit juger à partir du principe de maximin, c'est-à-dire pour le bénéfice et le traitement juste des plus faibles.

L’équité consiste à donner des chances adaptées aux différences des individus pour réaliser leur potentiel et réussir leur projet. C'est un principe d'universalisme proportionné.

L’équité consiste à la distribution différenciée des politiques publiques, avec des bénéfices des interventions plus importants pour les personnes ou zones les plus à risque.

La dimension de dialogue est particulièrement importante dans le domaine de la gestion du risque. Les experts et le public ne perçoivent pas les risques de la même manière. Or le gestionnaire du risque doit gérer à la fois le risque lui-même et sa perception. On ne peut gérer la perception qu’en instaurant un espace de dialogue, ce que les procédures formelles, de type juridique, ne favorisent pas.

Notre société a peur du côté sombre de sa technique et de sa science, comme elle a peur du cancer qui ressemble à un mal de civilisation. Mais à tout prendre, elle préfère avoir peur que de changer ou de renoncer à ses acquis.

Ce qui protège contre la peur excessive et paralysante, c’est la possibilité d’en débattre ouvertement et la capacité de soumettre la gestion de la peur à la discussion éthique.

Le débat n’est pas entre présence ou absence de risque, mais sur son niveau, sa justification et l’équité de sa distribution.

Photo de cheminée d'usine (source: http://images.vedura.fr/environnement/climat/cheminees-usine-rejetant-gaz-effet-serre+3202003.jpg)

Photo de cheminée d'usine (source: http://images.vedura.fr/environnement/climat/cheminees-usine-rejetant-gaz-effet-serre+3202003.jpg)

Des interventions en santé environnementale peuvent augmenter les inégalités environnementales si l’équité de la distribution des risques n’est pas prise en compte.

Les inégalités environnementales ne peuvent pas être résolues sans prendre en compte les apports des sciences sociales et le savoir-faire des acteurs locaux.

Les risques qui font le moins peurs sont ceux qui sont individuels, maîtrisables et aisément réductibles. Les risques les plus socialement acceptables sont ceux qui sont connus, observables, à effet immédiat et équitablement distribués dans la population.

Photo de cigarettes (source: http://www.caminteresse.fr/wp-content/uploads/2012/10/tabac-604.jpg)

Photo de cigarettes (source: http://www.caminteresse.fr/wp-content/uploads/2012/10/tabac-604.jpg)

Doit-on gérer des risques réels ou simplement s’occuper de la peur des gens ? Il n’y a qu’une réponse nette à une semblable question. Un gestionnaire doit faire l’un et l’autre : gérer les risques réels et gérer les risques perçus ou appréhendés. Il n’y a pas une démarcation absolue entre les risques supposément objectifs mesurés par les experts et les risques perçus par les citoyens. Les risques mesurés par l’expert sont les risques appréhendés par lui et s’inscrivant dans son ordre de rationalité. La perception des gens prend racine dans des réalités liées aux caractéristiques du risque, à la culture du milieu et à l’inscription sociale des gens.

Le risque et la peur sont deux réalités distinctes mais inter-reliées. Ce sont les deux faces d’une même pièce. Le risque se situe du côté objectif, s’inscrivant dans un ordre de probabilité plus ou moins déchiffrable. La peur se situe davantage du côté subjectif, où se tient la personne qui fait face à un danger.

Il nous faut mieux distinguer risque et peur. Il nous faut gérer le risque et il nous faut apprendre à vaincre la peur. La gestion du risque dépasse considérablement l’étude des dangers et les calculs des probabilités. Ces connaissances, indispensables et essentielles aujourd’hui, ne suffisent pas. La gestion du risque renvoie principalement à l’équité plus qu’à la mesure du risque et elle interdit au savant de renoncer à sa responsabilité. Est-ce que cette gestion du risque est équitable ? Pourtant la gestion du risque n‘évacue pas la peur. Elle la circonscrit et l’encadre.
Pendant que nous essayons de gérer froidement le risque en disant aux citoyennes et citoyens que les risques sont faibles, sinon irréels et que leurs peurs sont absurdes, il est bien possible que, dans la psyché occidentale, la peur couve sur la cendre, sous la forme d’une culpabilité refoulée et d’une fuite vers l’irrationnel, dans le désabusement à l’égard des autorités.
Si notre société devait succomber à la peur, elle risquerait de le faire par l’instauration d’une nouvelle culture de la peur. La route est bien courte qui mène de la peur à la terreur. La tentation de l’exclusion semble grande actuellement, l’exclusion du pauvre, de l’étranger, du laissé pour compte, illustrée par la dualisation de la société et par des attitudes politiques plus rigides.
C’est collectivement qu’il nous appartient d’apprendre à vaincre la peur. Nous ne le ferons pas sans nous être donné des raisons de vivre, de souffrir et d’aimer. Nous ne le ferons pas non plus sans apprendre à regarder la vie en face, dans ses laideurs comme dans ses beautés. Nous n’y parviendrons surtout pas sans l’instauration de processus démocratiques et multidirectionnels de participation politique.
Simonne Monet-Chartrand disait que, devant l’orage, nous avons peur. Pour vaincre cette peur, il faut un brin de courage pour regarder l’éclair en face et s’émerveiller de sa beauté. Il faut aussi d’autres personnes à qui raconter la métamorphose. La peur se change alors en force. C’est cette citation qu’il nous faut raconter devant les risques de notre temps, à la fois pour mieux gérer le risque dans l’équité et apprendre ensemble à vaincre notre peur, cette peur qui vient moins de la force et de la violence de nos techniques que de la distance qui nous sépare les uns des autres et nous fait voir autrui sous la figure du Malin. Si par ailleurs, les risques deviennent démesurés, c’est l’axe du progrès qu’il faut changer. D’où l’importance pour notre temps d’une vertu qui s’appelle la précaution.

Photo d'un vaccin (source: http://i.cbc.ca/1.2629898.1417037101!/fileImage/httpImage/image.jpg_gen/derivatives/16x9_620/vaccine-stock.jpg)

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Le propos doit être éthique, c’est-à-dire de nature à identifier les valeurs et les principes, à éclairer l’action et à proposer certains critères de décision.
Les facteurs clés de la perception de risque sont évidemment l’exposition volontaire et le sentiment d’équité.

Pour dénouer les situations, il faudrait constituer un discours de sagesse qui intégrerait l’angoisse, la peur, le risque et la fatalité, dans une conscience renouvelée de l’irrémédiable et du possible. Le débat doit être destiné à toute la société, pour forcer cette dernière à prendre des décisions sur des risques spécifiques qui émergent au gré des évènements et des projets. Le débat emprunte l’espace politique et se transpose sur le plan de la justice et de l’équité. L’épreuve ne porte plus alors sur le risque en soi, sur sa quantification, sa mesure et sa parade, ce dont on pourrait parler à l’infini, mais sur la légitimité des acteurs et sur le lien social qui les rattache les uns aux autres. C’est par le biais de l’exclusion et de l’inclusion que la question du risque se dénoue.

La clé d’assumer des risques imposés semble résider dans la construction d’un bien commun, défini comme communauté juridique et politique.

A cause de l’inégalité de la répartition de l’argent, du pouvoir et des connaissances, la gestion des risques doit être régulée par l’Etat.

Il fait être exemplaire, dire clairement ce que l'on veut et faire ce que l’on dit : c'est la clé de la crédibilité.

L’antagonisme doit céder la place à la réciprocité.

Une catastrophe représente une part de destin, une imprévisibilité totale. Nul n’y est prêt immédiatement. Mais au-delà de la surprise, c’est la culture profonde des systèmes et des hommes qui joue, leur qualité éthique intrinsèque. A cet égard, des outils trop perfectionnés pour gérer les crises risqueraient de déresponsabiliser encore plus les acteurs, les rendraient indifférents aux circonstances de la crise. En vérité, la capacité de réagir correctement à la crise, d’une manière compétente et responsable, semble prendre racine dans une préparation profonde qui suppose chez le responsable une conscience élargie de sa responsabilité et un doute sur soi-même, un sentiment de la faillibilité de soi et de la technique qui permettent d’affronter l’imprévu. Cela tend à vouloir dire que plus on gère des techniques à risque, moins on peut se réfugier derrière le sentiment de sécurité de l’infaillibilité de la technique et plus on doit en entrevoir l’éventuelle fragilité. La peur de soi demeure à cet égard une vertu hautement moderne.

Photo de fourmis (source: http://www.lapausejardin.fr/sites/lapausejardin.fr/files/user-files/article/inline-images/05-16/153464980.jpg)

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Il est certain que l’ébranlement des systèmes moraux établis et le recul du réseau familial d’une part, et les bouleversements majeurs de nos sociétés d’autre part, sans oublier la critique marxiste du marché et du capitalisme, et la crise de crédibilité de nombre d’acteurs traditionnels, tout cela a contribué à rendre la société socialement , éthiquement et économiquement fragile.

Si j’ignore l’impact négatif de mon comportement sur les autres, n’est-ce pas parce que je suis attaché à une catégorie de société tellement éloignée des autres. L’objectif est de retisser des liens sociaux de qualité par des processus équitables, de dialogue, de confiance, de responsabilité, de compréhension mutuelle, d’écoute, de respect et de dignité. Il est nécessaire de développer le sentiment d’appartenance commune à un peuple, à un monde, à un univers, à une famille, à une même destinée. Nous ne sommes pas détachés des autres, car tout est lié. Ne pas séparer mais unifier. Nous sommes tenus d’articuler notre civilité en dépassant notre seule appartenance à notre milieu.

Le citoyen entre dans le champ de l’éthique lorsqu’il cesse de simplement considérer la société comme une entité morale abstraite, un mécanisme dans un monde régi par les seules lois du marché, et qu’il la comprend comme un réseau de personnes responsables au sein desquelles lui-même s’insère comme personne imputable. La question d’éthique est celle du rapport de la personne à la société. Ce questionnement ne peut ni ne doit se confiner à une simple liste de lois, règlements et normes à respecter vaille que vaille, ce qui serait à la limite trop simple et trop facile. On comprend bien qu’il n’y a pas de gestion responsable du risque ni de démarche prudente à l’égard des catastrophes s’il n’y a pas, préalablement, la perception d’une responsabilité à l’égard de l’environnement et d’une appartenance commune au même biotope et, plus spécifiquement, la conscience d’un lien avec la société globale où l’on s’inscrit.

Photo d'une dahlia (source: http://media.gerbeaud.net/2014/03/640/dahlia-decoratif-camelia-maree-bleue.jpg)

Photo d'une dahlia (source: http://media.gerbeaud.net/2014/03/640/dahlia-decoratif-camelia-maree-bleue.jpg)

La gestion du risque dépend : du niveau du risque, de sa justification, de sa distribution, de la reconnaissance des personnes exposées au risque même faiblement. La gestion du risque doit être responsable, crédible, légitime, éthique, à la bonne échelle de décision, efficient, s’appuyant sur des preuves et faits scientifiques, analysant le problème dans sa globalité, avec des règles de gestion claires, explicites, transparentes et les mêmes pour tous, intégrant la prévention, la précaution et la pluralité de l’expertise, et agissant avec équité et solidarité.

La précaution consiste à tenir compte des impacts incertains. Même s’ils restent hypothétiques à ce jour, ils sont néanmoins susceptibles de menacer la santé des populations.

Si les risques individuels liés aux facteurs de l’environnement sont désormais faibles (principalement parce que les doses sont faibles), ce qui fait l’importance du problème de santé publique est la taille de la population exposée.

Nous sommes passés du déterminisme de santé (une cause entraîne un effet sanitaire), au probabilisme de santé (un faisceau de facteurs augmente la probabilité que survienne une maladie).

Le recours à des normes pour évaluer un risque ne peut constituer le seul repère d’évaluation des risques pour la décision, parce que le bien-fondé des normes est construit sur de nombreuses incertitudes pour des risques difficiles à identifier et à quantifier : absence de connaissances sur les nouveaux facteurs de risque, connaissances contradictoires sur les risques, causalité douteuse, relations et doses faibles, difficultés à reconstituer les niveaux d’exposition, manque de puissance statistique, multitude d’exposition simultanée à des substances, niveau de risque faible pour chaque individu, substance agissant sans seuil. C’est pourquoi, il est difficile de proposer des normes ayant un bien-fondé sanitaire. De fait, il existe peu de normes valides.

On dispose d’une capacité opérationnelle de capitaliser le savoir scientifique existant pour anticiper les impacts de nos décisions actuelles et quantifier le risque à l’avance. On ne peut gérer intelligemment que ce que l’on mesure.

Photo d'une usine (source: http://www.mnlienemann.fr/wp-content/uploads/2014/01/usine.jpg)

Photo d'une usine (source: http://www.mnlienemann.fr/wp-content/uploads/2014/01/usine.jpg)

La santé est un état de maintien de l’équilibre et de la viabilité de l'être humain et des écosystèmes qui l'environnent. La vitalité est défini par la force et la capacité d’un retour à l’équilibre à la suite d’une perturbation ou d'une pression sur l'écosystème.

La santé ne doit pas être définie par un taux de productivité et d'efficacité, qui valorise avant tout le bien-être de l'humain lié à une société matérialiste et individualiste. En effet, la santé ne correspond pas à un complet bien être physique, social et mental. La société actuelle valorise généralement les modifications de l’environnement dont le but est d’augmenter la productivité de la nature pour servir à court terme les besoins de l’humain.

La mise en place de bonnes pratiques de santé rentrent dans une logique productiviste.

La définition actuelle de la santé est centrée sur l’individu mais ne prend pas en compte l’équilibre de la population, basé sur la limitation des plus forts et les aides aux plus faibles, nécessaires pour la fondation d’une société durable, équitable, prospère et conviviale.

La santé n’est pas qu’une question de responsabilité individuelle.

 

Le processus du développement de la maladie ne repose d’abord pas sur la quantification et la mesure des anomalies de santé, par ailleurs indispensables, mais sur la qualité du lien psychologique que la maladie met à l’épreuve.

Le processus de guérison ne repose d’abord pas sur la quantification et la mesure des améliorations de santé, par ailleurs indispensables, mais sur la qualité du lien psychologique que la guérison met à l’épreuve.

Ce n’est pas l’état malade ou sain qui met à l’épreuve la qualité du lien psychologique, mais ce sont les processus de développement de la maladie et de guérison qui dépendent de la qualité du lien psychologique de la personne (fragilité psychologique, manque de volonté de guérir, complaisance dans son état de malade, problèmes psychologiques non résolus ou non acceptés).

 

La vie est une source de santé, mais cette énergie ne surgit que là où nous concentrons notre attention. Cette attention doit non seulement être mentale mais également émotionnelle, sexuelle et corporelle. Le pouvoir ne réside ni dans le passé ni dans le futur, sièges de la maladie. La santé se trouve ici et maintenant. Les mauvaises habitudes peuvent être instantanément abandonnées si nous cessons de nous identifier au passé. Le pouvoir du « maintenant » croît avec l’attention sensorielle. Il conduit les personnes à explorer le moment présent, à faire en sorte qu’il prenne conscience des couleurs, des lignes, des volumes, des tailles, des ombres, des espaces qu’il y a entre les objets. Il doit sentir chaque partie de son corps et les unir ensuite en un tout ; il doit changer sa respiration en plaisir, doit capter sa chaleur et son énergie dans et hors de lui, il doit comprendre qu’aimer, c’est être content de ce qu’on est et de ce que sont les autres. L’amour croît dans la mesure où la critique décroît. Tout est vivant, éveillé, et tout répond. Tout acquiert du pouvoir si la personne se le donne.

 

Examiner les difficultés d’une personne, c’est entrer dans l’atmosphère psychologique de son milieu familial. Nous sommes marqués par l’univers psychomental des nôtres. Par ses qualités, mais aussi ses idées folles, ses sentiments négatifs, ses désirs inhibés, ses actes destructifs. Le père et la mère projettent sur leur enfant tous les fantasmes. Ils veulent le voir réaliser ce qu’eux-mêmes n’ont pu vivre ou obtenir. Ainsi assumons-nous une personnalité qui n’est pas la nôtre, mais qui provient d’un ou plusieurs membres de notre entourage affectif. Naître dans une famille, c’est ainsi dire être possédé.

La gestation d’un être humain ne se réalise presque jamais de manière saine. Sur le fœtus influent les maladies et les névroses des parents. La manière dont nous sommes mis au monde, nous détourne de nous-mêmes pour toute notre vie. Et ces mauvais accouchements dépendent des problèmes émotionnels que nos parents ont eus avec nos grands-parents. Le mal se transmet de génération en génération : l’envoûté devient l’envoûteur, en projetant sur ses enfants ce qui fut projeté sur lui, à moins qu’une prise de conscience ne parvienne à rompre le cercle vicieux. Il ne faut pas craindre de plonger profondément en soi pour affronter la partie de l’être mal constituée, l’horreur de la non-réalisation, en faisant sauter l’obstacle généalogique qui se dresse devant nous comme une barrière et s’oppose au flux et reflux de la vie. Nous trouvons dans cette barrière les sédiments psychologiques amers de notre père et de notre mère, de nos grands-parents et arrière-grands-parents. Nous devons apprendre à ne plus nous identifier à l’arbre et à comprendre qu’il n’est pas dans le passé : au contraire, il vit, présent à l’intérieur de chacun de nous. Chaque fois que nous avons un problème qui nous paraît individuel, toute la famille est concernée. Au moment où nous en prenons conscience, d’une manière ou d’une autre la famille commence à évoluer. Pas seulement les vivants, mais également les morts. Le passé n’est pas inamovible. Il change en fonction de notre point de vue. Nous comprenons différemment les ancêtres que nous considérons comme odieusement coupables dès lors que notre mentalité change. Après leur avoir pardonné nous devons les honorer, c’est-à-dire les connaître, les analyser, les dissoudre, les refaire, les remercier, les aimer, pour voir enfin l’esprit en chacun d’eux. Tout ce que nous avons réalisé spirituellement, chacun de nos parents pourrait l’avoir fait. La responsabilité est immense. Une quelconque chute entraîne toute la famille, y compris les enfants à venir, pendant trois ou quatre générations. Les petits ne perçoivent pas le temps comme les adultes. Ce qui pour les grands se déroule en une heure, ils le vivent comme si ça avait duré des mois, et cela les marque pour toute leur vie. Une fois devenus adultes, nous avons tendance à reproduire les abus que nous avons subis pendant notre enfance sur les autres, ou encore sur nous-mêmes. Nous avons les abus sexuels, les abus intellectuels (bourrer l’esprit de l’enfant d’idées folles, de préjugés pervers, de racisme, etc.), les abus émotionnels (la privation d’amour, le mépris, les sarcasmes, les agressions verbales, les abus matériels (le manque d’espace, les changements abusifs de territoire, l’abandon vestimentaire, les erreurs dans l’alimentation, etc.), les abus de l’être (nos parents ne nous ont pas donné la possibilité de développer notre véritable personnalité, ils ont établi des plans en fonction de leur propre histoire familiale, nous ont créé un destin étranger, n’ont pas vu qui nous étions, ont fait de nous leur miroir, ont voulu que nous soyons autre ; ils attendaient un garçon et nous sommes né fille ou inversement ; ils ne nous ont pas laissé voir tout ce que nous voulions, ne nous ont pas laissé écouter certaines choses, ne nous ont pas laissé nous exprimer, nous ont donné une éducation qui consistait en l’implantation de limites).

L’histoire familiale est pleine de relations incestueuses, réprimés ou non ; de noyaux homosexuels, de sadomasochisme, de narcissisme, de névroses sociales qui tels un legs, se reproduisent de génération en génération.

 

L’arbre généalogique se comporte avec tous ses membres, comme un individu, un être vivant. On peut ajouter ou retirer une partie, et il reste ce qu’il est dans son essence.

L’inconscient n’est pas scientifique, il est artistique. Pour le comprendre, il faut entrer en lui comme dans un rêve. Il ne faut pas l’interpréter, il faut le vivre.

Nous devons faire la paix avec notre inconscient, ne pas se rendre indépendant de lui, mais en faire son allié. Si nous apprenons son langage, il se met à travailler pour nous. Si la famille qui se trouve en nous, ancrée dans notre mémoire enfantine, est la base de notre inconscient, nous devons alors considérer chaque parent comme un archétype. Nous devons lui accorder notre niveau de conscience, l’exalter, l’imaginer comme atteignant le meilleur de lui-même. Tout ce que nous lui donnons, nous nous le donnons à nous-mêmes. Ce que nous lui refusons, nous nous le refusons à nous-mêmes. Les personnages nuisibles nous devons les transformer par la compréhension, le pardon et la guérison. Nous devons faire que tous les parents et ancêtres se réalisent. Nous devons imaginer la perfection en chacun de nous. Nous devons conduire notre famille sur le bon chemin, les débarrasser de leurs besoins, de leurs désirs, de leurs émotions et de leurs pensées empoisonnées. Un arbre est jugé à ses fruits. Si le fruit est amer, l’arbre d’où il provient, même s’il est majestueux, est considéré comme mauvais. Si le fruit est doux, l’arbre tordu sur lequel il a été cueilli est considéré comme bon. Notre famille, passée, présente et future, constitue l’arbre. Nous sommes le fruit qui lui confère sa valeur.

 

Notre conscience peut dompter notre animalité, non pas en la réprimant, mais en lui donnant l’opportunité de réaliser des tâches sublimes. Vainquons la peur et plongeons en la perfection divine. Mettons nous au service de la construction, collaborons. Apprenons à utiliser nos verbes pour protéger les âmes. Dominons nos mots pour en enlever l’agressivité et les mettre au service de l’esprit. Abandonnons-nous et obéissons à la vie. Libérons-nous de nos formes mentales ankylosées. Parlons en poésie au monde. N’aspirons à rien de permanent. Construisons avec vaillance dans l’impermanence et le changement continu. Elevons nous au dessus de nos besoins, de nos désirs et de nos émotions pour connaître l’extase des idées pures. Comprenons que la vie est une merveille, apprenons à voir les miracles. Soyons être entièrement dans le présent et vigilant envers les distractions. Apprenons à respecter les objets, à les connaître en profondeur, en situant l’intérêt en eux et non en nous. Percevons que ce qui est en apparence inanimé peut nous obéir et nous enrichir.

Nous sommes des êtres mortels, mais nous devons apprendre comment mourir heureux.  Tout ce qui a commencé doit finir. Apprenons à mourir intérieurement pour pouvoir revivre. Etendons notre perception au delà de celle des autres, puis intégrons les à nous pour en faire notre.

 

Il n’y a pas un être ici et maintenant, car l’ici est tout l’espace, le maintenant est tout le temps et l’être la conscience totale. Etre, espace et temps sont une même chose.

La vie est un verbe, un mouvement, un élan qui crée les interactions et les liens. Ce n’est pas la vie, c’est vivre, ce n’est pas l’amour, c’est aimer.

Photo de roseaux (source: http://arcus.a.r.pic.centerblog.net/8813de78.jpg)

Photo de roseaux (source: http://arcus.a.r.pic.centerblog.net/8813de78.jpg)

La société des risques crée des risques, les institutionnalisent sans chercher vraiment à les éliminer.

Si l’espérance de vie s’accroit, c’est surtout grâce aux gains sanitaires obtenus dans les premières années de la vie. Cela ne doit pas faire illusion sur l’état de santé de l’ensemble de la population et ne préjuge pas des risques futurs.

Les actions préventives ont pour objectif de passer d’une logique de moyen à une logique de résultat, en essayant de résoudre les problèmes à la source, en élaborant des procédures, des traçabilités, une surveillance et des contrôles, et en rendant responsable les exploitants et les propriétaires des risques sanitaires.

Si l’administration a des devoirs envers l’usager, c’est d’abord le respect de ses droits fondamentaux.

Avec l’augmentation du nombre de personnes âgées, ce qui pèsera sur les coûts sera une espérance de vie élevée avec de nombreuses incapacités liées aux inégalités sociales et de risque, et des pratiques médicales de plus en plus techniques et chères. La seule solution pour diminuer les soins et les coûts face aux problèmes chroniques de santé est la mise en place d’une politique de prévention et de précaution.

La prévention permet d’augmenter la qualité de vie, d’augmenter la performance, de diminuer les coûts, de diminuer les vulnérabilités et de réduire la peur de la mort.

Trois notions indispensables et complémentaires de santé publique:

  • La prudence vise les risques avérés, ceux dont l'existence est démontrée ou connue empiriquement suffisamment à ce qu'on puisse en estimer la fréquence d'occurrence. Le fait d'être probabilisable rend le risque assurable. Exemples : l'utilisation de produits tels que l'amiante, jouer à la roulette russe, la consommation de vins et autres alcools, la cigarette.
  • La prévention vise les risques avérés, ceux dont l'existence est démontrée ou connue empiriquement sans toutefois qu'on puisse en estimer la fréquence d'occurrence. Exemples : le risque nucléaire, le risque de rupture de barrage. L'incertitude ne porte pas sur le risque, mais sur sa probabilité de réalisation. L'absence de probabilités rend le risque inassurable par l'industrie classique de l'assurance.
  • La précaution vise les risques dont ni l'ampleur ni la probabilité d'occurrence ne peuvent être calculés avec certitude, compte tenu des connaissances du moment. Exemples : les organismes génétiquement modifiés, les émissions des téléphones portables, la robotique, le génie génétique et les nanotechnologies.

 

La prévention primaire désigne l'ensemble des actes destinés à diminuer l'incidence d'une maladie ou d'un problème de santé, donc à réduire l'apparition des nouveaux cas dans une population saine par la diminution des causes et des facteurs de risque. L'OMS emploie aussi le terme de protection spécifique en tant qu'ensemble de mesures applicables à une maladie ou groupe de maladies pour en bloquer les causes avant qu'elles n'agissent sur l'homme ; en d'autres termes, pour empêcher la survenue de la maladie. En agissant en amont, avant l'apparition de la maladie et de ses symptômes, cette prévention empêche l'apparition de cette maladie. Elle utilise l'éducation pour la santé, la promotion de la santé, des mesures de salubrité, l'élimination de déchets, la distribution d'eau potable, la vaccination et l'information auprès de la population.

 

La prévention secondaire a pour but de diminuer la gravité et de déceler, à un stade précoce, des maladies qui n'ont pas pu être évitées par la prévention primaire. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) considère aussi la prévention secondaire comme un ensemble de mesures destinées à interrompre un processus morbide en cours pour prévenir de futures complications et séquelles, limiter les incapacités et éviter le décès.

Elle comprend tous les actes destinés à diminuer l’incidence d'une maladie dans une population donc à détecter une maladie avant l'apparition des symptômes, de façon à pouvoir intervenir pour ralentir ou arrêter sa progression. Elle permet de réduire la durée et la gravité d'évolution de la maladie. Si la prévention primaire intéresse les populations, la prévention secondaire vise plus particulièrement l'individu à haut risque et peut faire appel à l'intervention clinique en évitant la progression de la pathologie et des lésions.

La prévention secondaire est centrée sur le dépistage. Elle permet aussi, par un diagnostic précoce, d'intervenir rapidement afin d'appliquer un traitement à la suite de l'intervention clinique.

 

La prévention tertiaire désigne l'ensemble des moyens mis en œuvre pour éviter la survenue de complications et de rechutes des maladies.

Elle comprend :

  • tous les actes destinés à diminuer la prévalence des incapacités chroniques ou handicaps et l'incidence des rechutes,
  • toutes les activités cliniques menées après le diagnostic de la maladie et destinées à empêcher la détérioration de l’état du malade ou les complications1.

Cette conception étend la prévention au domaine de la réadaptation : elle cherche à favoriser la réinsertion professionnelle et sociale après la maladie.

 

La prévention quaternaire désigne initialement, en santé publique, l'ensemble des soins palliatifs auprès de malades qui ont dépassé le stade des soins curatifs et qui se trouvent en phase terminale. La prévention quaternaire inclut aussi l'accompagnement des mourants. Le terme soins palliatifs est cependant préférable et plus répandue.

Une autre définition, plus récente, de la prévention quaternaire la considère comme l'ensemble des actions menées pour identifier un patient ou une population à risque de surmédicalisation, le protéger d'interventions médicales invasives, et lui proposer des procédures de soins éthiquement et médicalement acceptables. La prévention quaternaire devient alors l'ensemble des activités de santé pour atténuer ou éviter les conséquences de l'intervention inutile ou excessive du système de santé. Dans cette définition, la prévention quaternaire se rapproche de la prévention de la iatrogénèse.

 

Le principe de précaution est un principe selon lequel l’absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l’adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l’environnement, à un coût économiquement acceptable.

Article 5 de la Charte de l’environnement : « Lorsque la réalisation d'un dommage, bien qu'incertaine en l'état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l'environnement, les autorités publiques veilleront, par application du principe de précaution, et dans leurs domaines d'attribution, à la mise en œuvre de procédures d'évaluation des risques et à l'adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage. »

Le principe de précaution tend à s’exprimer par un rapport coûts (sociaux, sanitaires, économiques) / bénéfices, qui réduit tous les choix en une valeur unique et se résume à une seule alternative: acceptable ou inacceptable, comprenant 3 critères: risques élevés ou bas, avec des conséquences réversibles ou irréversibles,  entraînant la mise en place de mesures à un prix payable ou non payable. La santé est inscrite dans un système de valeurs sociales et de prix.

Le principe de précaution peut également être traduit par un rapport entre la probabilité de déstabilisation liée à l’incertitude / la probabilité de stabilisation liée à l’action.

Le principe de précaution ne peut être invoqué que dans l'hypothèse d'un risque, il ne peut en aucun cas justifier une prise de décision arbitraire. Le recours au principe de précaution n'est donc justifié que lorsque trois conditions préalables sont remplies :

  • l'identification des effets potentiellement négatifs,
  • l'évaluation des données scientifiques disponibles,
  • l'étendue de l'incertitude scientifique.

Les mesures résultant du recours au principe de précaution peuvent prendre la forme d'une décision d'agir ou de ne pas agir. Lorsque agir sans attendre plus d'informations scientifiques semble la réponse appropriée, cette action peut prendre diverses formes : adoption d'actes juridiques susceptibles d'un contrôle juridictionnel, financement d'un programme de recherche, information du public quant aux effets négatifs d'un produit ou d'un procédé, etc.

Le principe de précaution prend en compte les attentes sociales et les peurs sur la base de l’acceptabilité du risque. Il intègre ainsi une dimension sociale à la technique et à ses incertitudes scientifiques. Il est donc un engagement éminemment politique.

 

Trois principes spécifiques devraient guider le recours au principe de précaution :

  • la mise en œuvre du principe devrait être fondée sur une évaluation scientifique aussi complète que possible. Cette évaluation devrait, dans la mesure du possible, déterminer à chaque étape le degré d'incertitude scientifique ;
  • toute décision d'agir ou de ne pas agir en vertu du principe de précaution devrait être précédée par une évaluation du risque et des conséquences potentielles de l'absence d'action ;
  • dès que les résultats de l'évaluation scientifique ou de l'évaluation du risque sont disponibles, toutes les parties intéressées devraient avoir la possibilité de participer à l'étude des diverses actions envisageables.

    Outre ces principes spécifiques, les principes généraux d'une bonne gestion des risques restent applicables lorsque le principe de précaution est invoqué. Il s'agit des cinq principes suivants :

  • la proportionnalité entre les mesures prises et le niveau de protection recherché ;
  • la non-discrimination dans l'application des mesures ;
  • la cohérence des mesures avec celles déjà prises dans des situations similaires ;
  • l'examen des avantages et des charges résultant de l'action ou de l'absence d'action ;
  • le réexamen des mesures à la lumière de l'évolution des connaissances scientifique (principe révisable).

Le principe de précaution doit être utilisé sans peur de façon rationnelle. Si la société est soumise à la peur, la technologie appliquera jusqu’à l’absurde le principe de précaution.

Dans notre Etat sécuritaire, l’Etat développe la précaution à outrance pour anticiper. On passe de la présomption d’innocence à la présomption de culpabilité. La probabilité d’un passage à l’acte devient plus importante que le passage à l’acte lui-même.

Il est difficile pour une société tétanisée par la peur et dévorée par son obsession sécuritaire d’éviter les dérives : faire diminuer les droits et les libertés.

 

Le Principe responsabilité (1979) définit par Hans Jonas mentionne que les hommes doivent exiger le risque zéro de conduire à la destruction des conditions d'une vie authentiquement humaine sur Terre. Jonas entend s'opposer à ceux qui considèrent la Terre et ses habitants comme un objet avec lequel toutes les expérimentations sont possibles, sur le plan juridique comme sur le plan moral.

Le principe est un impératif catégorique formulé de quatre manières:

  • « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur terre » ;
  • « Agis de façon que les effets de ton action ne soient pas destructeurs pour la possibilité future d'une telle vie » ;
  • « Ne compromets pas les conditions pour la survie indéfinie de l'humanité sur terre » ;
  • « Inclus dans ton choix l'intégrité future de l'homme comme objet secondaire de ton vouloir ».
Photo d'une forêt (source: https://www.indemne.fr/blog/wp-content/uploads/2016/01/La-for%C3%AAt-indemne-pour-lutter-contre-la-d%C3%A9forestation.jpg)

Photo d'une forêt (source: https://www.indemne.fr/blog/wp-content/uploads/2016/01/La-for%C3%AAt-indemne-pour-lutter-contre-la-d%C3%A9forestation.jpg)

La science a toujours avancé dans le dissensus et non dans le consensus. L’opposition est stimulante, elle nous pousse dans nos retranchements, elle fait naître des hypothèses, c’est le carburant du moteur de l’avancée des connaissances.

Le risque est une probabilité de réalisation du danger.

Il faut moins chercher à convaincre et plus à s'écouter.

Pour connaitre les impacts d'un projet, une étude d’impact est effectuée comme outil d'aide à la décision. Cette étude comprend une évaluation des risques environnementaux, une évaluation des risques sanitaires, des mesures de gestion et de suivi conformes à la réglementation pour minimiser le risque, et des recommandations d’amélioration pour la validation du projet.

Pour évaluer les risques sanitaires, on a recours à l’évaluation des risques. Celle-ci exige tout d’abord qu’on estime la probabilité que l’agression puisse entraîner une conséquence. On évalue ensuite la gravité de cette conséquence pour l’écosystème. Il s’agit à travers cette démarche de déceler l’élément de risque, en décrire les effets potentiels sur les différentes composantes de l’écosystème (incluant l’être humain), mesurer les paramètres d’exposition à cet élément de risque et finalement, utiliser cette information pour caractériser le risque.

L’analyse du risque repose par définition sur un contexte d’objectifs sociétaux. Si la probabilité de l’apparition de la conséquence est relativement objective et basée sur la somme des connaissances scientifiques du moment, l’estimation de la gravité est beaucoup plus subjective. En effet, elle se base sur les concessions que les communautés sont prêtes à faire relativement à un niveau de développement donné. L’estimation de la gravité des conséquences pourra varier considérablement selon les aspirations, la culture ou les besoins des populations concernées mais qu’elle dépendra aussi de l’échelle de temps qui sous-tend les effets de l’agression.

Un risque est dit acceptable si un individu ou une communauté consent à l’assumer. Ultimement, c’est la société qui fixe les valeurs en vertu desquelles les risques environnementaux seront évalués.

On arrive à maintenir et à intégrer des situations vulnérables et des personnes fragiles par des mécanismes de compensation et d’accompagnement.